Christo et Jeanne-Claude
de Jacob Baal-Teshuva, Wolfgang Volz (Dessin)

critiqué par Septularisen, le 11 octobre 2020
(Luxembourg - 54 ans)


La note:  étoiles
CHRISTO. MONOGRAPHIE DÉFINITIVE!
Il est bien dommage que la mort d’un des plus grands artistes du XXe S, soit passée complètement inaperçue du fait de la crise de la COVID-19… Et pourtant, le 31 mai dernier disparaissait celui dont on dit qu’il permettait au monde entier de redécouvrir les monuments qu’il «empaquetait»… J’ai nommé Javacheff CHRISTO (1935 - 2020), simplement connu sous son nom d’artiste : CHRISTO.

Jaco BAAL-TESHUVA (*1929), auteur, journaliste, critique d'art, conservateur et commissaire d’expositions, lui a dédié de nombreuses monographies (parmi lesquelles celle-ci: https://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/19813 et celle-ci: https://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/58772), nous fait donc une nouvelle fois découvrir la vie et les œuvres de cet artiste hors du commun! CHRISTO malgré son grand âge travaillait 14 heures par jour dans son atelier situé au septième étage, sans ascenseur. Il ne possédait rien et aucune fortune personnelle, mais dépensait des millions pour montrer au monde ses réalisations… Qui ne sont destinées à être vues, in situ, que durant quelques semaines… Et surtout, dont il ne restera rien à la fin de l’exposition, à l’exception des travaux préparatoires et des photos qui en auront été prises!.. Si ça ce n’est pas de l’abnégation!

Voici donc un artiste, - écologiste bien avant que l’on commence à parler d’écologie -, qui recycle tous les matériaux qu’il utilise, qui finance tous ses gigantesques projets de sa propre poche, qui utilise toujours de la main d’œuvre locale pour monter et démonter ses réalisations, qui fait faire (toujours à ses frais) des dizaines d’études préliminaires (dont des études d’impact de ses œuvres sur la nature), et qui donne en cadeau tout le matériel utilisé aux propriétaires des terrains sur lesquels a reposé sa réalisation! Et cerise sur le gâteau, pour toutes ses œuvres, tout est absolument gratuit et ouvert au public, il n’y a ni billets, ni horaires, ni réservations, ni propriétaires, elles appartiennent à tout le monde.

On pourrait parler à l’infini de l’homme… Parlons aussi de son œuvre, merveilleusement bien présentée dans ce livre, qui a pour but avant tout de nous faire (re-)découvrir la beauté de certains sites, en les… cachant à notre vue! De nous amener à venir (re-)voir ces sites et monuments devant lesquels nous passons chaque jour et que nous ne regardons plus!.. Et qui pourtant sont si beaux, à nous les rapproprier à en redécouvrir l’essence, le tout en les empaquetant et en les faisant disparaître à notre vue!..

Il m’est bien sûr impossible de parler de toutes les magnifiques réalisations de l’artiste américain présentées dans cette monographie. Mais parlons un peu d’un de ses derniers grands projets : «The Floating Piers» sur le lac d’Iseo en Italie (18 juin – 3 juillet 2016). Imaginé avec son épouse Jeanne-Claude (1935 – 2009), c’est l’aboutissement d’une recherche de près de cinquante ans : réaliser une passerelle flottante! Au printemps 2014 le lac d’Iseo – petit lac glaciaire situé à 100 km à l’Est de Milan et a 200 km à l’Ouest de Venise, est sélectionné. Deux ans, 100 000 mètres carrés de tissu jaune éclatant, 220 000 tubes en polyéthylène haute densité, supportant un système modulaire de quais flottants, capables d’onduler avec le mouvement des vagues, et muni de pontons aux bords inclinés mesurant 16 mètres de largeur et 35 cm de hauteur.
Et c’est... un million deux cent mille visiteurs qui se déplacèrent du monde entier pour parcourir l’œuvre à pieds, 3 km de déambulation sur l’eau, de Sulzano à Monte Isola et jusqu’à l’îlot de San Paolo dont elle faisait le tour. Le revêtement textile se prolongeait même sur 2,5 Km dans les rues piétonnes de Sulzano et de Peschiera Maraglio.Transfiguré par la magie artistique de CHRISTO, le lac offrit des vues et des perspectives inattendues et uniques au monde! Durant seize jours, les gens eurent l’impression de marcher sur l’eau!

Comme toujours avec les éditions Taschen, c’est simple, beau, bien présenté, d’une écriture claire et précise à la portée de tous et qui ravira l’expert comme le profane et des photographies à couper le souffle le tout à un prix très raisonnable… Et comme toujours avec les livres de cette collection, celui-ci est avant tout une introduction à l’œuvre et à l’artiste. Mais, l’avantage ici c’est que cette monographie ayant été réalisée en 2020, tous les derniers travaux réalisés du vivant de l’artiste y figurent enfin! On aura ainsi le plaisir de (re-) découvrir entre autres «Le Reichstag Empaqueté » (1995), «The Gates, Central Park » (2005), «The Floating Piers » (2016) dont je parle ci-dessus, et même «L’Arc de Triomphe, Wrapped», qui devrait avoir lieu, malgré le décès de l’artiste, l’année prochaine à Paris.

A découvrir d’urgence donc…