Ce qu'il faut de nuit de Laurent Petitmangin

Ce qu'il faut de nuit de Laurent Petitmangin

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par CHALOT, le 9 septembre 2020 (Inscrit le 5 novembre 2009, 72 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 907ème position).
Visites : 492 

roman « social » et familial

« Ce qu'il faut de nuit »
premier roman de Laurent Petitmangin
188 pages
août 2020
éditions la manufacture de livres


Le père élève seul ses deux fils après la mort de son épouse.
Ces trois là s'aiment bien.... Il existe même une forme de complicité dans le cadre de cette culture ouvrière apportée par le père et partagée.
Il y a le foot, les discussions et promenades ainsi qu'un engagement politique à gauche.
Le père n'est pas allé voter Macron, ni madame Le Pen, bien entendu .

Il continue à militer, à coller des affiche du PS auquel il est resté fidèle un peu par habitude.

Tout va pour le meilleur jusqu'au jour où l'aîné des garçons s'engage dans un autre camp, celui d'en face et notamment vers les ultras....
Ce sont les ennemis jurés de la gauche, les fascistes comme le père les appelle !
Un fils dans le camp d'en face (?), c'est une honte et surtout une douleur.

Comment se parler encore !?.
C'est l'engrenage de la violence, non au sein de cette famille où se côtoient l'amour filial et paternel mêlé à l'incompréhension.....

La vie de Fus, le grand fils va basculer sur un rien comme le comprend son père :

«  ...toutes nos vies, malgré leur incroyable linéarité de façade, n'étaient qu'accidents, hasards, croisements et rendez-vous manqués... »

Je m'arrête là quant à la reproduction de la citation pour ne pas vous faire découvrir le nœud du drame et l'issue de cette histoire écrite avec rythme, finesse et sensibilité.

Jean-François Chalot

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Au bout de la nuit

9 étoiles

Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 64 ans) - 19 novembre 2020

Si, parmi tous les romans qui ont été exposés sur les étals des libraires au mois de septembre, il en est un à côté duquel je ne pouvais passer, c’est celui de Laurent Petitmangin qui, à 55 ans, publie là son premier livre (déjà couronné, d’ailleurs, de deux prix). À cela deux raisons. D’abord son titre en qui j’ai reconnu une citation de Jules Supervielle (1884-1960), en l’occurrence le premier vers d’un superbe poème (Vivre encore), mis en musique et chanté, d’ailleurs, par ce talentueux chanteur méconnu qu’était Jean Vasca (1940-2016). Ensuite, la teneur du roman, son contenu, son action, qui se déroule pas bien loin de ma région d’origine, autrement dit dans le nord de la Lorraine, à une quinzaine de kilomètres du Luxembourg.
On ne peut s’y tromper quand on a vécu soi-même dans ce coin-là. Dès les premières pages du roman de Laurent Petitmangin, on a le sentiment d’y être, on reconnaît l’accent, les tournures de phrases, les expressions propres à cette région frontalière où se mélangent allègrement un français plus ou moins arrangé et quelques mots d’allemand et où l’on met systématiquement un article devant tous les prénoms (sauf, éventuellement, quand on a affaire à quelqu’un qui n’est pas du pays).
C’est l’histoire d’une famille que raconte Laurent Petitmangin, en la plaçant dans la bouche du père, un homme qui travaille à la SNCF mais qui se passionne d’abord pour le football. Il a deux fils, Gillou et Fus, ou plutôt le Gillou et le Fus, ce dernier étant surnommé ainsi précisément à cause du football (Fußball en allemand). Quant à sa femme, il ne l’appelle pas autrement que la moman, une femme qui, malade d’un cancer, ne quitte pas le lit et, à 44 ans, en fait 20 ou 30 de plus. Le père tient le coup comme il le peut, mais, bientôt, la moman doit être hospitalisée et, après avoir subi 3 ans de maladie, elle meurt.
Elle n’en reste pas moins présente, d’une certaine façon, car, souvent, face à des événements imprévus, le père pense à elle et à ce qu’elle aurait fait ou à ce qu’elle aurait dit en certaines circonstances. Voilà, en effet, le père devant élever seul ses deux garçons et, bientôt, déboussolé, incapable de réagir à bon escient, comme s’il était paralysé. Alors que le Gillou réussit, de son côté, à se faire admettre dans une école à Paris, le Fus, lui, délaisse de plus en plus ses anciens copains pour leur préférer une bande de militants du FN.
Pour le père, c’est pire qu’un séisme. Lui, qui est toujours resté fidèle au PS, voir l’un de ses fils traîner avec des fachos ! On a beau lui dire que, malgré tout, le Fus reste un bon gars, un gars qui n’est pas à une contradiction près (il continue d’écouter les chansons de Jean Ferrat tout en relayant les propos de ses nouveaux potes), le père a honte et, plutôt que d’affronter son fils, se réfugie dans le silence.
Il n’est pas au bout de ses peines, le malheureux ! Car, quand on fait partie d’une bande aussi typée que celle des militants du FN, il peut survenir des rencontres qui dégénèrent en pugilats. Et quand le Fus est tabassé au point d’être hospitalisé, c’est le début d’un engrenage qui conduit à la prison en passant par un assassinat, un premier jugement, puis un jugement en appel. Tous ces événements, terribles, le père, s’il se contente, dans un premier temps, de les subir, parce qu’il est trop sonné pour réagir, dans un deuxième temps, les affronte ou se confronte avec eux, à sa manière. Son regard change, et sur son entourage, et sur son fils incarcéré. Quand il rend visite au père de Krystyna, la petite amie du fus, lui-même militant facho, ce qu’il voit, d’abord, c’est un pauvre type. En fin de compte, se dit le père, tout est affaire de petits riens qu’on ne maîtrise pas. Un petit rien, pas grand-chose, et une vie bascule et le « bon gars » devient taulard.
Ce roman, court, sans chichis, qui prend parfaitement en compte des réalités de ce coin de Meurthe-et-Moselle proche du Luxembourg, de cette région sinistrée, traditionnellement bien ancrée à gauche, mais avec, dorénavant, une forte emprise du FN, ce roman, d’un bout à l’autre, sonne juste, si l’on peut dire. Et, malgré sa brièveté, il induit plus d’une réflexion, plus d’une interrogation. Comment se fait-il que des « bons gars » comme le Fus soient si facilement séduits par la propagande du FN ? Gardons-nous de donner une réponse simpliste.

