Au loin
de Hernán Díaz

critiqué par Frunny, le 22 janvier 2021
(PARIS - 55 ans)


La note:  étoiles
A poor lonesome Cow-boy !
Hernán Díaz (1973- ) est un romancier américain né en Argentine.
Au loin ("In the distance") est un premier roman, finaliste du Prix Pulitzer.

Hakan et son frère Linus sont 2 jeunes paysans pauvres et illettrés vivant en Suède.
Comme des milliers de jeunes européens dans les années 1850, leurs parents décident de les envoyer en Amérique, la "Terre des possibles". Direction New York.
A Portsmouth (Angleterre) , les 2 frères sont séparés, Hakan embarque dans le premier bateau venu et débarque à ... San Francisco.
A partir de là, un seul objectif l'habite; traverser le pays d'Ouest en Est pour retrouver son frère à New York.
Débute alors un périple immense qui se transforme progressivement en la nécessité de subsister au plus profond de sa solitude.
Illettré, ne parlant pas la langue et méconnaissant la géographie du pays-continent, Hakan va effectuer quelques rencontres singulières aussi enrichissantes que dangereuses.
La violence est omniprésente et c'est la solitude extrême qu'il va rechercher pour poursuivre sa quête.

Un western initiatique, une aventure solitaire mais avant tout une incroyable introspection.
1850, la conquête de l'Ouest, les pionniers et les prospecteurs d'or.
La recherche du bonheur est à l'Ouest et Hakan est à contre-courant. Il croise ces idéaux et se terre dans la solitude.

J'ai été très agréablement surpris par ce roman, ce "faux western" qui utilise les codes du genre pour mieux les mettre en pièces.
C'est de Solitude dont il est question dans ce roman, à la fin époustouflante et émouvante.
Un très agréable moment de lecture !
La légende du "Hawk" 6 étoiles

Comme le dit Frunny, Hernan Diaz a sans doute pensé son roman en partie comme un faux western, voire même comme un anti-western : en ce sens c’est même plutôt un Eastern si j’ose dire ! Hakan, le personnage principal, contrairement aux migrants de l’époque, cherche en effet à se rendre à l’Est des États-Unis ! Néanmoins on a l’impression que l’auteur s’incline devant « la Marche de l’Histoire » car Hakan, toujours, sera ramené par les vents et les marées vers l'Ouest, que ce soit d'ailleurs l'Ouest américain ou un autre...

Étrange personnage que ce Hakan à vrai dire, taciturne, semblant subir les aléas du destin, et finalement se complaisant dans une sorte d’attente monastique où il va se confondre doucement avec la Nature sauvage de l’Amérique. À la fin du roman, où il est décrit avec sa taille extraordinaire et son côté Homme des bois, je me suis même demandé si on n’allait pas nous révéler qu’il était en fait un « Big Foot » ou plutôt un Troll puisqu’il est originaire de Suède !

Si je ne peux pas nier que le roman est très riche et bien écrit, je dois dire que n’y ai pas trouvé totalement mon compte. Je n’ai pas réussi à adhérer à la tournure que prenait l’histoire. Hernan Diaz refuse par exemple délibérément le ton de l’épopée : Hakan fuit ses exploits, il passe un très long temps à se cacher, ce qui m’a je l’avoue frustré vu le potentiel du personnage et la légende qui se construit autour de lui. Il y a en outre très peu de dialogue, ce qui donne certes un récit dense mais parfois un peu long à mon goût, en particulier quand il ne se passe pas grand-chose. J’ai eu alors l’impression que l’histoire tournait en rond, comme le périple d’Hakan d’ailleurs… Je vous avoue donc que, arrivé à la fin du livre, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire, un peu déçu : « tout ça pour ça... »

Fanou03 - * - 45 ans - 12 février 2021