Anne-Prospère de Launay : L'amour de Sade
de Donatien Alphonse François de Sade

critiqué par Sahkti, le 24 août 2004
(Genève - 45 ans)


La note:  étoiles
Le sirop de Sollers au service d'un Sade banalisé
Est-ce que Sade peut encore étonner? Son écriture, jugée si subversive, l'est-elle réellement? L'effet de mode est-il retombé? On pourrait se le demander, mais il semblerait qu'il n'en est rien. Les publications autour de l'auteur sont toujours très nombreuses et toute nouvelle parution d'un de ses textes reçoit les honneurs de la presse.
Comme ces lettres retrouvées, ces témoins de la relations amoureuse entre Sade et sa belle-soeur, Anne-Prospère de Launay.
Gallimard les édite, à l'encre violette (il y a mieux!), avec une reproduction des lettres originales, de quoi faire plaisir aux graphologues en herbe ou expérimentés.
Ô désespoir de ma part, c'est Philippe Sollers qui signe l'avant-propos (j'aurais dû m'en douter...) avec son style ronflant habituel et des explications tarabiscotées sur le rôle des mères abusives et des amours illégitimes. C'est d'un ennui...

Pierre Leroy prend le relais avec une analyse poussée d'un courrier de Sade envoyé à son oncle en 1771, qui dresse un portrait peu courant de Sade, pas si fantasque ou cynique qu'on le pense en lisant son oeuvre. Il aurait aimé jusqu'à la fin Anne-Prospère de Launay, son seul véritable amour.
"L'histoire terminée, du fond de ses prisons, c'est bien d'Anne-Prospère qu'il continuera à se soucier. Et c'est son portrait qu'il gardera jusu'à la fin de ses jours, dans sa misérable chambre de l'hospice de Charenton, entre ceux de son père et de sa mère".
Décalage complet avec le texte de Sollers qui galvaude Sade et le place sur un piédestal qui sent le fayotage. Leroy apporte une touche un peu plus rigoureuse à ce volume qui n'est pas une réussite, trop inégal, ne disposant pas d'un appareil critique de qualité et destiné plutôt à faire du chiffre que des heureux lecteurs.