Lavinia: suivi de Cora
de George Sand

critiqué par Débézed, le 23 février 2023
(Besançon - 77 ans)


La note:  étoiles
Femmes libres
Dans ce petit opus, Julie Maillard a réuni deux courts romans de George Sand dans lesquels celle-ci raconte deux histoires d’amour contraintes. Dans ces deux histoires, elle met en scène deux femmes qui sont fort aimées chacune par deux hommes. Ces histoires ne sont pas racontées par les femmes mais par l’un des deux prétendants, cette distanciation avec ses héroïnes rend encore plus forte et plus crédible sa démonstration de l’assujettissement des femmes dans le mariage. Les femmes ne se plaignent pas, ce sont les hommes qui racontent ce qu’elles vivent et subissent ou ce qu’elles devraient vivre et subir.

Dans le premier roman Lavinia, riche héritière portugaise, a été abandonnée par un aristocrate anglais qu’elle rencontre dix ans plus tard, l’ex amoureux tombe une nouvelle fois sous le charme de la belle lusitanienne mais celle-ci est aussi courtisée par un autre prétendant tout aussi séduisant et bien nanti. Lavinia devra faire un choix entre l’un ou l’autre ou un autre choix encore… Dans le second texte, Cora jolie fille de commerçant provincial séduit sans s‘en rendre compte un nouvel employé de l’administration mais elle en épouse un autre. Le fonctionnaire tombe alors gravement malade et la belle Cora le soigne, le laissant croire involontairement encore qu’il a une nouvelle chance de la séduire, pense-t-il…

Dans ces deux histoires, George Sand étale tout son talent pour décortiquer les sentiments de ses personnages dans un romantisme nullement grandiloquent mais très affirmé tout de même. Elle fait preuve d’une grande maitrise de la description des lieux dans lesquels elle les fait évoluer, c’est une écologiste avant la lettre. Elle excelle aussi dans l’art du portrait : « Cora étant d’un type rare et d’un coloris oriental, Cora ressemblant à la juive Rebecca, ou à la Juliette de Shakespeare, Cora majestueuse, souffrante et un peu farouche, Cora qui n’était ni rose, ne replète, ni agaçante, ni gentille… ». L’histoire de Lavinia se déroule dans les vallées pyrénéennes et celle de Cora dans une petite ville de province non nommée mais certainement semblable à Nohant. Elle n’avait déjà, peut-être, pas construit la ville à la campagne mais elle y avait, à coup sûr, installé de belles histoires d’amour.

Mais ces deux textes sont avant tout des plaidoyers pour la libération de la femme très contrainte à l’époque. Elle démontre comment le mariage n’est qu’une cage dans laquelle la femme est enfermée pour accomplir la mission qui lui est alors dévolue. Elle réclame aussi la libération totale de la femme qui ne doit obéir qu’à ses sentiments personnels sans se soumettre à ceux de qui que ce soit. Le bel anglais pensait différemment : « De l’avis de tout homme de bon sens, une femme légitime doit-être une compagne douce et paisible, anglaise jusqu’au fond de l’âme, peu susceptible d’amour, incapable de jalousie, aimant le sommeil… » et ce n’est pas fini, elle doit aussi combler son époux. Pour George Sand l’amour n’est pas le moyen d’obtenir une union définitive, souvent pécuniaire et foncière, c’est une histoire à vivre, avec celui qui a touché le cœur, tant qu’il dure et à terminer sans drame quand s’il s’éteint.

Un très joli plaidoyer pour la libération de la femme condamné à devenir une épouse asservie, comme le laisse encore supposer le bel anglais : « … elle m’aimait trop pour qu’il me fut possible d’en faire ma femme... » ! Une appréciation que certains utilisent encore aujourd’hui... hélas !