Les enfants sont rois de Delphine de Vigan

Les enfants sont rois de Delphine de Vigan

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Veneziano, le 2 mai 2021 (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 43 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 859ème position).
Visites : 807 

Les enfants de la télé-réalité

Une jeune femme, Mélanie, rêvait de briller dans les émissions de télé-réalité. Elle fait une apparition dans l'un de ces pseudo-jeux, avant d'en être rapidement éjectée. Pour compenser ce manque de notoriété facile, elle monte des vidéos avec sa fille qui marchent fort, au point qu'elles deviennent des stars de Youtube; Et, un jour, sa fille Kimmy est enlevée. C'est là que Mélanie fait la connaissance de Clara, officière de police judiciaire qui va mener l'enquête pour la retrouver.
La procédure suit son cours ordinairement, les deux femmes se retrouvent, la policière rencontrant des années plus tard Kimmy qui veut en savoir plus et comprendre mieux ce qui s'est passé.

Ce roman montre les dérives possibles de la télé-réalité et de l'internet, les désastres psychologiques que peuvent créer des situations aussi artificielles prolongées dans le temps. A ce titre, il me semble utile. Cependant, j'ai rencontré des difficultés à devoir affronter autant de glauque, qui rend cette lecture passablement désagréable. Mais cela ne retire rien à son apport.

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Dystopie sur l'avenir des réseaux sociaux

9 étoiles

Critique de Psychééé (, Inscrite le 16 avril 2012, 33 ans) - 12 octobre 2021

Le roman s’ouvre en 2001 avec la finale de Loft Story, la toute première émission de téléréalité, pour présenter ses deux héroïnes, qui suivront une trajectoire bien différente : Mélanie Claux, future mère influenceuse et Clara Roussel, enquêtrice solitaire pour la brigade criminelle élevée par un couple d’amoureux militants. Dix ans plus tard, la célèbre Kimmy Diore, fille de Mélanie est kidnappée.

Delphine de Vigan fait un constat amer sur les réseaux sociaux en 2020 et prédit leurs conséquences en 2030 : dans cette dystopie, elle imagine le possible devenir des stars de la télé-réalité ou des influenceurs qui ne vivent que pour être vus et mettent en scène leurs enfants. Leur a-t-on demandé leur avis ? Tout le monde rêve-t-il vraiment de devenir influenceur ou YouTubeur ? Est-ce que cette vie fictive permet d’être heureux ? Si l’on suit ces deux personnes, l’éducation et l’enfance sont visiblement liées à leurs croyances et dépendances. On assiste à une vraie dégringolade pour l’une et à une incompréhension totale pour l’autre, complètement déconnectée d’Internet.

J’ai trouvé ce roman addictif, glaçant et instructif. Il n’est pas difficile de se mettre à la place de ces enfants qui n’ont rien demandé et grandissent avec une caméra braquée sur eux. Ils doivent constamment jouer un rôle, du réveil au coucher, et ça en devient épuisant. Les relations avec leur entourage ne sont pas forcément faciles : ils sont admirés ou bien critiqués à leur insu. Difficile dans ces conditions de se construire. Si je connaissais certains aspects et activités des influenceurs, j’en ai aussi découvert d’autres et les systèmes cachés derrière. J’ignorais qu’une loi visant à encadrer l’exploitation commerciale de l’image des enfants influenceurs sur les plateformes en ligne avait été votée en 2020, ce qui est une bonne chose. Je reconnais que Delphine de Vigan ne montre ici que les aspects négatifs des réseaux sociaux. Heureusement qu’il existe aussi de nombreux côtés positifs et de très bonnes influences. Ce livre au scénario créé de toutes pièces est tout à fait plausible et interroge vraiment sur le devenir de ces enfants star, le bonheur familial exposé et vendu aux yeux de tous.

« Cette femme n’était ni une victime ni un bourreau, elle appartenait à son époque. Une époque où il était normal d’être filmé avant même d’être né. Combien d’échographies étaient publiées chaque semaine sur Instagram ou Facebook ? Combien de photos d’enfants, de famille, de selfies ? Et si la vie privée n’était plus qu’un concept dépassé, périmé, ou pire, une illusion ? »

Interpellant

10 étoiles

Critique de Nathavh (, Inscrite le 22 novembre 2016, 57 ans) - 30 mai 2021

Tout commence le 5 juillet 2001. Souvenez-vous, notre paysage audiovisuel a fondamentalement changé avec l'arrivée de la téléréalité. Ce jour-là, ce sont onze millions de téléspectateurs qui attendent la sortie des candidats de leur isolement, c'est le jour de la finale de Loft Story.

"L'époque où on a ouvert les portes de l'enfer."

Je ne suivais pas l'émission de façon assidue mais j'ai regardé un petit bout de cette finale, qui offrait la célébrité à Loana et ses comparses. (il y a des images sur You Tube pour les nostalgiques ou non initiés)

Mélanie Claux - 17 ans à l'époque -, était devant son petit écran tout comme Clara Roussel (15 ans). C'est à travers le regard de ces deux adolescentes devenues femmes que ce récit nous est conté.

