Eden Beach 1970
de Anne Duvivier

critiqué par Débézed, le 12 avril 2023
(Besançon - 77 ans)


La note:  étoiles
Couple en déconstruction
Après avoir évoqué les problèmes du couple et des relations familiales en général dans ces deux précédents romans « Un amour de psy » et « Cendres », Anne Duvivier revient au cœur du problème en racontant une nouvelle histoire de couple qui se défait brusquement. Charlotte, jeune fille de la riche bourgeoisie belge, épouse, malgré les réticences de sa famille, Miguel, un brillant étudiant issu d’un milieu très modeste. Elle l’épouse pour partir avec lui aux Etats-Unis où il termine ses études avant d’être employé dans un grande banque de Chicago. Miguel commence un brillante carrière, Charlotte s’ennuie dans son cocon doré.

Un beau jour Miguel propose à Charlotte de vivre dans un couple libre avec sa maitresse, elle réagit violemment se réfugie chez son amie et décide de partir pour Eden Beach dont elle a entendu parler pour le soleil, la mer et l’ambiance festive qui y règne en permanence. Là-bas, elle trouve des conditions de vies rudimentaires auxquelles elle n’est pas accoutumée, elle doit travailler dans un bar pour mal gagner sa vie et partager sa chambre avec une autre fille pour pouvoir la payer. Elle s’accoutume à cette vie de labeur et de relative pauvreté en découvrant les plaisir nouveaux : l’herbe à fumer, la libération sexuelle. Le soleil, le sexe et la drogue qui ne sont, hélas, pas les seules composantes de cette vie nouvelle, les relations entre les amis, les collègues, les employeurs, …, ne sont pas toujours très simples. Et, il faut penser à l’après, elle est toujours mariée, elle n’a aucune nouvelle de son mari. L’après explose un jour quand la porte du bar qui l’emploie, s’ouvre sur la personne qu’elle attendait peut-être le moins…

Chirurgienne des cœurs et des corps en émoi, Anne Duvivier, raconte une nouvelle histoire de couple qui se défait, après s’être difficilement construit, sur fond de vie pendant les seventies : la vulgarisation de la consommation des drogues douces, la libéralisation sexuelle avec l’apparition de la pilule, les diverses pratiques spirituelles propagées par des gourous bidons le tout dans une ambiance flower power pleine de nonchalance et de décontraction. Un univers irénique qui devrait enchanter tout ce petit monde mais il y a aussi la guerre au Vietnam avec la conscription qu’elle implique, les inégalités et les injustices institutionnelles et le racisme endémique.

Et, est-il aussi facile que ça de détruire, sans culpabiliser, une vie de couple même courte, construite dans l’amour, l’espoir et la fougue ? Charlotte devra trancher… et choisir sa nouvelle vie. Anne, elle, propose un texte initiatique à l’usage de celles et ceux qui devraient faire un choix similaire à celui de Charlotte.