Palmiers Solitaires
de Ramon Eder

critiqué par Débézed, le 24 octobre 2020
(Besançon - 73 ans)


La note:  étoiles
Aphorismes hispaniques
Ce livre est le premier recueil d’aphorismes traduits que j’ai lu et pourtant j’en déjà lu un bon nombre notamment dans cette belle collection. Je voudrais tout d’abord féliciter le traducteur, Philippe Billé, pour la qualité de son travail, je ne connais pas la version originale mais je peux assurer que la version française est excellente, il a remarquablement respecté les principes énoncés par l’auteur à travers certains de ses aphorismes. Je voudrais aussi le remercier pour ce qu’il m’a appris dans sa préface sur la pratique de l’écriture courte dans la culture espagnole. Je le cite : « Il faut dire que cette forme brève semble avoir été particulièrement prisée des Espagnols. Ils ont eu au vingtième siècle un grand maître du genre en la personne de Ramon Gomez de la Serna, qui a produit par milliers ce qu’il appelait des greguerias ». Ramon de la Serna dont je me souviens avoir lu le si délicieux « Gustave l’incongru » rempli d’humour et de drôlerie.

Ramon Eder considère moins l’aphorisme comme un calembour ou un jeu de mots que comme un trait d’esprit, un condensé d’humour, une économie de mots. Le préfacier évoque son approche de l’écriture courte à travers son propos introductif : « Le secret du style c’est d’être exact », a-t-il écrit quelque part, et lui-même a si bien appliqué la règle, qu’il peut-être placé dans l’illustre lignée de l’autre grand Ramon, Gomez de la Serna (sinon même dans celle du grand ancien, Ramon Llull ». L’auteur consacre aussi plusieurs aphorismes à leur écriture, j’en ai noté quelques-uns :
« L’aphorisme est une arme chargée d’intelligence. »

« Le bon aphorisme est celui qui en dit plus qu’il n’y paraît, pas celui qui paraît dire plus qu’il ne dit »
« Un recueil d’aphorisme est une sorte de journal, non de ce que l’on fait, mais de ce que l’on pense. »
« Celui qui veut définir l’aphorisme échoue toujours, telle est la force de l’aphorisme. »
« Un aphorisme est une cage d’où s’échappe un oiseau. »

Dans ce recueil, il y en a d’autres mais ceux-ci montrent bien comment l’auteur considère l’écriture des aphorismes : un concentré d’intelligence, une économie de mots pour dire beaucoup en écrivant peu, un trait d’esprit, quelque chose échappant au monde cartésien relevant de l’inspiration spontanée. Il a aussi d’autres sujets d’inspiration comme celui qui a donné le titre à ce recueil : « Les palmiers solitaires dans des lieux déserts ne sont pas seulement des arbres, mais des symboles de quelque chose de magnifique ». Ou comme les deux suivants qui évoquent l’amour et la poésie :

« Les jeunes filles en fleur transforment les adultes en jardiniers mélancoliques. »
« Ravir des cœurs n’est pas interdit. »

Et pour conclure, en espérant que le traducteur en livre d’autres, je citerai ce dernier qui évoque tellement bien la situation que nous connaissons aujourd’hui : « Le danger de sortir dans la rue se voit relativisé par le danger de ne pas sortir de chez soi ».

Et je n’omettrai de dire que ce recueil est illustré de la main de l’auteur en le peuplant de personnages en noir sur blanc qui évoquent les statues filiformes et longilignes de Giacometti mais encore plan anguleuses et plus rectilignes. Le lecteur a ainsi l’impression que le livre est habité par les personnages que l’auteur évoque dans ses traits d’esprit.

Cactus inébranlable