Khieu Samphan et les Khmers rouges : Réponse à Maître Vergès
de Raoul Marc Jennar

critiqué par Unvola, le 20 août 2020
( - - ans)


La note:  étoiles
35 ans après le génocide Cambodgien, Khieu Samphan est enfin Jugé !
Raoul Marc Jennar a déposé en tant que témoin-expert devant la Chambre de première instance des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux Cambodgiens, lors de l’audience du 14 septembre 2009, pour le procès de Kaing Guek Eav, alias Duch. Ce dernier fut le Directeur du Centre de Sécurité S-21 (confer l’excellent ouvrage de Thierry Cruvellier Le maître des aveux). En effet, Duch fut l’un des tortionnaires Khmers Rouges qui a dirigé entre 1975 et 1979, l’un des 196 Centres de Sécurité que comptait le Cambodge des Khmers Rouges. Ce Centre de Torture et d’Exécution S-21 (Tuol Sleng) était situé dans la Capitale, Phnom Penh. Le Centre S-21 était complété par un terrain d’Exécutions situé en dehors de la ville, nommé : Choeung Ek. Duch est donc responsable de l’assassinat d’environ 15 000 personnes. S-21 était le seul Centre de Sécurité qui dépendait directement du Bureau 870 (l’organe de coordination du Comité permanent du Comité Central du Parti Communiste).
En 2008 et 2010, Raoul Marc Jennar a rencontré Duch. Il ressemblait à un autre exterminateur de masse : l’organisateur et co-responsable Nazi de la « Solution Finale de la Question Juive en Europe », Adolf Eichmann, un « homme ordinaire » avec « son allure passe-partout d’employé modèle », son « comportement de bureaucrate méticuleux ». Et comme Eichmann, Duch se consacrait pleinement à son immonde travail : « organisateur méthodique, travailleur dévoué, il se consacra tout entier à son travail avec un zèle sans limites et une loyauté à toute épreuve ». L’auteur reprend également la célèbre formule d’Hannah Arendt dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem, sur la « banalité du mal ». L’auteur apporte son intéressante vision personnelle de cette formule (pages 40 et 41) :

« Contestable, car la torture ne peut jamais être tenue pour un acte banal. Et un homme qui torture n’est jamais un être humain comme un autre, en dépit des apparences qu’il peut présenter à nos yeux. C’est un homme qui n’a pas refusé ce que voulait en lui la bête. Qu’il ait pris prétexte des ordres donnés ou qu’il ait délibérément donné libre cours à ses pulsions criminelles, un tel homme a fait le choix d’étouffer la part d’humanité qui est en lui. »

Dans cet ouvrage, l’auteur nous présente l’un des quatre autres dirigeants Khmers Rouges encore en vie : Khieu Samphan. En effet, le 18 juillet 2007 : le bureau des co-procureurs des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux Cambodgiens (CETC) a demandé l’ouverture d’une enquête judiciaire à l’encontre de Khieu Samphan, Nuon Chea, Ieng Sary, Ieng Thirith et Kaing Guek Eav (Duch), pour violations du code pénal de 1956, violations de la convention de 1948 sur la prévention et la répression du crime de Génocide, Crimes contre l’Humanité et violations graves des Conventions de Genève du 12 août 1949.
Duch a été condamné le 26 juillet 2010 à 35 ans de prison. Ayant fait appel, le vendredi 3 février 2012, il a été définitivement condamné à la réclusion à perpétuité pour Crimes contre l’Humanité.
Le 19 novembre 2007, Khieu Samphan a été arrêté et mis en détention provisoire ; inculpé pour Crimes contre l’Humanité, meurtres, extermination, emprisonnement, persécutions et autres actes inhumains et violations graves des conventions de Genève du 12 août 1949, homicides intentionnels, le fait de causer intentionnellement de grandes souffrances ou de porter gravement atteinte à l’intégrité physique ou à la santé, le fait de priver intentionnellement des prisonniers de guerre ou des civils de leur droit à un procès équitable ; déportations ou transferts illégaux ou détention illégale de civils.
Qui plus est, le 18 décembre 2009, s’est rajouté à toutes ces accusations, le Crime de : Génocide !

