Le Monde de Barney de Mordecai Richler

Le Monde de Barney de Mordecai Richler
( Barney's version)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Cuné, le 10 septembre 2004 (Inscrite le 16 février 2004, 50 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 049ème position).
Visites : 4 068  (depuis Novembre 2007)

Un chef-d'oeuvre !

Ouf que dire d'un tel livre... Raconter l'histoire en gros ? Mais elle n'a aucun intérêt à vrai dire. Ce qui compte c'est tout le reste, c'est la personnalité de Barney Panofsky, c'est le monde dans lequel il vit et qu'il nous offre, grand seigneur, il nous en donne plein la figure et on n'a pas le temps de reprendre notre souffle....

Ce qui domine assurément c'est l'humour, mais tout est fin, spirituel, érudit... Et je resterai marquée par l'indéfectible amour que porte Barney à Miriam...

On aborde effectivement un tas de sujets polémiques, traités avec la plus parfaite mauvaise foi, et toujours l'ironie sous-jacente. Alors on y va pour l'antisémitisme, le racisme, le Québec libre, les écrivains ratés, ou maudits, le talent, le culot, le snobisme, la vulgarité, le sexe, Alzheimer etc, etc... Et on repart en arrière, on revient, on radote, on ment...

J'en serais presque à classer ce que j'ai préféré dans ce livre, sans pouvoir rien mettre de côté... Je crois quand même que mon top one ce sont ses lettres anonymes

Un chef-d'oeuvre, moi je ne sais pas quoi vous dire d'autre... Je cite une camarade de lecture : ce roman est absolument parfait, aucun défaut.

Et j'adore aussi la fin ! Un canadair.....

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Damn damn damn!

9 étoiles

Critique de SpaceCadet (, Inscrit(e) le 16 novembre 2008, - ans) - 8 août 2015

On est presque tenté de voir le dernier roman publié par Mordecai Richler, comme une sorte de miroir fictif de ce qu'auraient pu être les mémoires rédigés par l'auteur tant Barney Panofsky, ce narrateur éclatant d'authenticité, a vite fait de nous convaincre de sa réalité.

Narré à la première personne et composé de trois parties et d'une postface, ce roman raconte l'histoire personnelle de Barney, un sexagénaire né dans les années 1930 au sein de la communauté juive anglophone de Montréal.

Plus vrai que nature, Barney, un personnage issu d'un milieu populaire et d'une minorité culturelle, représente le parfait prototype du self-made man tel que l'Amérique de l'après-guerre a su en produire. En cela, le personnage est quasiment caricatural tant il possède toutes les caractéristiques d'une réalité bien concrète, celle des émigrés qui, peinant à se tailler une place au sein de cet eldorado en devenir, naviguent par ailleurs entre leur identité culturelle et linguistique et celle d'une nation qui, empêtrée dans ses propres combats, ne parvient que fort maladroitement à les accueillir.

Mais Barney c'est aussi un personnage indubitablement humain, avec ses forces et ses faiblesses, ses qualités et ses défauts, un personnage haïssable et attachant tout à la fois. Dès les premières phrases il nous introduit à son univers, celui d'aujourd'hui et celui d'hier, tous deux imbriqués dans un monologue parfois chaotique, haut en couleur, débité à un rythme dont l'intensité n'a d'égale que celle de cette existence qu'il nous dévoile et qu'il a menée semble-t-il, à tombeau ouvert, au hasard des rencontres, des amours, des nuits de fête et des impulsions du moment.

Des multiples personnages aussi authentiques les uns que les autres, aux lieux divers, -Paris et la Côte d'Azur, New York, Londres, Montréal et les Laurentides-; des existences modestes de la rue Saint-Urbain à l'opulence des grands palaces parisiens; du théâtre, à la littérature, au cinéma, à la télévision, la musique, puis au hockey et à la politique; des années 1950 jusqu'à la fin des années 1990; restaurants chics, bars, musées et autres, whiskeys, cigares, champagnes, bagels et caviar, tout y est. Coloré, typé, tant dans la langue que dans la personnalité que dans le contenu, ce roman est un véritable festival de créativité, un admirable portrait d'homme et d'époque, un morceau de littérature comme il y en a peu.

A la fois drôle, touchant, divertissant, et entraînant, c'est presqu'avec regret, une fois la conclusion tirée, que l'on quitte cet imparable assoiffé de vie.

N.B: Lu dans sa version originale de langue anglaise.

Un persifleur cultivé

10 étoiles

Critique de Libris québécis (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 76 ans) - 20 février 2015

Mordecai Richler est l’un des meilleurs écrivains du Québec, francophones et anglophones confondus. Il se montre particulièrement agacé par le tribalisme des Québécois de souche. Nous pouvons lui rendre la pareille quand il s’insurge contre la toponymie, qui a tronqué le boulevard Dorchester pour le boulevard Maisonneuve. Erreur crasse de l’auteur. Il s’agit du boulevard René-Lévesque.

