Sa dernière chance de Armel Job

Sa dernière chance de Armel Job

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Catinus, le 17 février 2021 (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 69 ans)
La note : 8 étoiles
Visites : 174 

Entre Liège et Verviers, son coeur balance

Elise, 39 ans, est célibataire. Elle habite depuis déjà longtemps chez sa sœur Marie-Rose, doctoresse à l’hôpital Saint-Jean à Verviers. Le beau-frère d’Elise est patron d’une agence immobilière. Le couple a quatre enfants ados ou pré-ados. C’est surtout la tantine qui s’occupe d’eux, et du ménage. En échange, elle est nourrie, logée, blanchie et peut, comme elle le veut, plonger la main dans la boite à biscuits Beuckelaer où se trouve de l’argent à disposition. De toute façon, Elise n’est pas sans rien, comme on dit chez nous : l’héritage des parents a été plantureux. Jusqu’au jour où elle disparaît. Oh ! pas bien loin, elle est à Liège, a des rendez-vous avec un homme qu’elle a déniché sur un site de rencontre via Internet. L’homme en question, un certain Fauvol, est antiquaire dont le commerce est à bout de souffle. Il est en relation avec un collègue anversois qui possède un tableau de Della Francesca, (tableau volé) et un chanoine on ne peut plus liégeois. Tout est en place pour une palpitante histoire racontée avec brio (comme d’hab.)
Un des meilleurs romans d’Armel Job (mais comme je le dis quasi à chaque fois …) qui vous tient en haleine du début jusqu’à la fin.
J’ai cru que la fin se terminerait de façon moins « romantique ». Mais, tout compte fait, il n’y a ni mort d’homme, ni de femme …
Tout autre chose : je me demande si notre conteur n’est pas « sponsorisé » par des enseignes qui s’occupent de quelques douceurs de la vie ( j’rigole). Voyez plutôt :
> « Elle lui servit les trois œufs avec un grand verre de Lupulus, sa bière préférée. »
> « Une Jupiler ? »
> « Madame Blanmont, apportez-nous deux Lambertus, je vous prie. »
> « Il lui avait proposé de boire quelque chose, elle avait refusé d’un geste évasif. Malgré tout, il lui avait apporté un fond de Belgian Owl.
- Bois une gorgée, cela te fera du bien. »
Pour le coup (comme on dit aujourd’hui), bien que je ne sois pas du tout whisky, demain j’irai me chercher en ville une bouteille de Belgian Owl . Oh ! juste par conscience « professionnelle ». Gloups !


Extraits :

* - Et bien, Pierre, ai-je besoin de vous le rappeler ? Elise est une femme. Une femme désire être traitée comme un être humain, indépendamment de son genre mais aussi tout simplement et principalement comme une femme. Vous comprenez ?
- Euh …euh …non … !
- Allons, Pierre, je ne vais pas vous faire un dessin ! Qu’est-ce qu’une personne de sexe féminin attend d’une personne de sexe masculin ?
Fauvol fronçait les sourcils, comme s’il ne voyait pas clair.
- Vous devinez, je suppose, ce que suggère cette fille dénudée à califourchon sur le goulot de la bouteille (qui est représentée sur un crayon de bière) ? C’est exactement ce qu’Elise souhaite, Pierre, mais pas avec une bouteille.

-* Ne t’occupe pas de la foi. Le pape aussi se demande tous les matins s’il a encore la foi. Sinon, ce serait un idiot. Il fait comme tout le monde, il reporte la question au lendemain, puis il se met au travail.

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Interview :

L'écrivain et académicien belge Armel Job (72 ans) a répondu aux questions de "Plus Magazine" :
"Où nous emmenez-vous dans "Sa dernière chance" ?
- L'action se passe principalement à Verviers et à Liège.
- Liège où vous avez fait vos études de philologie classique, la ville de Simenon : on ressent chez vous une attirance pour cette ville ?
- J'ai passé toute mon enfance à la campagne, puis j'ai été interne au séminaire de Bastogne. Un internat est plutôt une sorte de no man's land. La première ville que j'ai connue, c'est Liège quand je suis arrivé à l'université. Après six ans d'enfermement à Bastogne, pour ainsi dire, j'étais rendu à la liberté. J'habitais en Outremeuse. J'aimais bien l'odeur de la ville, on sentait le coke des aciéries à l'époque, les bateaux sur le fleuve, la gouaille populaire, les vendeurs de crème glacée en tripoteur, les marchands ambulants qui criaient en wallon. Et j'aimais la vie intellectuelle de l'université, le challenge que représentaient des études ardues, qui rendaient la vie plus piquante. Je me souviens des matins pleins de fraîcheur où, l'estomac noué, je partais pour une journée de sept ou huit examens à la file. Dès que je reviens à Liège, ces impressions de jeunesse et de liberté me reviennent à l'esprit.
- Vous vivez dans un village ardennais, proche des forêts et d'une rivière : est-ce source d'inspiration ?
- J'y trouve la tranquillité nécessaire à mon travail. Quand je suis en panne dans l'écriture, je vais me promener en forêt. Je ne pense à rien, je marche et curieusement, les idées accourent toutes seules. Mais je ne cherche pas à fourrer la nature dans mes romans. Je suis plus intéressé par les humains que par le décor.
- Comment vous préparez-vous à l'écriture d'un roman ?
- Pour commencer un roman, j'ai seulement besoin d'une idée d'histoire. Je ne m'informe en route que sur des points techniques très particuliers. Si je tue quelqu'un dans l'histoire, je demande à un médecin légiste l'état du cadavre quand on va le découvrir. Je ne vais pas sur les lieux. Au besoin, je consulte Google Street. J'ai étudié la documentation seulement pour "Dans la gueule de la bête" qui traite du sort des juifs à Liège pendant la guerre car je devais respecter les événements historiques et pour "Loin des mosquées" à propos des mariages arrangés dans la communauté turque.
- Ecrire : pour vous, est-ce loisir, plaisir, contrainte ?
- Travail essentiellement, parfois douleur, heureusement aussi joie de la découverte. Tout ce qui vaut la peine demande de la peine.
- Vous publiez un roman par an. Vous imposez-vous un horaire quotidien ?
- J'écris tous les jours de 8h à midi, et de 16h30 à 18h45, heure à laquelle je bois une bière avec ma femme.
- Depuis peu, vous êtes membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Est-ce une consécration, une place officiellement reconnue dans le monde des écrivains ?
- Le sentiment le plus important pour moi dans cette désignation a été la surprise la plus totale qu'elle m'a causée. Jamais il ne me serait venu à l'esprit de briguer un siège à l'Académie. Je me suis toujours tenu à l'écart de l'intelligentsia littéraire. Quand on m'en a informé, j'ai d'abord pensé que c'était une blague. Il y a à l'Académie des gens très brillants. Je ne sais ce que certains m'ont trouvé, mais ils étaient en nombre suffisant pour m'adouber. J'en reste étonné".
La suite de cette interview se trouve dans "Plus Magazine"...

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