Dans son avant-propos Raoul Marc Jennar présente un très intéressant état des lieux de la disproportion de jugement (doux euphémisme !) entre les deux Totalitarismes : Communiste et Nazi, au 20ème siècle (page 13) :

« Le totalitarisme de droite a été jugé à Nuremberg et à Tokyo. Le totalitarisme invoquant des valeurs de gauche n’avait jusqu’ici fait l’objet d’aucun procès. Voici donc le premier et probablement le seul tribunal où vont être jugés les crimes d’un totalitarisme appliqué au nom de l’émancipation des peuples. »

Tous ces Crimes sont jugés pour la période qui s’étend du 17 avril 1975, date de l’invasion par les troupes du Parti Communiste des Khmers Rouges, et le 7 janvier 1979, lors de la Libération de Phnom Penh par l’armée Vietnamienne.

Le Parti Communiste des Khmers Rouges était nommé également Parti Communiste du « Kampuchea Démocratique » ou l' »Angkar ».
Ces bourreaux Khmers Rouges qui sont responsables de la mort d’environ 2 200 000 Cambodgiens, sur une population de 7 millions, se revendiquaient du corpus Idéologique : Marxiste-Léniniste.
En effet, les principaux dirigeants Khmers Rouges se sont formés en France et plus particulièrement à Paris, notamment en tant que membres du Cercle Marxiste-Léniniste des étudiants Khmers à Paris ; groupe de discussion fondé en 1951. Plusieurs d’entre eux furent même membres du Parti Communiste Français (P.C.F.), (page 16) :

« Or, on le sait, c’est notoire, de tous les partis communistes actifs dans les pays occidentaux, le PCF fut le parti le plus inconditionnellement fidèle aux politiques décidées à Moscou. Il fut le plus fidèle à Staline. Et à l’époque, plus d’un quart de l’électorat français lui faisait confiance. »

C’est au collège Preah Sihanouk, à l’automne 1944, que Khieu Samphan fit la connaissance de Saloth Sâr, plus connu sous le pseudonyme de : Pol Pot.
Le futur avocat de renommée internationale Jacques Vergès, qui fut membre du P.C.F. à partir de 1945, a d’abord fait la connaissance de Pol Pot, arrivé en France en 1949. Puis Khieu Samphan et Jacques Vergès firent connaissance par l’intermédiaire de Pol Pot, en 1955. Tous les trois furent des militants au sein du P.C.F. de Thorez et de Duclos.
Le Cercle Marxiste-Léniniste de Paris comprenait donc la plupart des futurs tortionnaires Khmers Rouges : Pol Pot, Ieng Sary, Ieng Thirith, Hou Yuon, Khieu Samphan, Mey Mann, Thiounn Mumm et Son Sen. Son Sen était membre de la cellule du P.C.F. de la Maison du Cambodge. Il aura une place stratégique dans le Parti Communiste du Kampuchea (P.C.K.), puisqu’il deviendra : membre du Bureau permanent du Comité Central, vice-premier ministre et ministre de la Défense du « Kampuchea Démocratique », commandant en chef de l’Etat-Major général et également commandant des forces armées et de la Police Politique : le « Santebal ». Son Sen est resté en France de 1950 à 1956.
En 1959, après avoir réalisé sa Thèse de fin de cycle et obtenu son doctorat en science économique, Khieu Samphan rentra au Cambodge.

Quelques années plus tôt, le 9 novembre 1953, le Cambodge, après avoir été sous protectorat Français, obtint son Indépendance, à la fin de la guerre d’Indochine.
Le 18 mars 1970, le général Lon Nol fit un coup d’État au Cambodge, renversant ainsi Norodom Sihanouk. Ce dernier s’exila à Pékin. A partir de cette date, en plus des effroyables bombardements Américains depuis 1965, la violence généralisée, entre tous les Partis politiques, se déchaîna au Cambodge, engendrant une terrible Guerre Civile (pages 25 et 26, puis 82) :

