Petite visite aux cannibales de Richard Bausch

Petite visite aux cannibales de Richard Bausch
( Hello to the cannibals)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Sahkti, le 2 février 2005 (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 43 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (20 345ème position).
Visites : 1 782  (depuis Novembre 2007)

Vivre à travers une autre

Week-end quelque peu paralysé par la bise glaciale, arrivée surprise d'un gros roman, Richard Bausch que je ne connaissais guère et dont on m'avait dit le plus grand bien, même si ce genre littéraire sort un peu de mes habitudes (mais comme dit le comique de service: osons et quittons la banalité!)

Belle découverte de ce texte étonnant à plus d'un titre. Bausch y organise un face-à-face surréaliste entre deux femmes: Mary Kingsley, une aventurière britannique de la fin du 19e siècle, et Lily Austin, une américaine vivant à notre époque et qui décide de consacrer une pièce de théâtre à l'exploratrice.
Mary Kingsley n'est pas une inconnue, elle a notamment exploré l'Afrique de l'Ouest et consigné ses impressions dans "Travels in West Africa".
Lily Austin est un personnage de fiction, fille d'acteurs dont les parents divorcent et qui se trouve confronté à un vaste questionnement existentiel.
Les deux femmes se croisent et se parlent, magie de la plume et fruit de l'imagination féconde de Richard Bausch qui mélange deux époques, deux cultures, deux sensibilités. Tout cela se passe finement et subtilement, pas de grosses ficelles ou de tours de passe-passe pour voguer d'une époque à l'autre, le texte est fluide.
Ces deux femmes se ressemblent et pas uniquement par l'énergie qu'elles dégagent. Elles possèdent une vision assez ouverte et lucide du monde et du temps qui passe inlassablement. Elles croquent la vie à pleines dents, avec ses hauts et ses bas et chacune, à sa façon, fait preuve d'un grand courage, que ce soit pour gravir une montagne et explorer une contrée inconnue ou pour affronter la vie trépidante qui est désormais la nôtre avec son lot de soucis et de contraintes matérielles.
Mary et Lily sont deux femmes qui s'exposent au monde, car elles veulent le vivre. Elles ne peuvent se cacher, elles ont besoin des autres, de bouger, de foncer, ce qui ne se fait pas toujours sans mal. Sans doute pour cela qu'il y a le mot cannibale dans le titre. S'offrir aux autres, c'est courir le risque de souffrir et de se faire manger mais c'est indispensable à la vie de Mary et Lily (Mary étouffée par la société figée de l'époque victorienne, Lily dévastée par un acte de viol…). Vraiment deux femmes étonnantes qui composent ce récit chacune à tour de rôle. Mary permet à Lily de vivre, celle-ci exorcise une douleur en écrivant sur la première, l'écriture se veut thérapie et survie.

Il y a bien entendu une intrigue dans ce livre (et un coup de théâtre étourdissant), ce n'est pas uniquement le portrait de deux femmes, mais le résumer serait en dévoiler la teneur, ce qui serait dommage car c'est un roman qui se déguste au fil des pages, en prenant le temps d'y entrer, de s'y installer, de faire connaissance avec les deux héroïnes et de voyager sans peine d'une époque à l'autre. Le procédé narratif est particulier, il ressemble à une vaste toile d'araignée qui emprisonnerait toutes sortes d'éléments distincts et pourtant indissociables les uns des autres.
Une belle lecture!

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Pavé audacieux

8 étoiles

Critique de Mademoiselle (, Inscrite le 29 mars 2004, 30 ans) - 3 novembre 2005

Un livre très long mais auquel on reste scotché. Richard Bausch décrit merveilleusement bien les sentiments de ses personnages. On est vraiment dedans. J’ai eu un peu de mal à passer d’une époque à l’autre sans transition alors que les deux histoires se superposent. Les derniers chapitres sur Mary Kingsley m’ont un peu ennuyés, ils manquaient de rythme. L’écriture est très belle, un peu poétique par moment. Exemple : J’avais l’impression d’être parvenue aux confins de ma vie, et que tout n’avait été qu’une fuite pour atterrir enfin sur mon propre sol, ce sol où j’étais destinée à vivre.
Ce livre est très détaillé, très dense, très minutieux. D’ailleurs, il a fallu cinq années à Richard Bausch pour l’écrire. Mais le jeu en valait la chandelle.

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