Le Rêve
de Émile Zola

critiqué par Banco, le 11 août 2004
(Cergy - 35 ans)


La note:  étoiles
Une Pause
Le rêve, livre dont on ne s'attendait pas de la part de Zola, est une pause presque heureuse dans le morbide destin de la race dégénérée des Rougon-Macquart.

Beaumont l'Eglise, écrasé par sa cathédrale, ne vit que par et pour l'évêché, protégeant ses paisibles et fervents habitants de l'entreprenant XIXe siècle lorsqu'un soir d'hiver jette sur le pavé Angélique, une orpheline de l'Assistance Publique. C'est un couple de brodeurs en mal d'enfant, les Huberts, qui recueille la fillette malgré sa naissance louche. Las, sa lourde hérédité ne tarde pas à réémerger à travers les crises et les rêveries d'Angélique devenue jeune fille ne pensant plus qu'au jeune homme blond, noble et riche qui viendra pour l'aimer et être aimée d'elle. Et le moins surprenant est que le jeune homme obéit, apparaît en la personne de Félicien VII de Hautecœur, fils de l'évêque de Beaumont, l'aime et est aimé et finit par triompher des résistances de son père qui le destine à une demoiselle des environs pour épouser l'orpheline Angélique. Angélique, qui, très simplement, très humblement, meurt heureuse dans les bras de Félicien au jour même de ses noces.

On n'attendait pas un tel livre de la part de Zola, aussi mièvrement romantique, aussi religieusement idyllique. On avait tort. Le Paradou de la faute de l'abbé Mouret, les dernières pages d' Au bonheur des dames annonçaient déjà que le maître de l'horreur naturalisé ne dédaignait pas les idylles très simples. Au reste, même par endroit mièvre et affecté, le rêve c'est du Zola. On y retrouve le même souci du plan, des effets et des détails, la même constance dans la description d'un milieu et d'un destin, la même fidélité au grand thème zolien, la conjuration de l'hérédité et du milieu contre l'homme. Ainsi si la mort finale d'Angélique est très simple et très juste, c'est qu'elle est l'aboutissement logique de son existence. La conjugaison de son hérédité néfaste qui fait de la fille abandonnée de Sidonie Rougon une rêveuse cyclothymique et névrosée et du milieu cloîtré dans la religion et hanté par la présence des Vierges Saintes et des mortes heureuses suffit à vouer Angélique au destin de morte heureuse. Zola rompt d'ailleurs ici avec ses peintures négatives du Catholicisme pour le figer en une sentimentalité béate et stupide qui exclut Beaumont du siècle qui avec la broderie forme la toile de fond de ce court roman. Rien dans le rêve n'en fait un livre indispensable, mais il demeure une pause agréable et nécessaire dans le cycle magistral et sublime des Rougon-Macquart.
Un simple entracte ? 8 étoiles

Lorsque l’on parcourt la série des Rougon-Macquart dans l’ordre de leur parution, la blancheur éthérée du « Rêve » présente un contraste saisissant avec la profonde noirceur de « La Terre »
La montée céleste au royaume des Saints faisant suite à la descente aux enfers… La turpitude la plus ignoble vs la pureté la plus séraphique.

De quoi déconcerter le lecteur lambda et avoir d’ailleurs interpellé de nombreux exégètes de la littérature zolienne. L’auteur lui-même n’a-t-il pas écrit dans l’ «Ebauche » du « Rêve » : « Je voudrais faire un livre qu’on n’attende pas de moi ». Pari totalement réussi sur ce plan, on en conviendra !

Le grand Emile a-t-il simplement souhaité s’accorder ou nous offrir une pause salvatrice, comme il l’avait fait pour « Une page d’amour » après « L’Assommoir » ? Respirer un peu d’air pur, après avoir été submergé par tant de pourriture ?

Oui, sûrement. Mais, sa démarche ne se limite pas à ce simple souci d’alternance et « Le Rêve » n’est certes pas que le joli conte bleu, évoqué ici et là. Il suffit, pour s’en convaincre, de consulter sur Internet l’approche psychanalytique de la genèse de « La Faute de l’Abbé Mouret » et du « Rêve » effectuée par Antonia Fonyi le 23 janvier 2007. A méditer et, en la matière, ne surtout pas s'en tenir au premier degré d'interprétation !

