Les os des filles
de Line Papin

critiqué par Mimi62, le 23 février 2021
(Plaisance-du-Touch (31) - 67 ans)


La note:  étoiles
Un prétexte historique pour une phase de thérapie
La vie de trois générations de femmes au Vietnam, au fil de son histoire mouvementée

Un thème qui s'annonce intéressant. La vie de trois générations de filles dans un Vietnam qui connaît nombre de vicissitudes.
La première moitié raconte les différentes périodes historiques ainsi que les façons de vivre, ces dernières dépendant étroitement du contexte : vie rurale, vie sous une première guerre, puis une deuxième, puis une troisième et enfin, vie dans un pays qui n'est plus soumis à l'embargo.
Confrontation des vies également dans divers milieux, les filles de deuxième génération se mariant et évoluant peu à peu en dehors des coutumes anciennes où toutes les générations cohabitaient.
Tout bascule dans la seconde partie où le récit se concentre sur l'une des petites-filles, la troisième génération donc.
Celle-ci vit sereinement dans un milieu très privilégié, baignant dans une enfance idyllique, protégé du monde extérieur et riche en relations. Lorsqu'elle a dix ans, la famille part en France, patrie de son père. Commence alors une descente vers l'anorexie. Cette fille n'arrive pas à s'intégrer à son nouveau milieu et vie dans le souvenir de cette enfance perdue.

Si la première partie est intéressante, la seconde compose un autre roman. C'est tout à la fois un récit sur la maladie mentale qu'est l'anorexie mais c'est aussi celui du passage de l'enfance à l'adulte. L'adolescence est quasi occultée par la maladie.
C'est la rupture avec l'enfance, rupture qui n'a nullement été préparée. De plus, cette enfant n'était pas une enfant désirée, elle est un accident. Elle vivait dans un ensemble rempli d'affection apportée par sa nourrice, sa grand-mère, ses cousines, les enfants voisins mais pas par le milieu familial, or elle se retrouve en France coupée de tous ces liens et sans ces liens qui devraient unir enfant et parents.

L'écriture est déroutante, alternant de très beaux passages avec d'autres beaucoup plus heurtés, voire peu compréhensibles. Probablement une volonté poétique mais pour ma part plutôt la manifestation d'un esprit confus ne faisant plus la part entre les souvenirs, les désirs et la réalité.
Les changements de point de vue également sont inattendus, perturbants et n'apportant rien à la force du récit, bien au contraire, le lecteur se trouve soudainement éjecté de la cohérence du récit comme si l'auteur voulait lui faire comprendre que cela ne le concerne pas et ne regarde qu'elle.
Le type même d'écriture qui se veut original pour être original mais qui n'apporte rien au récit. La forme l'emporte sur le fond. Est-ce une façon de cacher le manque de contenu de la narration ?

Une lecture décevante au regard de ce qui en a été dit.
Un ensemble qui a une certaine cohérence mais où la seconde partie est infiniment trop importante en rapport à la première qui aurait pu être plus développée.
L'histoire de ces trois générations apparaît comme un prétexte pour introduire les difficultés rencontrées par cette petite-fille. Cette dernière étant l'auteur on peut s'amener à penser qu'il s'agit là d'un ouvrage visant à narrer son vécu, sorte d'étape ou d'aboutissement d'une thérapie.
Il y avait matière à produire deux romans distincts.

Une lecture qui ne présente qu'un intérêt relatif, où l'ennui est venu au fil des pages pour que j'en vienne à survoler les trente dernières. Je n'y ai rien perdu à approfondir car elles n'étaient que redites hormis les rares passages évoquant son retour au Vietnam. Là aussi, il aurait été intéressant d'approfondir ce passage. C'est un moment clé dans la reconstruction de cette fille.

Une lecture dont on peut se passer. La quatrième de couverture suffit.