Que sont-elles devenues 18 ans plus tard ?

Mélanie Claux a aujourd'hui 35 ans, elle est mariée à Bruno Diore, a deux enfants, Sammy 8 ans et Kimmy 6 ans. Elle poste toute sa vie privée sur instagram et gère une chaîne You Tube "Happy Récré" sur laquelle elle poste au moins deux à trois fois par semaine des vidéos de la famille, en particulier des enfants qui sont les vedettes, particulièrement Kimmy. Ils ont cinq millions d'abonnés...

Kimmy disparait lors d'une partie de cache-cache et c'est là que Clara Roussel la rencontre. Elle est procédurière et va participer à l'enquête. Elle est orpheline, célibataire, mesure 1m54, un petit bout de femme assez éloignée du monde de Mélanie. Elle sait qu'il faudra être rapide car dès que les infos seront publiées ce sera plus compliqué. Psychologie, intuition et expérience seront indispensables.

Une fois de plus, Delphine de Vigan nous questionne. Comment protéger nos enfants à l'heure des plateformes numériques et des réseaux sociaux ?

Notre société a bien évolué avec l'arrivée de la téléréalité et des téléphones portables dans nos vies, on laisse faire, on laisse regarder mais sommes-nous conscients de la publicité poussant à la consommation sans limite, au placement de marques qui récompensent les you tubeurs et influenceurs qui gagnent leur vie de cette façon et poussent nos enfants et nous à consommer ? On voit un "unboxing", entendez par là un déballage de cadeaux, on observe ces familles acheter, déballer et manger souvent de la "malbouffe".

Qu'est-ce qui pousse à tout exposer, à finalement perdre son intimité ? On partage, mais avec qui, en réalité ? Qu'en est-il de leur vie privée? de celles des enfants ? de leur droit à l'image ? sachant qu'une image circulant sur les réseaux sociaux y sera pour toujours !

C'est de l'argent facile, revenus énormes mais à quel prix pour les enfants ? sans oublier les produits dérivés, le business. Delphine de Vigan attire notre attention sur l'exploitation des enfants, l'absence de législation les protégeant considérant que faire des vidéos est un loisir et non un travail...

On apprend beaucoup de choses sur le jargon des médias, la monétisation de You Tube, les battles, pranks, unboxing, meetup .... C'est super intéressant mais aussi interpellant !

Une écriture fluide, captivante, un sujet de société bien disséqué. Une autre question essentielle est mise en avant ; pourquoi vouloir à tout prix la gloire, la célébrité, exister à travers un monde virtuel ? Qu'est-ce que l'amour maternel ou est-ce le manque d'amour qui aboutit à ce besoin de reconnaissance ?

Mélanie et Clara ont une vision différente et j'ai aimé ce point de vue. Réveillons nos consciences, adaptons notre comportement par rapport aux réseaux sociaux et comme l'auteure projetons-nous dans le temps pour voir ce que cela va donner.

Un roman vous l'aurez compris que j'ai adoré pour toutes ces réflexions.

Ma note : ♥♥♥♥♥

Une (télé)réalité qui fait froid dans le dos

10 étoiles

Critique de Pascale Ew. (, Inscrite le 8 septembre 2006, 54 ans) - 23 mai 2021

Mélanie Claux a tenté dans sa jeunesse d’être une star de la téléréalité, sans succès. Une fois maman, elle met en avant ses deux enfants Kimmy (dès ses deux ans) et Sammy sur les réseaux sociaux en les filmant à longueur de journée.
Clara Roussel est procédurière à la police et ne vit que pour son travail. La méfiance dont elle doit faire preuve dans le cadre de son métier semble avoir déteint sur toutes ses relations et empêcher toute vie affective.
Alors qu’elle a six ans, Kimmy disparaît lors d’une partie de cache-cache...
Mélanie ne comprend pas les critiques émises à son encontre et reste dans le déni total malgré les tentatives d’avertissements qui lui sont adressés. Pour elle, elle a offert une enfance idéale à ses petits rois, aimés par des millions d’abonnés. Elle a peut-être été un peu mère poule, sans plus.
Ce roman fait froid dans le dos… d’autant plus quand on sait que c’est la réalité de certains enfants ! Delphine de Vigan démontre bien comment ces enfants n’ont plus la possibilité d’être eux-mêmes, n’ont plus aucune intimité, n’ont plus de temps à eux ni d’espace pour aucun désir, tout cela au profit d’une surconsommation écœurante, sans aucune considération pour la personnalité des enfants. Leurs relations aux autres sont complètement biaisées, sinon inexistantes. L’auteure alerte sur le vide juridique laissant ces enfants sans protection, à la merci de parents qui peuvent profiter de leur argent sans contrainte et sans restriction d’horaire. Sans parler des dégâts psychologiques, bien sûr ! C’est affolant !
L’histoire parle en alternance de Mélanie et de Clara, mais le personnage de cette dernière reste dans l’ombre de la première.

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