La tempête qui vient
de James Ellroy

critiqué par Jfp, le 31 décembre 2020
(La Selle en Hermoy (Loiret) - 72 ans)


La note:  étoiles
complot and co
Tout d’abord, si vous avez envie de vous distraire en lisant un bon polar vite lu mais aussi vite oublié, ne lisez surtout pas "La tempête qui vient", le second opus, après "Perfidia", du nouveau Quatuor de Los Angeles. La densité de l’écriture, le nombre impressionnant de personnages (53 listés en fin d’ouvrage), dont certains se retrouvent d’un roman, voire d’un quatuor, à l’autre, décourageront vite le lecteur pressé. Dans ce style quasi télégraphique qui est devenu au fil du temps la marque de fabrique de l’auteur du célèbre "Dahlia noir", James Ellroy nous plonge dans l’atmosphère aussi étrange qu’angoissante qui a suivi la terrible défaite de Pearl Harbor, précipitant les États-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale. Les Japonais, très nombreux à l’époque en Californie, sont voués à la vindicte publique et mis de force dans des camps de concentration lorsqu’ils ne sont pas exécutés dans des chambres à gaz sous les prétextes les plus futiles. La corruption règne dans les rangs de la police de Los Angeles, un leitmotiv de l’œuvre de James Ellroy, et dans les officines créées pour traquer les indésirables, notamment les membres de la fameuse "cinquième colonne". Inutile de tenter de résumer en quelques mots l’action, foisonnante et complexe, qui voit se côtoyer les personnages, tous aussi ripoux les uns que les autres. En fond d’écran, un gigantesque complot mêle communistes et fascistes, qui se sont entendus au cours d’une réunion secrète pour préparer un après-guerre où le monde entier passera sous le joug des régimes totalitaires, avec l’ours russe et l’aigle allemand rassemblés en un totem unique. Un roman dense, aux multiples niveaux de lecture, mêlant géopolitique, sexe, drogue, violence et enquêtes, imprégné du nihilisme intégral de l’auteur, que l’on peut résumer par "tous pourris". Un nihilisme qui n’est pas sans rappeler celui d’un certain Louis-Ferdinand Céline, auquel James Ellroy a emprunté quelques trouvailles langagières, notamment l’usage récurrent des onomatopées mais aussi, malheureusement, son racisme, sa misogynie et son homophobie. Dommage…