La théorie du parapluie
de Ralph Vendôme

critiqué par Débézed, le 10 février 2021
(Besançon - 73 ans)


La note:  étoiles
Entre deux âges
Né à Beyrouth, résidant à Bruxelles depuis de longues années, Ralph Vendôme m’a fait découvrir avec ce recueil de nouvelles, Le Scalde, un éditeur que je ne connaissais pas encore. Ce premier recueil comporte une quinzaine de nouvelles relativement courtes qui mettent en scène des personnages ayant une expérience déjà conséquente de la vie ou au contraire des jeunes moins expérimentés mais nourris des connaissances plus actuelles. Une façon de faire cohabiter deux générations complémentaires, la première ayant notamment beaucoup de choses à apprendre à la seconde qui, elle, peut aussi apporter certaines connaissances liées aux technologies, mœurs, œuvres artistiques ou culturelles plus actuelles.

L’auteur met en scène ces personnages dans des situations plutôt banales de la vie quotidienne, des scènes paisibles où se cachent cependant des failles, des lacunes, des absences, des frustrations, des rêves irréalisés, des attentes oubliées, des désespoirs acceptés, … Des situations ou brusquement un grain de sable grippe la machine et comme un battement d’ailes de papillons déclenchant un ouragan en Mer de Chine, entraîne brutalement les protagonistes dans des chutes irrémédiables.

La double culture méditerranéenne et nord-européenne de l’auteur se retrouve dans ses textes où de nombreux personnages viennent, comme lui, d’ailleurs avec leur culture et leurs mœurs dont ils nourrissent les histoires qu’il met en scène et même son écriture. Une écriture qui ressemble à ses histoires, paisibles, calmes, tranquilles, empathiques mais qui peut cacher des événements d’une cruelle réalité voire d’une grande violence.

Ce livre est un vrai lien intergénérationnel entre ceux qui jettent un regard en arrière sur la vie qu’ils ont vécue et ceux qui essaient d’imaginer la vie qu’ils vont construire. C’est aussi un texte qui souligne parfois, d’un petit trait de plume, les défauts de notre société comme celui-ci par exemple : « Son grand-père observe la scène avec satisfaction. Son petit-fils est gros, paresseux et poltron. « Mais il aime les filles, c’est déjà ça… » ». C’est dit en douceur mais ça pique au plein de cœur de la cible sans faire d’esbroufes inutiles.