L'Île du roi Lézard
de Ian Livingstone, Alan Langford (Dessin)

critiqué par Eric Eliès, le 27 décembre 2020
( - 46 ans)


La note:  étoiles
Souvenirs d'enfance sur l'un des premiers livre-jeu de la série "Défis fantastiques"
Enfant, j’avais découvert « Le sorcier de la montagne de feu » dans le bibliobus qui se garait une fois par semaine sur le parking de mon école primaire (à Brest, pour l'anecdote) mais j’ignorais qu’il existait d’autres titres. Je croyais que « Le sorcier » était un livre à part, sans équivalent, jusqu’à ce qu’on m’en offre un pour l’anniversaire de mes dix ans, il y a donc 36 ans... Il s’agissait de "L’île du roi-lézard". Ce livre est l'un des premiers de la série Défis Fantastiques, qui lança un phénomène de mode dans les années 80 (c'était un sujet de cours de récréation !) et fit les beaux jours de la collection Folio Junior. Je l’ai lu et relu à tel point que je me souviens encore, tandis que j’écris cette notule (un peu par nostalgie !) sans avoir le livre sous les yeux, que le premier paragraphe offre le choix entre faire aborder notre barque sur une plage sablonneuse (allez au 33 - où des pirates sont en train d'enterrer un coffre) ou dans une crique rocailleuse (allez au 24 - où un crabe géant jaillit à l'improviste).

L’histoire est un peu plus élaborée que dans "Le sorcier de la montagne de feu", où nous étions un aventurier obtus appâté par le gain et tuant tout ce qui bouge pour aller voler le trésor d’un sorcier maléfique. Ici, il s’agit de porter assistance à de paisibles pêcheurs dont les villages subissent les raids d’hommes-lézards, qui capturent des jeunes gens et les ramènent dans leur île pour servir d'esclaves dans les mines. Accompagné par un ami (qui ne nous accompagnera pas longtemps puisqu’il lui faudra moins de deux paragraphes pour mourir, poignardé par un pirate ou écrasé par la pince d’un crabe géant), nous partons pour cette île, que nous allons devoir explorer et traverser avant d’arriver jusqu’au roi-lézard, qui s’avère être manipulé par le Gonchong, un étrange parasite implanté dans son cerveau (ce qui offre une fin alternative originale où le parasite s’empare de notre esprit et nous transforme en nouveau tyran à la place du roi-lézard). Comme à son habitude, Ian Livingstone parsème notre périple de créatures dangereuses (l'île s'avère densément peuplée !) mais les combats imposés ne sont pas excessivement répétitifs : le bestiaire et les rencontres sont variés, même si plein de clichés (la jungle est évidemment peuplée de féroces pygmées cannibales !) et fortement dominé par les reptiles (hydre à deux têtes, saurien géant, homme-lézard bien sûr, etc.). En revanche, les rencontres manquent toujours de subtilité : à part celle avec un sorcier chamanique puis celle avec les esclaves que nous sommes venu libérer, toute rencontre conduit aussitôt à un combat à mort suivi d’une récupération d’objets, un peu hétéroclites mais souvent utiles. Malheureusement, ces combats sont imposés et, comme souvent avec Ian Livingstone, on risque une crampe au poignet à force de lancer les dés ! En outre, les combats sont assez difficiles et leur répétition est un facteur de mort précoce…

En revanche, et c’est très rare chez cet auteur, le scénario parvient à installer une atmosphère (on se sent à la fois explorateur et libérateur) et, surtout, on arpente une île aux paysages variés (des plages, un marais, une jungle, des plaines, un volcan, etc.) sans qu’il y ait un seul chemin possible pour mener à la victoire finale. En effet, dans presque tous ses autres livres (le comble étant "La crypte du sorcier"), Ian Livingstone impose, pour réussir notre quête, de ramasser en chemin plein d’objets indispensables. C’est ce qu’on appelle en anglais un OTP (One True Path = un seul chemin possible) et le plaisir de re/lecture se réduit à tester les diverses solutions possibles jusqu’à trouver celle menant à la victoire par la collecte de tous les objets, ce qui est plus proche du casse-tête que de la littérature… Ce n’est pas le cas de cette aventure, qui offre en outre quelques moments épiques comme la révolte des esclaves contre les hommes-lézards !