« La violence aveugle des bombardements américains qui s’abattent sur les villages va s’étendre à l’ensemble du territoire national. Il me semble important de rappeler ici que nous savons, depuis que le président Clinton a ordonné la déclassification des documents relatifs aux bombardements américains au Cambodge que 2 756 941 tonnes de bombes ont été déversées sur le Cambodge du 4 octobre 1965 au 15 août 1973 à l’occasion de 230 516 sorties de bombardiers. Par comparaison, 160 000 tonnes de bombes ont été déversées sur le Japon de 1942 à 1945 et 1,35 million de tonnes sur l’Allemagne de 1940 à 1945. Dans toute l’histoire de l’humanité, aucun autre pays n’a été autant bombardé que le Cambodge. »

« Le coup d’État qui renverse le 18 mars Norodom Sihanouk, l’appel des putschistes à l’aide des Etats-Unis, de la République du Sud-Vietnam et de la Thaïlande d’une part et, d’autre part, l’appel à l’aide de Norodom Sihanouk aux pays du bloc communiste et aux forces communistes et nationalistes du Cambodge et du Vietnam, l’intervention décisive des troupes régulières nord-vietnamiennes, la formation fournie par les instructeurs vietnamiens, les effets des bombardements massifs américains d’une ampleur jamais égalée jusque-là dans l’histoire de l’humanité vont créer des conditions exceptionnelles que les communistes cambodgiens vont exploiter à leur profit. C’est bien le coup d’État du 18 mars 1970 qui provoque l’enchaînement fatal des évènements qui conduiront au 17 avril 1975. »

Le 17 avril 1975 donc, les Khmers Rouges envahirent la Capitale Cambodgienne : Phnom Penh. Du 20 au 24 mai 1975, sur le site de l’ancien stade à Phnom Penh se tint une réunion du Parti Communiste du Kampuchea, durant laquelle Pol Pot et Nuon Chea présentèrent les huit décisions du nouveau régime Totalitaire Communiste. Cette présentation ne faisait que confirmer des décisions qui avaient déjà été avalisées, à la fois, lors du Congrès du P.C.K. en 1971 et lors du IIe Congrès national du Kampuchea en février 1975, présidé par…, Khieu Samphan !
La préméditation de l’application Terroriste de masse de l’Idéologie Marxiste-Léniniste est donc patente. En effet, voici en quoi consistait ces huit points (page 90) :

« 1 – Évacuation de la population de toutes les villes vers la campagne et division du peuple en deux catégories. Complémentairement à la division du peuple en « peuple ancien » et « peuple nouveau », le PCK considère qu’il y a deux classes sociales, les paysans et les ouvriers auxquels s’ajoutent les militants révolutionnaires ;
2 – Création dans tout le pays de coopératives avec repas collectifs. Une fois les villes évacuées, après que soient dispersés les citadins et les paysans qui s’y étaient réfugiés, c’est par l’organisation des coopératives qu’est mise en oeuvre la volonté de démanteler l’ancienne société et notamment la structure familiale : séparation des époux, séparation des enfants de leurs parents. L’intensité dans l’application sera variable selon les endroits ;
3 – Fermeture de tous les marchés ;
4 – Suppression de la monnaie ;
5 – Suppression des religions et sécularisation de tous les religieux (bonzes, imams) ;
6 – Exécution de tous les dirigeants du régime de Lon Nol ;
7 – Expulsion de toute la population vietnamienne ;
8 – Envoi de troupes aux frontières et surtout à la frontière vietnamienne. »