Son roman raconte sa vie à travers un alter ego, Barney Panofsky, un juif argenté de 67 ans, qui a décidé d’écrire ses mémoires. Producteur pour la télévision d’État, il se déplace entre son bureau du centre-ville, sa résidence sise sur les berges d’un lac des Laurentides et sa maison de Montréal, une ville qu’il aime profondément et, en particulier, le club de « Nos Glorieux », dont il est un assidu des matches, de hockey, même le soir de ses noces. Marié trois fois et père de trois enfants, le héros a un caractère exécrable qu’il admet bien volontiers. Boire, fumer, mentir et « tringler les gisquettes », rien n’est hors de sa portée. On aimerait bien le fusiller à l’aube, mais l’auteur ménage ses effets.

Petit à petit, nous nous éprenons de cet homme frustre, mais d’une vaste culture qu’il a parfaite en France dans les années 1950 alors qu’il avait vingt ans. Ce séjour rappelle On The Road de John Kerouac. Avec des Canadiens et des Américains, il mène une vie de bohême constituée de virées étourdissantes, qui l’ont mis en présence des artistes signifiants de l’époque. Ses rencontres ont contribué à alimenter en particulier son intérêt pour la littérature. Il est quand même déçu des bonzes culturels qu’il persifle au passage, tels André Malraux, qui a volé des sculptures dans un temple de Phnom Penh, et Jean-Paul Sartre, qui a soutenu les goulags de la Sibérie. Grincheux, il ne se sent pas concerné par l’idéal qu’il exige d’autrui. Ses jugements sans appel condamnent tous et chacun, y compris ses coreligionnaires, trop épris par l’argent. La loi du balancier veut aussi qu’il soit un homme généreux. Il paie les dettes de ses amis et comble son entourage de cadeaux onéreux.

Aucun plan n’a semblé présider à la rédaction de cette œuvre écrite sans linéarité. Mais que non ! Cet apparent fourre-tout fait ressortir un homme excentrique et iconoclaste, qui a l’art de gaffer au point d’être accusé de la mort de son meilleur ami. Homicide, qui constitue l’intrigue secondaire, servant à soutenir l’intérêt de ce magnifique roman, entaché par une traduction lamentable. L’éditeur Albin Michel n’a pas cru bon de recourir à quelqu’un qui connaît le Québec et, surtout, le hockey que l’on traite comme s’il s’agissait du football.

Bref, sous le signe de l’humour, ce roman est une chronique d’un quotidien impétueux et une rubrique culturelle, unifiées intelligemment dans un magma par un auteur qui a du souffle. Du grand art !

Un auteur préféré et important...

10 étoiles

Critique de FranBlan (Montréal, Québec, Inscrite le 28 août 2004, 76 ans) - 17 octobre 2010

Un cerveau en délire...
Délire de l'esprit, de l'imagination!
Mordecai Richler nous gave sans intermittence tout au long de ce roman de plus de quatre cent pages, que j'ai lues vingt ou trente pages tout au plus à la fois avec le besoin impératif de faire une pause afin d'ingérer cette prose hilarante, poignante, mordante, ridicule et touchante tout à la fois...
J'ai ce livre en ma possession depuis sa publication en 1998, je me souviens maintenant d'en avoir débuté la lecture et de l'avoir interrompue, effarouchée sans doute par la densité et l'intensité du texte au moment où le temps pour lire m'était douloureusement compté!
On parle beaucoup à ce moment-ci du film qui en a été tiré, et qui sera à l'affiche dans quelques semaines, d'où pour moi l'urgence d'en compléter enfin la lecture...
Exubérant, pervers, marié trois fois..., Barney Panofsky est un personnage inoubliable, à travers lui, Richler célèbre la puissance de l'amour, l'importance de la famille, du travail et de l'amitié, dans son style unique et inimitable, sujets intemporels et toujours tout aussi actuels.
Montréalaise d'origine, Mordecai Richler est pour moi, depuis toujours, un auteur préféré et important comme le sont les Michel Tremblay, Gabrielle Roy et plusieurs autres...
J'ai lu ce livre dans sa version originale: Barney's Version

J'ai même rencontré un juif heureux !

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans) - 3 avril 2008

Bousculé par les mémoires que son ami vient de publier et qui l'égratignent quelque peu, le vieux Barney, sentant l'âge peser sur ses épaules et ses souvenirs s'effilocher, décide à son tour d'écrire les siennes. C'est une longue route qu'il nous raconte qui l'a conduit, comme de nombreux juifs d'Europe centrale, en Amérique en faisant au passage la guerre contre les ennemis du peuple juif, la fête à Saint-Germain-des-Prés, l'amour avec plusieurs femmes qu'il abandonne tour à tour, pour finalement faire le grand saut et se construire une nouvelle vie à Montréal. Il adopte cette ville qui devient sa seconde patrie mais il continue à financer les organisations sionistes pour être sûr qu'il y aura toujours un sanctuaire où l'on peut se réfugier si l'histoire décidait de réécrire certaines de ses plus vilaines pages.

Richler conte cette histoire avec une vigueur pleine de truculence où les personnages sont très exubérants, à la fois geignards et plaintifs ou emportés et exédés mais toujours émouvants et touchants. On se croirait du côté d'Odessa à l'époque d'Isaac Babel ou dans le gehetto de Varsovie avec Isaac Bashevis Singer mais avec la verve de Meir Shalev ou d'Arieh Eckstein en plus. Sans oublier une bonne dose de dérision comme on en trouve régulièrement dans la littérature juive.

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