Passage
de Gérard Leyzieux

critiqué par Débézed, le 28 juin 2023
(Besançon - 77 ans)


La note:  étoiles
Trajectoire vers un ailleurs
Depuis un an que je connais Gérard, principalement par ses œuvres littéraires, j’ai eu le plaisir de lire six livres de sa plume, celui-ci étant donc le sixième, et un septième attend au fond de ma pile de livres à lire que j’aie une petite fenêtre de lecture pour rejoindre les autres dans ma liste de chroniques. Le présent ouvrage est un recueil de poésie, le quatrième que je lis, les deux autres étant des romans

Dans ce présent recueil, j’ai retrouvé le poète que j’avais découvert chez Tarmac, déjà, en juillet dernier et dont j’ai lu deux autres recueils de poésie chez Stellamaris. Dans chacun de ces recueils, j’ai trouvé, ou retrouvé, les textes de la même veine que ceux j’ai lus dans ce présent recueil, des poèmes de forme très libre, composés de vers tout aussi libres écrits avec des mots souvent rares ou recherchés et même certains néologismes construits en associant deux parties de mots différents pour donner un sens plus concret au nouveau mot créé. Comme, je l’avais écrit dès ma première chronique concernant le premier recueil que j’ai commenté : il a élargi son champ lexical « …, en introduisant dans ses poèmes des néologismes, des formes agrammaticales, des mots composés inattendus, des mots décomposés en pièces pour produire de nouveaux mots ou expressions, des mots recomposés… tous ces mots ou expressions inattendus peuvent perturber le texte et lui donner une nouvelle acception, une nouvelle signification, un nouveau souffle, un nouvel élan …».

Ce nouveau recueil évoque le passage, le passage entendu comme trajet, trajectoire, trace, changement : « Trace de toi, trace de nous / Trajectoire au cours des jours toujours / Trajectoire qui expérimente tout être au monde ». La trace qui marque la mémoire jusqu’à ce que la mémoire s’épuise, s’use, se vide, « La mémoire dépourvue de souvenirs du passé / Elle fuit aussi dans le chant de l’oubli ». La trace qui s’efface, le passage oublié…

Le passage c’est aussi le temps qui passe : « Le réveil est déjà devenu veille / Le jour nouveau né brûle d’activité / … ». Le temps qui s’enfuit, le temps qui passe entre les doigts comme le sable fin emportant les forces vives du corps, « Irrémédiablement, chaque jour, chaque nuit, chaque seconde / Amèrement solitaire tu te rends compte que / tu perds ton corps ».
Le passage c’est aussi le voyage vers l’ailleurs, vers une autre terre, vers un autre monde à travers les airs ou sur les eaux. « Voyage au circuit rempli d’incertitudes ». Et, opportunité pour « Projeter sa parole au monde / Course à travers l’univers des sons / Toucher la fin de la terre et surmonter les limites ».

Le passage c’est aussi aller vers d’autres choses, aborder un autre univers, changer de contexte, créer le renouveau. « … / Pour un nouveau début d’infinis projets / Creuser le vide de ces absences / Renouveler l’image de présence momentanée / … ». Passer à autre chose comme disent souvent après une rupture les bons conseilleurs … « Et oublier que ta vie te fait et te fuit aussi ».
« Lever l’ancre du moment pour un temps / Un autre temps ». « L’avenir se souvient des échéances qu’il fixées en toi ».