Khieu Samphan prononça, lui, le principal discours du IIIe Congrès du P.C.K., le 14 décembre 1975.
Dès leur arrivée, les Khmers Rouges furent extrêmement clairs quant à leur volonté d’imposer les classiques items à caractères Terroristes Marxistes-Léninistes, du monde Totalitaire Communiste ; avec juste quelques adaptations à la configuration : sociale, culturelle, agraire, économique et climatique, propre au Cambodge.
D’ailleurs, dès le 17 avril 1975, les Khmers Rouges mirent en oeuvre leurs menaces et firent évacuer presque l’intégralité des 3 millions d’habitants de Phnom Penh en seulement trois jours, dans des conditions épouvantables, vidant même les hôpitaux et lançant sur les routes : les femmes enceintes, les mourants, les malades, les vieillards, les enfants ! Il en fut de même pour toutes les autres villes du pays…
Rien que l’évacuation de Phnom Penh a coûté la vie à environ 20 000 personnes : récalcitrants abattus, les officiels, les officiers et les fonctionnaires de la république Khmère exécutés, les femmes enceintes mortes en couche, les blessés extraits de force des hôpitaux, des bébés et des vieillards.
Tous furent déportés vers les campagnes, les rizières pour les travaux forcés ; et le Cambodge fut alors transformé en un gigantesque camp de concentration à ciel ouvert !
Khieu Samphan arriva à Phnom Penh le 20 avril 1975 et fut chargé de superviser l’évacuation de la ville de ses habitants.
Ce sont donc quelques intellectuels fanatiquement Idéologisés par le corpus Marxiste-Léniniste, qui imposèrent le Collectivisme agraire total, par l’esclavagisme généralisé à tout un pays (pages 234 et 235) :

« Cette transformation radicale d’un espace rizicole totalement collectivisé, tenant rarement compte des contraintes hydrographiques et géologiques et bouleversant un quadrillage issu de siècles de pratique, explique en partie la médiocrité de la production de riz pendant la période du Kampuchea démocratique.
La priorité donnée dès 1975 à l’exportation du riz plutôt qu’à l’alimentation de la population fournira la première explication de la sous-alimentation, la seconde se trouvant dans le choix politique de sous-alimenter un peuple nouveau dont on veut la disparition. La sous-nutrition est intentionnelle. »

En 1976, Khieu Samphan fut nommé au poste suprême du Parti Communiste du Kampuchea, en tant que Président du « Présidium » de l’État. Penn Nouth fut nommé premier vice-président et Nhim Ros comme second vice-président. Dans le gouvernement : Pol Pot était Premier Ministre ; Ieng Sary, vice-premier ministre en charge des Affaires étrangères ; Vorn Vet, vice-premier ministre en charge de l’Économie et des Finances ; Son Sen, vice-premier ministre en charge de la Défense Nationale, Hu Nim, ministre de la Propagande et de l’Information, Thiounn Thioeunn, ministre de la Santé Publique, Ieng Thirith, ministre de l’Action Sociale, etc..

En seulement 5 années, les Khmers Rouges ont planifié un programme d’extermination de masse. Pour cela, il fallait déshumaniser l' »ennemi » pour ne pas avoir de scrupules à, selon les termes couramment employés par les Khmers Rouges : l' »écraser », le « détruire ». Les gens étaient nommés : « instruments », « microbes », « parasites », etc.. Le P.C.K. ressassait inlassablement les mêmes types de slogans envers les soi-disant « ennemis du peuple » Idéologiques, comme : « A vous garder en vie, nul profit ; à vous faire disparaître nulle perte » ; ou bien encore : « A les laisser vivre, on ne gagne rien ; à les éliminer, on ne perd rien ».

Les Khmers Rouges ciblèrent alors cinq groupes à « Génocider » :

1 – Le Peuple Nouveau nommé également les « 17 avril » :
Il était composé principalement des citadins, contrairement au « Peuple Ancien » ou « Peuple de base » composé de la paysannerie.
Pour les Khmers Rouges, le « Peuple Nouveau » était par définition irrécupérable et à éliminer immédiatement. Voici ce qu’un Khmer Rouge dit à Denise Affonço, une franco-vietnamienne vivant au Cambodge, considérée comme faisant partie du « Peuple Nouveau » (page 117) :

« Vous êtes des prisonniers de guerre et « Angkar » n’a pas les moyens de vous loger une balle dans la tête, « Angkar » va vous laisser mourir à petit feu, de façon naturelle. »

« De façon naturelle », cela signifiait clairement que les Khmers Rouges les laissaient mourir de faim, de maladie et d’épuisement dans le cadre des travaux forcés… Mais de manière beaucoup plus générale : TOUTE la population était logée à la même enseigne et subissait la même persécution de masse.
Voici les slogans absurdes et primaires utilisés par les Khmers Rouges, pour déshumaniser les personnes censées appartenir à la catégorie du « Peuple Nouveau » (page 116) :

« Là où sont les 17 avril, nul développement n’est possible » ;
« Les 17 avril sont des plantes parasites » ;
« Le groupe des gens du peuple nouveau n’apporte rien d’autre que leur estomac rempli de caca et leur vessie remplie de pipi » ;
« Le groupe des 17 avril, ce sont des prisonniers de guerre » ;
« Le groupe des 17 avril, ce sont des vaincus de la guerre ».

