Béatrix de Honoré de Balzac

Béatrix de Honoré de Balzac

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Cédelor, le 26 septembre 2020 (Paris, Inscrit le 5 février 2010, 48 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 825ème position).
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L'un des meilleurs Balzac

Juste avant le confinement, j’avais acheté plusieurs livres de Balzac. Voici « Béatrix », le dernier non encore lu et que je vais m’efforcer de vous présenter. Je me suis d’ailleurs étonné de ne pas trouver ce livre déjà critiqué sur le site. Car c’est l’un des meilleurs Balzac que j’ai lu.

C’est l’histoire d’un triangle amoureux d’un genre un peu particulier : Camille Maupin, femme écrivain, personnage créé sur le modèle de George Sand, aime Calyste, beau jeune homme de 20 ans, grand naïf au cœur simple et pur, mais s’estimant trop vieille pour lui, va se sacrifier en le jetant dans les bras de Béatrix, belle femme blonde tout en longueur, au cœur rempli d’égoïsme et d’aigreur. Voilà pour le synopsis de la première partie, qui se déroule en Bretagne, au village de Guérande où se fabrique le sel du même nom. Callyste vit avec sa famille sur qui pèse une certaine nostalgie de la grandeur féodale passée de leur nom seigneurial et très ancien, et Camille dans sa maison dite « des Touches ». Tout au long de cette première partie, va se dérouler une longue et subtile bataille entre les deux femmes, aussi rouées l’une que l’autre, Camille plus encore que Béatrix, pour Callyste qui n’y comprend rien, sauf une chose, qu’il est tombé amoureux fou de Béatrix. Entre ce trio, gravite, outre la famille de Callyste qui craint cette situation et espère marier Callyste avec une jeune fille de bonne famille bretonne, les amants de Camille et de Béatrix, Claude Vignon, critique d’art, et Gennaro Conti, chanteur d’opéra.

Alors disons que toute cette partie n’est que l’art de bien écrire et d’analyser finement les mouvements du cœur humain, tout en subtilités et en décorticage en 4 et en 8 des sentiments d’amour, de crainte, d’envie, de désespoir qui peuvent agiter un homme ou une femme en proie aux jeux de l’amour et du désir. Les descriptions des lieux peuvent être longues, mais plus longues encore celles des liens du cœur et de l’âme qui se tissent et se jouent entre les différents protagonistes et les portraits donnés sur chacun sont des sommets du genre. Ça va même parfois jusqu’à de belles exagérations qui font sourire, telles que « les longs entortillements qui révèlent bien des tendresses cachées » parlant des oreilles de Camille Maupin ! Et tout est mâtiné d’un humour finement cocasse et railleur qui permet de qualifier toute cette première partie d’humoristique ! C’est avec un art consommé qu’au meilleur de sa forme, en maestro de la littérature, Balzac a conté ici cette première partie bretonne de « Béatrix ».

Que dire de la seconde partie, celle qui se déroule à Paris ? J’hésite à vous en parler, car évidemment, en se transportant à Paris, les situations et les relations changent et en dévoiler ne serait-ce qu’un peu serait déjà spoiler trop et risquerait d’ôter du plaisir d’en découvrir la suite. Alors, après l’ancienne et refoulée Bretagne, c’est maintenant au tour de la lumineuse et dangereuse Paris de planter son cadre dans le roman.

On y retrouve quelques-uns des protagonistes, auxquels s’ajoutent de nouveaux personnages, tels que Maxime de Trailles, Mme Schontz, les Grandlieu... Disons ici que Callyste a perdu de vue Béatrix, qui est partie. Sans enthousiasme, il s’est marié avec Sabine, une jeune fille de la bonne société parisienne, à qui Camille Maupin a légué son immense fortune. Mais l’ombre de Béatrix rôde toujours dans le cœur de Callyste. Il advient ce qui est facile à deviner, jusqu’au drame atroce. Ici Balzac montre jusqu'où aller dans les profondes noirceurs de la haine et de la jalousie. Face à cette situation tragique, en réaction, la famille de Sabine devient l’instigatrice d’une machination complexe où entrent en scène divers personnages pas toujours recommandables, et c’est l’histoire des manœuvres tortueuses mises en branle, qui est racontée dans cette deuxième partie, dans le style toujours subtil de Balzac, et menée d’une plume fine et sûre pour arriver à la conclusion que Balzac s’est donnée, et avec quelle manière ! Balzac est autant un maître pour décrire le cœur humain que pour monter une intrigue compliquée sans se perdre, avec un luxe de détails. C’est du grand art, avec un grand A. Certes, avec nos yeux du 21ème siècle, on aurait pu s'attendre à plus d'éclat pour la fin et non que ça se termine avec une poignée de mains et la morale familiale sauve. Moraliste, Balzac ? Mais passons !

