Matisse: «Une splendeur inouïe»
de Xavier Girard

critiqué par Agnesfl, le 30 novembre 2020
(Paris - 57 ans)


La note:  étoiles
Une biographie très informative
Malgré peut-être un surplus d’informations rendant parfois la lecture un peu aride, cette biographie ne manque pas d’attrait. Ce peintre dont on a dit qu’avant lui toute peinture était sombre, entre dans l’atelier de Gustave Moreau fin 1892, après avoir raté au début de la même année le concours d’entrée à L’Ecole des Beaux Arts. «  Je me suis cherché partout » dira t-il de ses années de formation.
C’est son second voyage à Belle-Île durant l’été 1896 qui lui permettra de faire disparaître son statut «  d’humble écolier ». Xavier Girard l’auteur dont la plume est limpide et précise parle des ses voyages en Bretagne comme lui ayant apporté «  la révélation de la nature dans la lumière » et de la Corse comme le pays lui donnant l’opportunité d’ouvrir la voie à la féérie méditerranéenne symbole de toute son oeuvre à venir… L’Algérie en revanche n’attirera pas trop son regard. Ses nombreux influences, déplacements et domiciles sont bien restitués.
«  Les trois baigneuses » est l’oeuvre à laquelle il fera le plus référence, et il explique qu’elle l’aura soutenu moralement dans les moments critiques de son aventure d’artiste. Expression et décoration ne représentent pour lui qu’une seule et même chose, et il utilisera la sculpture et la céramique pour les transposer sur la toile. «  L’intérieur au violon » incarne pour lui une de ses plus belles toiles, et il ira souvent à Nice se reposer notamment en cas de problèmes de santé.
Dans ce livre, l’on peut admirer ses belles natures mortes colorées, ses magnifiques odalisques et «  Les jeunes filles au paravent «  (1921) sont éclatantes de beauté. Même si ses tableaux sont inégaux sur le plan de l’esthétique, le choix des couleurs est toujours raffiné. Il a notamment travaillé pas mal sur l’orange, et il a déclaré à Georges Duthuit qu’un tableau doit posséder « un pouvoir de génération lumineuse ».
Entouré d’objets chinois bien rangés selon ses souhaits, il faut l’imaginer au moment de réaliser le décor du ballet «  Le chant du rossignol » entouré d’oiseaux exotiques. «  Il y avait plus de 300 oiseaux explique Raymond Escholier. Ils voletaient dans des volières, les pigeons eux étaient libres dans la chambre. On se serait cru dans une forêt »…
A la fin du livre, de passionnants témoignages et documents expliquent sa technique, ses choix de couleurs, et en disent un peu plus long sur sa personnalité. D’après sa correspondance, l’on peut également constater qu’il savait manier les mots. Une belle découverte de cet artiste qui déclarait avec humour que s’il avait rencontré dans la rue des femmes telles qu’il les peignait, il se serait sauvé épouvanté. »…
Agnès Figueras-Lenattier