2 – L’éradication du bouddhisme :
On retrouve à peu près les mêmes types de slogans infamants envers la religion et particulièrement à l’encontre du Bouddhisme.
Sur 70 000 moines Bouddhistes en 1975, il n’en restait plus que 2 000 en 1979 !
20 000 à 25 000 furent massacrés. Les survivants furent défroqués, humiliés et/ou morts, car contraints aux travaux forcés, comme le reste de la population.
Sur 3 500 pagodes en 1970, 1 000 furent incendiées et détruites en 1975. D’autres furent transformées en prisons et centres de torture, etc..
De très nombreuses statues représentant Bouddha ou des divinités du panthéon hindouiste, furent mutilées ou brisées ; des stupas (monuments funéraires) furent également détruits.

3 – La persécution des Chams :
Les Chams représentaient l’essentiel de la population musulmane du Cambodge. Les femmes et les hommes Chams furent humiliés et/ou exécutés. Sur plus d’un millier de Chams ayant fait le pèlerinage à la Mecque, seuls 30 survécurent. De nombreuses mosquées furent détruites et d’autres furent profanées en étant transformées en porcheries ou en dépôts.

4 – La destruction des Vietnamiens du Cambodge :
Sur 450 000 Vietnamiens vivant au Cambodge en 1970, il n’en restait plus un seul en vie dans le pays en 1979. Une partie avait été exterminée lors de pogroms sous le régime de Lon Nol en 1970 ; 250 000 à 310 000 survivants s’enfuirent entre 1970 et 1975. Il restait 170 000 Vietnamiens au Cambodge lors de l’invasion de Phnom Penh, le 17 avril 1975. Entre avril et septembre 1975, environ 150 000 Vietnamiens furent expulsés au Vietnam.

5 – L’écrasement des Khmers Krom :
Les « Khmers Krom » sont des Khmers originaires de la région du delta du Mékong. Malgré l’appartenance de deux des plus hauts dirigeants du Parti Communiste du Kampuchéa : Ieng Sary et Son Sen à cette minorité ethnique du Vietnam du sud, les Khmers Krom vivant au Cambodge furent une cible privilégiée des Khmers Rouges (page 129) :

« Ainsi, Mme Khon Savin, 41 ans, a perdu trente-neuf membres de sa famille, dix-neuf du côté de sa mère, vingt du côté de son père. Parce que, rappelle-t-elle, les Khmers rouges accusaient les Khmers Krom d’avoir « un esprit vietnamien dans un corps khmer ». »

Entre 1975 et 1979, le Parti Communiste du Kampuchea déclencha un conflit frontalier avec le Vietnam, donc une guerre entre les deux pays. En effet, l’objectif des Khmers Rouges était de récupérer absolument le Kampuchea Krom : le Bas-Cambodge ou Sud-Vietnam.
Norodom Sihanouk rapporte, à ce sujet, une conversation qu’il a eue avec Pol Pot. Et ce dernier dit alors (page 164) :

« J’ai commencé par envoyer notre armée au Kampuchea Krom avec pour mission de tuer le maximum d’hommes, femmes, enfants de cette maudite race. »

Un rapport officiel Vietnamien décrit l’horreur (page 165) :

« Les crimes les plus barbares ont été commis. Des femmes ont été violées, puis éventrées, des enfants coupés en deux. Des pagodes et des écoles ont été incendiées. »

Un journaliste Hongrois, Sandor Gyori, correspondant au Vietnam de l’agence de presse Hongroise, témoigne (page 165) :

« Dans chaque maison, tout gonflés, des cadavres en décomposition, jonchaient le sol, hommes, femmes et enfants mêlés, certains décapités, d’autres éventrés, mutilés, membres coupés, yeux arrachés. »

Non seulement l’A.R.K (l’Armée révolutionnaire du Kampuchea) a tué des civils Vietnamiens au Vietnam, mais des civils Vietnamiens ont été également torturés et exécutés dans le Centre S-21, sous la direction de Duch.

