Les boiteux
de Frédéric L'Homme

critiqué par Kostog, le 6 janvier 2021
( - 48 ans)


La note:  étoiles
Barbouzes
L'histoire se passe en France, au début des années 1980. Entre la police judiciaire et le « boulevard Soult », où se trouvent les locaux d'une sorte de police des polices, les rapports sont tendus. Mais le travail de ces « boiteux » du boulevard Soult ne se limite pas à l'inspection de leurs collègues. Ayant également une action centrée sur la lutte antiterroriste, ils échappent à tout contrôle des juges, ce qui fait d’eux des barbouzes en puissance.

Louise est une jeune métisse, inspectrice rompue aux missions d’infiltration. On la charge d’assister, tout en le surveillant, son nouvel équipier Perrin, un vieux de la vieille de ce service qui semble revenu de tout. Celui-ci enquête sur les meurtres récents de plusieurs anciens inspecteurs dont le commun dénominateur semble être une opération paramilitaire factieuse dont les participants avaient été alors « neutralisés » par leur propre hiérarchie.

Ce premier roman de Frédéric L'Homme est une réussite. Je n'ai pu m'empêcher de penser à une manière d'écrire les polars que l'on pouvait trouver chez certains auteurs des années cinquante ou soixante et qui semble avoir disparu aujourd'hui. Le style est maigre, précis, les personnages bien caractérisés, l'intrigue complexe sans être tirée par les cheveux et l'action tout à fait palpitante. L'un des éléments les plus frappants est la rigueur de la prose qui nous change de tant d'auteurs de ce genre dont les romans cachent difficilement la trop grande précipitation avec laquelle ils ont été achevés.

Un seul petit bémol : à mon humble avis, l'auteur a voulu se plier à l'air du temps en choisissant une héroïne métisse (est-ce que les romans comme les téléfilms commencent à devoir présenter leur quota minimum de diversité ?), ce qui serait tout à acceptable si ce choix répondait à une exigence du récit ou apportait un élément permettant une autre perspective. Or, il n'en est rien ce qui fait un peu factice dans un roman où les autres personnages frappent par leur justesse. A noter enfin que le roman présente une légère uchronie qui ouvre un espace à l'imagination pour l'auteur comme pour le lecteur.

Amateurs de polars bien léchés, ces béquillards sont pour vous.