Isis - Chaville - 72 ans - 5 novembre 2017


Etonnant 7 étoiles

J'ai passé du temps sur ce livre : j'ai décroché, puis l'ai repris et je ne le regrette pas. Certes l'histoire est très simple, candide, et parfois les descriptions (concernant la broderie, les vies de certaines saintes), bien que parfaitement écrites, sont longues.
C'est la finalité que j'ai préféré, quand Zola décrit la vie d'Angélique (le personnage principal) dans la globalité et avec un certain recul.
Ce n'est pas le meilleur de Zola, mais il vaut le détour.

Krys - Haute-Savoie - 34 ans - 23 mai 2017


Zola chez Harlequin 6 étoiles

Je pousse un peu le bouchon avec la formulation de ce titre. Mais... Banco, dans la sienne, ne parle-t-il pas de "mièvrement romantique". Il est vrai que l'on n'attend pas cela de la part de cet auteur, même si on peut en trouver çà et là des prémices dans son oeuvre. C'est joli, mignon, avec des tonalités suaves et une fin improbable qui en ravira peut-être quelques-uns. Je ne suis pas vraiment du nombre et ai peu apprécié ces discours lénifiants. Il ma paraît normal que, dans la série des Rougon-Macquart, il y ait un ou deux ratés.

Falgo - Lauris - 78 ans - 11 juin 2014


Une bien jolie lecture 7 étoiles

Emile Zola nous offre ici une pause dans sa série Rougon-Macquard, un épisode bien différent des autres. Un roman plein de grâce resserré autour de peu de protagonistes et autour d'un lieu: une cathédrale, personnage à part entière du roman et qui donne lieu à de remarquables lignes.Car aussi un roman où le travail d'écriture est fort pour parvenir à transmettre soit les ressentis et les ambiances liés au thème, soit les descriptions notamment celles du travail de brodeur, activité de l'héroïne et des ses parents adoptifs. Certes un roman qui véhicule une vision "angélique" à opposer aux drames décrits dans les autres volumes de la série, mais qui trouve sa place dans la description de l'époque: l'exaltation religieuse en fait partie intégrante.

Echo - Aquitaine - 39 ans - 5 décembre 2013


Songe ou conte ? 8 étoiles

C'est le Zola que l'on attendait pas. Un homme émerveillé de la pureté possible de l'âme humaine.

Toujours dans un mouvement ascendant. Il ouvre grand la porte au rêve chassant la barrière de l'incrédulité, de l'apriori, des schémas et des souffrances passées.
Par la foi en lui et en ses rêves, l'homme peut dépasser les mémoires de douleur ne lui appartenant pas. Et par là-même, ouvrir à d'autres possibles pour lui et les acteurs de ces mémoires, familiales ou sociales.
Le sens de sa vie ne pourra alors être bafoué, même par la mort !

"Le rêve" n'est pas une histoire. C'est un conte à sourires, à larmes. Bref, à vivre.
Partons rêver ... et vivre nos rêves.

Boudhakah - - 60 ans - 21 juin 2012


Un rêve angélique 6 étoiles

Angélique est une orpheline enfuie de l’assistance publique et de familles d’accueil douteuses… Elle se réfugie sous le porche de l’église de Beaumont, sous la statue de Sainte Agnès, la petite sainte vêtue de ses cheveux. Les Hubert, un couple de brodeurs en mal d’enfants, recueillent la pauvrette et l’élèvent dignement. La jeune fille grandit avec douceur dans la maison des Hubert et devient une brodeuse hors-pair. Elle n’a d’horizon que les contreforts de l’église de Beaumont, le jardin du prieuré et les fantaisies qu’elle nourrit grâce à sa lecture de La légende, un livre qui raconte les histoires des Saintes martyres et des mortes bienheureuses. Elle se construit un rêve de princesse et de miracle, de prince et de fortune, bercé par les miracles de La légende, Sainte Agnès et la finesse de la broderie…

C’est un livre étrange, quelque peu emphatique, parfois éthéré. Un livre paisible, loin des conflits sociaux et de la misère décrits dans les grands classiques de l’auteur. C’est admirablement bien écrit avec des descriptions de broderies, de tissus de grandes qualités. Un livre en hommage à cet art et pour cela, il vaut le coup d’être redécouvert. L’histoire cependant ne m’a pas passionnée. Agréable donc, mais sans plus.

Antinea - anefera@laposte.net - 38 ans - 12 février 2011