Comme les Nazis, les Khmers Rouges n’ont cessé d’exalter la « pureté de la race khmère ». Ce slogan xénophobe revenait souvent dans les discours de Khieu Samphan. Les Khmers Rouges s’acharnaient à exterminer tous ceux qui ne correspondaient pas à l' »idéologie ultranationaliste de conformité sociale et d’unité ethnique ». Pour eux, la « purification ethnique » était l’un des moyens permettant de vivre dans une parfaite « harmonie » autarcique.
En effet, un système Totalitaire fait régner la Terreur de masse sur sa propre population, pour appliquer stricto sensu, son Idéologie ; et dans le même temps, Terrorise également ses « Minorités Nationales ».

Mais au final, sur ces cinq groupes persécutés, les magistrats instructeurs des CETC n’ont retenu la qualification de génocide, que pour les populations victimes : Chams et Vietnamiennes.
Mais au-delà des catégories ciblées par les Khmers Rouges, c’est tout un Peuple qui été réduit à l’esclavage, pire qu’à l’état de bétail, pour réaliser par la Terreur de masse, l’Utopie et l’Idéologie. Esclavage conduisant bien souvent à la mort par épuisement, par la faim ou la maladie.
Toutes notions de Liberté et de propriété privée furent bannies et même le mariage relevait de la décision de l' »Angkar ». Le choix (ou plutôt le NON choix) des époux était imposé par le Parti Communiste. Environ 250 000 mariages furent imposés par le P.C.K.. De nombreuses femmes se sont suicidées. Les relations sexuelles étaient également soumises à l’approbation du Parti Communiste. Cela engendrait une double ignominie, car si des soldats violaient des femmes, ces viols étaient bien souvent accompagnés, de surcroît, du meurtre de leurs victimes violées !
De nombreux groupes sociaux étaient persécutés, car considérés comme « ennemis » potentiels et/ou inutiles : les citadins, les fonctionnaires, les bonzes, les étrangers, les vieillards, les malades, etc., bref, quasiment l’ensemble de la population !
La population Chinoise du Cambodge fut également persécutée : sur une population de 425 000 Chinois en 1975, il n’en restait plus que 200 000 en 1979. Car pour les Khmers Rouges, les Chinois représentaient (page 149) :

« (…) la classe sociale des marchands et des usuriers, une classe que l’idéologie des Khmers rouges destinait à la disparition. Khieu Samphan n’avait-il pas écrit dans sa thèse doctorale : les Chinois qui avaient fui « la société féodale de l’ancienne Chine pour s’installer ailleurs (…) constituent les germes de la bourgeoisie nationale ».
Aux yeux du complice de Pol Pot, ils représentaient les « auxiliaires du commerce des pays capitalistes avancés ». »

Comme la Chine Totalitaire Communiste de Mao Zedong soutenait le même régime des Khmers Rouges, la Chine n’est pas intervenue pour défendre ses compatriotes…

Comme dans tous les régimes Totalitaires Communistes de la planète, toute la population était soumise quotidiennement à des séances de critique, d’autocritique et de délation obligatoires. Sinon, une exécution sommaire pouvait clore une séance, pour une personne n’ayant pas appliqué ce principe incontournable de la délation. Ce dont témoigne Y Phandara (page 207 et 208) :

« Tout individu ne trouvant pas de critiques à faire à son voisin, lors d’une réunion, se faisait son complice et trahissait la classe ouvrière et paysanne ; tout individu qui ne trouvait pas de défauts pour les exposer à ses camarades était un orgueilleux, traître au parti. Le résultat de cette discipline était que chaque personne était obligée d’inventer le plus de défauts possibles pour s’accuser et accuser ses camarades pour ne pas être elle-même soupçonnée de trahison envers le Parti communiste.
Toute personne refusant de critiquer son prochain se faisait son complice et refusait de participer à la défense du pouvoir du parti communiste. »

Ong Thong Hoeung confirme : « Plus vous dénoncerez ceux qui vous sont chers, plus vous serez considéré par le système ».
Khieu Samphan parlait avec frénésie des séances de critique et d’autocritique comme du : « bilan quotidien des activités révolutionnaires ! ».