Ce qui compte est que le texte soit de toute beauté et soit passionnant à suivre, autant pour les yeux que pour l’esprit. Il reste qu’avec ce style, il n’est pas d’une lecture facile, fluide comme de l’eau, comme peut l’être nombre de textes de nos écrivains contemporains, qui mettent sujet, verbe, complément avec quelquefois un adjectif, et voilà… J’exagère, oui, mais pas tellement.

Rien que pour cela, après « Béatrix », Balzac me convainc qu’il est le plus grand écrivain français du 19e siècle (Proust étant celui du 20ème).

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Intrigue Balzacienne

8 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 60 ans) - 5 octobre 2020

Et nous voici plongé dans une des grandes intrigues amoureuses de Balzac.
Calyste est un jeune homme d'une vingtaine d'années, beau comme un ange, aimé par ses parents, pur et sensible.
Il est amoureux platoniquement de Félicité des Touches, de vingt ans son aînée. Une femme libre, qui écrit et s'adonne à l'art. A Paris elle serait sans doute mieux à sa place qu'en province où on lui donne une réputation sulfureuse.
Un jour Félicité invitera une de ses amies, Béatrix, pour un séjour chez elle, et c'est là que l'invitée déclenchera chez Calyste un amour dévastateur.

Le personnage de Calyste est ici décrit comme un homme enfant, sensible mais capricieux, voguant où le vent le pousse, sans esprit critique il croit en ses impressions et en fait loi.
Béatrix, elle, est la femme caprice. Elle va où ses intérêts la guident, se donne et se reprend. Elle n'a pour elle que la blondeur de ses cheveux et sa beauté, mais son tempérament fait le reste. Manipulatrice effrénée, sans morale il faudra le génie de Balzac pour coudre autour d'elle un complot afin de libérer Calyste de ses griffes.


LIEUX : Guérande, Les Touches, Nantes, Paris

PERSONNAGES

– Béatrix-Maximilienne-Rose de Rochefide : née de Castéran, elle impose son prénom BEATRIX. Elle est tout aussi capable de perfidie que de sublimation. Elle abandonne son mari Arthur de Rochefide pour le compositeur italien (Gennaro Conti). C'est dans la « dernière partie » de son roman qu'elle cède à Calyste. Elle reviendra à son mari après un détour par La Palférine (Un prince de la bohème). Elle hante les salons balzaciens ( Autre étude de femme, Une fille d'Eve).

– Gaudebert-Calyste-Louis DU GUENIC est un « magnifique rejeton de la noblesse bretonne », fils du baron Du Guénic, muré dans ses traditions, et de son épouse irlandaise Fannny O'Brien, une mère tendre.

– Sabine de GRANDLIEU : fille du duc et de la duchesse Grandlieu, épouse de Calyste. Une fraîcheur bretonne. Elle est brune, comme Béatrix est blonde. Solide, elle nourrit son premier fils, et sans doute aussi l'autre enfant qu'elle attend à la fin du roman. Elle a trop d'amour pour Calyste, mais aussi des ressources, au point de faire parfois jeu égal avec Béatrix.

– Le marquis de ROCHEFIDE : voir Béatrix.

– Aurélie SCHONTZ : c'est un nom de guerre pris par Joséphine Schontz - fille d'un colonel d'Empire, élevée à Saint-Denis avec les demoiselles de la Légion d'honneur - quand elle se lança dans la carrière de courtisane.

– Félicité des TOUCHES : connue d'autre part sous le nom de Camille Maupin (un écrivain véritable, et un écrivain à succès, ce qui est rare dans la société de l'époque. Une femme libre, qui choisit ses amants (dont Conti et Claude Vignon), et tient un salon célèbre, faubourg Saint-Germain, avant et après Juillet, sans marquer de rupture. Elle termine sa vie en se donnant à l'ordre de Saint-François de Sales.

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