Manger Bambi
de Caroline De Mulder

critiqué par Nathavh, le 7 février 2021
( - 56 ans)


La note:  étoiles
Manger Bambi
Hilda la ravissante est Bambi. Accompagnée de "ses frères d'armes" : Leïla la blonde et Loubna, elles "sélectionnent" soigneusement des vieux friqués sur des sites de "Sugar dating".

Venant d'un milieu plus que modeste, Bambi essaie de survivre ... victime de sa condition, d'une mère qu'elle aime mais qui se noie dans l'alcool, lui file des coups et lui présente des beaux-pères éphémères...

Dada pour sa mère, Hilda de son vrai prénom Bambi est victime mais refuse de se laisser faire. Avec ses potes Leïla et Loubna, elles forment un gang de filles qui veulent se venger, avoir ce qu'elles n'ont pas, prendre le fric là où il est, peu importe les conséquences.

Au départ le lecture était un peu complexe, le temps de s'habituer à la langue, un langage d'ado car Caroline De Mulder a ce don, elle a intégré un vocabulaire actuel, mélant l'argot, le verlan , les textos. J'avoue que c'est perturbant au départ mais quelle prouesse d'avoir apprivoisé ce langage qui colle à la réalité du terrain. C'est essentiel pour comprendre ce milieu où règne la violence verbale et pas que...

Bambi est proche de ses 16 ans. Elle se maquille, se transforme pour obtenir ce qu'elle n'a pas... du fric, de belles fringues ! C'est pour combler un manque. En apparence elle a l'air douce, un brin fragile mais méfiez-vous des apparences , toujours en compagnie de son "sig saueur" qu'elle considère comme son "doudou bienveillant" , elle devient alors une autre et passe auprès des vice-lards de la victime au bourreau. Tantôt l'une, tantôt l'autre, sans repère, la fuite du père elle garde en elle l'image que l'homme doit être puni.

C'est comme à chaque fois un roman percutant, un style direct au vocabulaire lexical quelque peu perturbant mais tout à propos. C'est un roman très noir, puissant qui dénonce la violence féminine. Une sacrée claque ! Une belle réussite.

Ma note : 9/10


Les jolies phrases

Alors, y a de la concurrence, c'est sûr, t'imagines même pas les tepus, prêtes à tout pour un petit tour en Porsche. En nombre, elles dépassent gavé les boloss. Eux ils ont qu'à se baisser pour ramasser. Et elles, pas une thune et la tête aussi ruinée que les poches, mais elles veulent la belle vie sans en branler une. C’est des insectes, elles pensent niquer la lumière et elles se retrouvent collées sur le phare d’une Benz.

A part ça, la life me bousille, ouais, la vie est une pute et on n'a même pas les thunes pour l'acheter.

Elle est seule et le vide autour d'elle se prolonge maintenant à l'intérieur.


Quand on souffre, on ne s’ennuie jamais, et ça les flics doivent le savoir. L’ennui, ça se voit ; il faut donc rester concentré sur le malheur. Par chance, à force de concentration elle commence à avoir mal à la tête, elle ne doit même plus forcer pour respirer la misère.

Elles sont comme une bande d'oiseaux, dans le ciel on ne voyait qu'eux, tant ils le noircissaient, tant ils gesticulaient; mais à peine se sont-ils jetés à grands cris dans un arbre qu'aussi vite tout retombe, ils se fondent au feuillage, et à la nuit, c'est le silence plat. Elles ne disent plus rien, vaincues.

Il faudra bluffer grave, maintenant, avec la réplique qu'elle a récupérée sur le net. Vraiment, faudra qu'elle ait l'air d'y croire très fort. Parce qu'au fond ce qui compte, ce sont les gestes, les mouvements, l'assurance. C'est le mental qui fait tout le taf, le gun n'est qu'un accessoire. Bambi le sait et se le répète. Elle espère, quand même, que le mec en face sera une buse.

Elle ne bouge plus, elle a abandonné; comme dans une matière compacte, dans un marécage enfoncée et mangée par la boue, elle en a plein la bouche déjà, et chaque mouvement ne peut que l'enfoncer davantage, il faut regarder un point devant soi et attendre, ne plus attendre, que ça passe, que ça ne passe pas.