La fièvre de Sébastien Spitzer

La fièvre de Sébastien Spitzer

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nathavh, le 20 août 2020 (Inscrite le 22 novembre 2016, 55 ans)
La note : 9 étoiles
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Passionnant

Memphis le 4 juillet 1878, Emmy va avoir 13 ans. Elle est particulièrement impatiente car son père doit venir la voir aujourd'hui, il a écrit, c'est la première fois qu'il serait là près d'elle. Emmy vit avec sa mère dans "une cabane d'esclave". Pourtant ils sont libres aujourd'hui mais nous sommes dans le Sud et le Ku Klux Klan est toujours bien présent et actif.

Un homme, Billy Evans, s'effondre et meurt dans la rue, il a la langue noire, c'est le premier mort, il venait de New Orleans, il est arrivé hier brûlant. Il a passé la nuit chez Anne Cook, et venait voir sa fille...

Anne Cook, c'est la femme la plus riche de la ville, surnommée "Poppy", elle occupe la maison la plus luxueuse de la ville avec ses douze filles. Elle dirige un lupanar. Une sacrée nana.

Keathing dirige le journal de la ville, son journal c’est sa vie. Il est profondément raciste et n'a jamais supporté la victoire des Yankees et l'affranchissement des noirs, il est proche du Ku Klux Klan.

Raphaël T Brown est un ancien esclave qui se bat pour qu'enfin lui soit reconnu le statut d'homme libre.

Cette étrange maladie va les réunir, en révélant leur véritable nature humaine, leur générosité, leur abandon de soi en se consacrant corps et âme pour vaincre ce mal, protéger la ville des pillards, sauver un maximum de gens quelle que soit la couleur de peau.

Sébastien Spitzer nous propose ici une réalité historique, car en 1878, un tiers de la ville fut emporté par la fièvre jaune.

Keathing prendra ses responsabilités en informant la population dans son journal, semant l'exode, un vent de panique.

Anne Cook va tout faire pour soigner un maximum de monde et surtout essayer de retrouver la fille de celui par qui tout a commencé.

Raphaël T Brown sera le premier à prendre les armes pour défendre la ville contre les pillards, cette même ville qui ne voulait pas de lui.

Des destins hors du commun, c'est passionnant. Cela se lit très vite car la plume de Sébastien Spitzer est très réaliste, puissante et nous capte dès les premières lignes. Il interroge l'âme humaine, les sentiments humains dans cette très belle fresque historique.

Ce qui est perturbant c'est que ce roman ait été écrit bien avant l'apparition de la Covid.

Un livre à lire en écoutant "Fever" chanté par Elvis pour s'imprégner de Memphis plus longtemps.

Un très beau roman que je vous conseille vivement.

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

C'est la nature de l'homme de cracher son poison comme l'enfant chasse sa peur.

À celui qui a, on donnera encore, mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a.

La peur se nourrit de l'ignorance. Chacun se figure le pire. La vague de rumeurs brise toutes les résistances. Même celle de la raison.

Neuf morts, c'est quoi ? Le maire avait raison. On n'allait tout de même pas affoler toute une ville pour une poignée de victimes ! La dernière épidémie de fièvre jaune n'avait tué que les faibles, les chétifs et les vieux. Pourquoi semer la panique ? Les sœurs de Saint-Mary étaient prêtes. Avec des dizaines de lits disponibles. Memphis était paré. La ville avait survécu au choléra, puis à la peste. Keathing n'aurait pas dû publier cet article. La peur s'attrape plus vite que la vérole.

Et depuis qu'il vit seul, il s'abstient, comme ces curés qui pensent que pour aimer il ne faut pas aimer. Comme si ce verbe splendide conjugué au pluriel se fanait en essaimant.

Anne s'agenouille, les mains sur la fillette, avec l'envie de bastonner cette mère affreuse, cette sœur supérieure avec sa robe de serge, son voile et ses rangées de boutons de bois sur lesquels sont gravés un crâne et une paire d'os en croix. Comment peut-on porter la mort sur soi, autour du cou, en bandoulière ou en boutons? La terre aspire déjà bien assez de morts comme ça. Anne ne comprend pas ces femmes qui s'appellent sœurs entre elles et qui se vouent tout entières à l'amour de Dieu le Père pendant que les autres crèvent. Elle préfère ses filles qui se louent de la tête aux pieds à l'amour sans amour, pour tenter de vivre un peu.

Elle sait que les faux espoirs sont pires que les mensonges. Ils minent tout. Le vrai, qui se charge de faux. Le faux, teinté de vrai. Les nuances, les demi-teintes ne sont que des débuts de mensonge, des moitiés d'illusion.

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