Vivre encore ......

10 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 10 novembre 2020

Un grand coup de cœur pour ce récit à la première personne, celui d'un père veuf, employé à la SNCF, qui élève seul modestement et dignement ses 2 fils. Bien différents, l'aîné est un adolescent surnommé Fuss en raison de sa passion et de ses talents pour le football, le plus jeune, Gillou est un élève doué et promis à un avenir brillant. Le père a su maintenir autour d'eux une cellule familiale chaleureuse jusqu'au jour où Fuss se met à fréquenter une bande de marginaux, s'enferre dans l'absence de communication avec son père et en vient à commettre l'irréparable …...
Muré dans le silence, rongé par la honte, le père tente d'évaluer sa part de responsabilité dans le drame causé par la conduite de son fils . Lui a-t-il fourni les bons repères ? Qu'a-t-il fait ou plutôt que n'a t-il pas fait pour l'éviter ?

L'auteur a su trouver le ton juste pour évoquer sans pathos ni misérabiliste, avec les mots simples d'un ouvrier, tout le poids qui pèse sur les épaules d'un homme seul en charge de deux enfants dans une bourgade industrielle en déclin de l'Est de la France. Le lecteur partage l'intimité d'une famille entièrement masculine où il est parfois difficile de gérer le quotidien, où même si l'on manque de mots pour traduire la tendresse, elle se manifeste par des regards ou des gestes.
Chronique familiale sur le mode mineur, tout en émotion contenue, le récit est aussi la chronique sociale d'une région dont la prospérité était autrefois assurée par le travail en usine, désormais touchée par la crise de l'industrie métallurgique, en proie au fatalisme et aux sirènes inquiétantes d'un populisme entraînant haine et violence.

CE QU'IL FAUT DE NUIT : ce beau titre à connotation mystérieuse m'a attirée. Il renvoie au premier vers d'un beau poème de Jules Supervielle qui a pour titre VIVRE ENCORE . Je ne peux m'empêcher de vous en livrer quelques vers tant ils me semblent faire écho à l'état d'âme de ce père désemparé : « Ce qu'il faut d'amour /Au fond du silence / Et l'âme sans gloire / Qui demande à boire, /Le fil de nos jours/ Chaque jour plus mince/ Et le cœur plus sourd/ Les ans qui le pincent »

J'ai été profondément touchée par ce roman sobre, poignant, qui sonne juste et témoigne, comme d'anciens films du néo-réalisme italien, de la grandeur et de la détresse des gens ordinaires .

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