Mémoire, ce qui demeure
de Pascal Commère

critiqué par JPGP, le 3 avril 2024
( - 77 ans)


La note:  étoiles
Pascal Commère : brouhahas sur la planète
Pascal Commère par ses prises de risque langagier assume son caractère artificiel en développant une prosodie come une poétique particulière. En émane un “ ordre ” particulier entre réalité et fiction, littéralité et poésie à travers ses histoires de mémoires ou de ce qu’il en reste. L’auteur joue sur un formaliste affiché clairement, il crée des œuvres dont le propos converge vers des récréations délicieuses et ironiques. Elles illustrent combien fond et forme ont quelque chose d’intéressant à dire et que l’écriture n’est pas le réel. Du second ne demeure dans le premier qu’une fiction ordonnée, civilisée par des signes culturels et esthétiques emblématiques. Le réel, ses images donnent donc lieu chez Commère à de nombreuses évocations par lesquels l’auteur montre comment « le ver est dans le fruit » et comment un nouvel ordre se dessine à coups d’ « objets dévoués - feux et bassines » et du « tristounet drelin de qui n’a mémoire qu’en sifflant un chien maigre ».

L’auteur décale les apparences selon diverses techniques : répétitions d’éléments, décadrages ou jeux avec les mots et ce qu’ils sont sensés représentés. Il ne faut pas chercher dans ce travail une valeur documentaire. Les codes figuratifs sont ironisés pour montrer l’  « idéologie » d’où ils sortent afin d’illustrer ce que Robbe-Grillet affirmait « l’idéologie est l’ordre établi qui se fait passer pour naturel ». L’image devient pour une part un  instrument  capable de connoter tout en la détruisant la stabilité de l’ordre établi par le choix des objets ou des situations « distingués » et leurs théâtralisations scripturales. L’écriture souligne combien la réalité est insaisissable. Les différents éléments que Commère lui inocule le prouvent. Cela permet de souligner l’artificialité de toute représentation en opérant divers types d’exagération.

Par ailleurs l’auteur démonte les ressorts narratifs  afin de prouver qu’ils ne supportent que difficilement ce qu’on veut leur faire porter. Ce qui ne veut pas dire pour autant que l’auteur n’attend que le « rien » dans la littérature. Grâce à tous ces questionnements sur la représentation l’œuvre est extrêmement réflexive. Elle nous lit autant que nous la lisons et cette impression peut être particulièrement déstabilisante. Mémoire, ce qui demeure en revendiquant son artificialité et don hétérogénéité assume la multitude d’interprétations et de subjectivités. La signification n’est pas fixée, le sens apparaît comme une construction non pas donnée par l’auteur, mais échafaudée, à partir d’éléments hétérogènes qui assument l’instabilité du réel. La fiction artistique devient le moyen le plus puissant d’appréhender le monde. Autant alors jouer avec le feu de l’artifice et laisser s’enflammer les semblants. Pascal Commère le propose et l’assume. Tout est là de manière humble et fabuleuse ce qui on l’aura deviné n’exclut pas la complexité et le dilemme. Au contraire !

Jean-Paul Gavard-Perret