Dépressions
de Herta Müller

critiqué par Jfp, le 1 décembre 2020
(La Selle en Hermoy (Loiret) - 72 ans)


La note:  étoiles
sombre dimanche
Sombre dimanche, celui où j’ai lu "Dépressions", dix-neuf nouvelles d’inégale longueur, celle ayant donné son titre au recueil représentant à elle seule la moitié de l’ouvrage. Sombre dimanche, pour venir à bout des souvenirs émiettés d’une enfance hallucinée au sein d’une petite communauté germanophone dans la Roumanie de Ceaușescu. Un univers étrange, où minéral et vivant se mêlent, où intérieur et extérieur ne forment qu’une seule et même entité, où la frontière entre rêve et réalité n’existe plus, où les croyances et superstitions les plus absurdes sont toujours vivantes et nous rappellent qu’on est en Transylvanie, au cœur du pays des vampires. Sans doute cette auteure renommée, pourvue de la plus haute distinction internationale qui soit, le Nobel, a-t-elle voulu transcrire à sa façon les sentiments de répulsion qu’elle éprouvait, au cours de son enfance puis de son adolescence et de sa vie de jeune adulte, à l’égard de ce régime politique qu’elle hait au plus profond de son cœur. Transcrire une fois arrivé à l’âge adulte la vision du monde de l’enfant qu’on a été est un exercice difficile. Certains s’y sont essayés avec bonheur. On pense bien sûr à Jerzy Kosinski ("L’oiseau bariolé"), plus près de nous à Robert Sabatier ("Les allumettes suédoises"), mais j’avoue que je n’ai pas réussi à ressentir la moindre empathie à la lecture de ce pensum dont les étrangetés, souvent scatologiques, peuvent à la rigueur passer pour de la poésie, mais une poésie sans beauté même si l’on sait que, pour certains, le laid c’est le beau. Seule pépite au milieu de ce lac de désespérance, une petite, toute petite nouvelle, "L’opinion", une critique pleine d’humour de la bureaucratie toute puissante d’un régime totalitaire, que n’aurait pas reniée Kafka. Heureusement, il y aura d’autres dimanches, occupés par des lectures mille fois plus réjouissantes…