Comprendre la Révolution russe
de Martin Malia

critiqué par Unvola, le 21 août 2020
( - - ans)


La note:  étoiles
Lénine, Trotski, Staline : la continuité totalitaire !
Une analyse très intéressante de Martin Malia, professeur d’histoire et grand connaisseur de la Russie et de l’U.R.S.S., à propos des Révolutions, de la Révolution Russe de février 1917, puis du coup d’Etat bolchevique (communiste).

D’abord, l’auteur distingue deux notions fondamentales, que sont : la Révolte et la Révolution.
En effet, on constate que pour qu’il y ait Révolution, il faut une mobilisation de TOUTES les « classes » sociales de la population ; car si, une seule « classe » se mobilise, on se retrouve dans le cas d’une « simple » Révolte.

Dans le cas du coup d’Etat bolchevique du 7 novembre 1917 à Petrograd en Russie perpétré par : Lénine, Trotski, Staline, etc., Martin Malia nous démontre qu’il n’a pas pu y avoir de Thermidor (contrairement à la Révolution Française), pour empêcher la création puis le développement du régime totalitaire communiste, car la société civile Russe a été très rapidement anéantie par le : Parti Etat unique Bolchevique.

De manière générale, toute opposition réelle ou fictive à l’idéologie communiste était considérée comme : le MAL ABSOLU, et devait donc être systématiquement écrasée !

Aujourd’hui, la fantasmagorie communiste est toujours sujette au manichéisme qui voudrait que : Staline aurait été le « méchant », celui qui aurait perverti l’utopie communiste, et Lénine et Trotski auraient été les « gentils humanistes ».

Evidemment, dans la réalité il n’en est rien, mais de surcroît ce sont bien Lénine et Trotski, les deux principaux pseudo-intellectuels de la bande de criminels, avec Dzerjinski, Staline et bien d’autres, qui ont inventé, TOUS ENSEMBLE, dès le coup d’Etat du 7 novembre 1917 : le régime Totalitaire Communiste REEL.

D’ailleurs, Martin Malia résume très bien cette création du totalitarisme communiste par Lénine et Trotski, ainsi que sa filiation-continuation par Staline, pages 184 et 185 :

« L’histoire ou les péripéties de la lutte pour la succession de Lénine sont des faits connus. Mais, pour comprendre le grand tournant de 1929, il faut d’abord considérer la phase qui va de 1923 à 1924 : c’est-à-dire l’espace compris entre la première maladie de Lénine et sa mort, en 1924. A cette époque, chez Lénine, Trotski ainsi qu’un certain nombre d’autres membres importants du Parti, s’opère la prise de conscience de ce que le Parti est devenu une bureaucratie. La bureaucratie est une mauvaise chose et il faut lutter contre elle. Chez Lénine, une autre prise de conscience s’opère. Il pressent le danger de laisser le poste de secrétaire général à ce « grossier » Joseph Vissarionovitch Djougatchvili, Staline.
Cette double prise de conscience est souvent alléguée pour dire que, si Lénine n’était pas mort à ce moment-là, le Parti ne se serait pas transformé pour toujours en une bureaucratie rigide : si Lénine avait eu le temps de déplacer Staline pour y mettre un Trotski, la Russie se serait épargné bien des malheurs.
Pareils espoirs rétrospectifs ne sont-ils pas vains ? A vrai dire, le seul remède imaginé par Lénine consistait en une bureaucratie contrôlée, mais sans sortir du système bureaucratique. En effet, de par son origine et par son essence, le Parti est une bureaucratie universelle idéocratique. Aucune prise de conscience ne pouvait prévaloir contre cet état de choses. Lénine aurait-il vécu cent ans, cet état de choses n’aurait pas fondamentalement changé. Et si le Caucasien « grossier » avait été remplacé par quelqu’un d’un peu plus raffiné, la situation serait restée la même pour l’essentiel. »

Et aussi, page 225 :

« Staline était le stade suprême du léninisme, il n’est pas séparable du reste. Staline incarne la coercition enveloppée de mensonge porté à son point extrême, parce que c’est le passage à travers le « mur du son », le passage du monde réel au monde socialiste. Le stalinisme, c’est le point culminant de ce qui a été commencé sous Lénine pendant la période du communisme de guerre. »

« … l’effondrement du stalinisme, c’est l’effondrement même du système, car la collectivisation totale qu’a effectuée Staline n’a été que la réalisation du voeu exprimé par Lénine et qui est implicite dans cette idée du socialisme comme le non-capitalisme, comme l’anticapitalisme, comme la suppression de ce que représente le vieux monde corrompu, exploiteur, etc. »

Confer également, d’autres ouvrages tous aussi passionnants sur le même thème de :
– Michel Heller Soixante-dix ans qui ébranlèrent le monde ;
– Martin Malia La tragédie soviétique ;
– Alain Besançon Les Origines intellectuelles du léninisme ;
– Leonard Schapiro Les bolchéviques et l’opposition (1917-1922) ;
– Leonard Schapiro Les révolutions russes de 1917 ;
– Orlando Figes La Révolution russe : 1891-1924 : la tragédie d’un peuple Tome 1 et La Révolution russe : 1891-1924 : la tragédie d’un peuple Tome 2.