L'Affaire 40/61 de Harry Mulisch

L'Affaire 40/61 de Harry Mulisch
(De zaak 40/61)

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Histoire , Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités

Critiqué par Pucksimberg, le 3 janvier 2021 (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 41 ans)
La note : 8 étoiles
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Le procès d'Eichmann vu par l'un des plus grands écrivains hollandais du XXème siècle

Le procès Eichmann a fait couler beaucoup d’encre et a permis à certains penseurs de développer leur réflexion sur le mal. Hannah Arendt a assisté comme Harry Mulisch à ce procès en Israël et a évoqué le concept de « banalité du mal » qui a révolté bon nombre d’individus dû à un contre-sens. Eichmann était un homme banal à la base, un homme qui a obéi à des ordres. Harry Mulisch n’évoque pas du tout Hannah Arendt dans cet ouvrage, mais relate de façon personnelle ce procès. Il relate son voyage en Israël en racontant les lieux qu’il a traversés et leurs origines bibliques. Il évoque aussi des figures qui sont intervenus lors de ce procès, des personnes qui ont côtoyé Eichmann et avec lesquelles il a discuté. Il décrit évidemment Eichmann : son physique, sa façon de parler, le ton de sa voix, son impassibilité, ses propos … Il narre aussi sa visite d’Auschwitz.

Harry Mulisch, l’un des plus grands écrivains hollandais du XXème siècle, affirme qu’il a rédigé ce texte en tant qu’écrivain et non comme un journaliste. Ce qui pourrait s’apparenter à une chronique n’est pas neutre. Il prend position souvent, approfondit sa réflexion, use de l’ironie comme à son habitude. Ce dernier point peut être agaçant parfois, mais c’est l’une des particularités du style de l’écrivain. Hannah Arendt a réfléchi longuement sur la notion de mal, Harry Mulisch s’oriente davantage vers la technologie, sur l’homme-machine, cet Eichmann qui n’a fait qu’obéir pour respecter son serment. Ce nouvel homme, qui semble naître de cette contraction que nous avons fait avec la technologie, a quelque chose d’effrayant. Le mal reste tout de même un thème présent dans cette œuvre.

Certaines pages de « L’Affaire 40/61 », sont glaçantes quand, par exemple, l’auteur compile les phrases marquantes des témoins de la Shoah. Ces deux pages sont douloureuses et très dures. Elles ébranlent autant le lecteur que « Si c’est un homme » de Primo Lévi. L’auteur retranscrit aussi certaines phrases d’Eichmann au discours direct, ce qui nous permet d’entrer quelque peu dans la logique effroyable de cet homme. On a presque l’impression de l’entendre, ce qui est quelque peu inconfortable. L’écrivain se permet aussi de s’interroger sur la valeur d’un tel procès, sur sa symbolique pour le peuple juif mais aussi sur sa pertinence.

Cet ouvrage a bien entendu une valeur de témoignage, mais interroge aussi, permet d’approfondir la réflexion sur plusieurs sujets. Le lecteur replonge dans cette période sombre de l’Histoire et ceci est mené avec intelligence par l’auteur. La lecture n’est pas confortable, mais suivre ce procès et les séjours de Mulisch en Israël tel un journal de bord permet parfois de prendre du recul et la distance nécessaire pour construire un jugement plus mesuré. Ce livre est intéressant par rapport à son contenu et par rapport à la réflexion qui est proposée.

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