En résumé, on peut considérer que le Polpotisme relevait d’un truchement de Nationalisme exacerbé, exaltant la « pureté de la race khmère », combiné à un Collectivisme agraire absolu ; le tout, appliqué dans le cadre d’une Terreur généralisée.

Le 7 janvier 1979, l’Armée Vietnamienne libéra le Peuple Cambodgien du régime Totalitaire Communiste des Khmers Rouges.

Le mode de défense de Khieu Samphan lors de son procès qui se déroule actuellement, et qui a débuté le 27 juin 2011, est à la fois simple, ignoble et extrêmement lâche. N’assumant pas : sa totale responsabilité dans ce Génocide, sa défense se résume donc par ces quelques formules (page 195) :
– « Je n’ai rien su » ;
– « Je n’ai rien vu » ;
– « Je n’étais rien » ;
– « Je n’ai rien fait ».
Or, nous avons vu que dans l’organigramme du Parti, il était à la fois Président du « Présidium » de l’État, et le numéro 3 du P.C.K., derrière Pol Pot et Ieng Sary et devant Son Sen.

Pour son procès, Khieu Samphan est donc assisté de deux avocats : l’un Cambodgien, l’autre Français puisqu’il s’agit de son ami de longue date, le très controversé avocat : Jacques Vergès. La sinistre relation unissant le bourreau de masse et l’avocat international, refait surface presque 60 ans après leurs débuts en tant que militants au Parti Communiste Français.
Khieu Samphan s’est rendu aux autorités Cambodgiennes fin 1998, l’année du décès de Pol Pot.
Khieu Samphan et Vergès se retrouvèrent en 2004, du 18 au 24 janvier, à Païlin (ancien bastion des Khmers Rouges) où Khieu Samphan continuait de couler des jours heureux, malgré sa reddition auprès des autorités. Là, ils mirent au point leur ligne de défense radicale : la NEGATION totale.

Par cet ouvrage Raoul Marc Jennar veut témoigner de l’ignoble mais impossible stratégie de Khieu Samphan, consistant à vouloir tout NIER en bloc, de sa totale responsabilité dans ce Génocide. Cette infâme stratégie de défense est une insulte envers la Mémoire des 2 200 000 victimes, des survivants et des familles de victimes. Une seule fois, Khieu Samphan proclama sa responsabilité en 1980, dès la découverte de l’horreur de ce Génocide (page 37) :

« Nous avons été les dirigeants et donc nous sommes tous moralement responsables. »

Depuis, il nie toute responsabilité dans cette barbarie, déclarant ignominieusement (page 38) :

« J’étais simplement un homme muet, sourd et aveugle sous le régime du Kampuchea démocratique. Je n’étais qu’une victime et un survivant, comme n’importe qui d’autre. »

Dans un film qui était consacré à Jacques Vergès, celui-ci osa insulter la Mémoire des victimes, de manière outrageusement cynique, méprisante et pour tout dire…, abominable (page 47) :

« Il y a certains qui disent que le génocide, c’était un crime qui a été voulu. Moi, je dis non. Il y a eu des morts, il y a eu la famine, c’était involontaire. Il y a eu par contre une répression condamnable, avec la torture. Mais cela, ce n’est pas sur des millions d’êtres humains. D’autre part, sur le nombre des morts, on n’a qu’à regarder les charniers qu’on a trouvés, etc., on ne trouve pas le nombre des morts qu’on dit. Il y a eu des tortures, il y a eu des choses inacceptables, mais on a amalgamé. Et puis ensuite, on a ignoré les bombardements américains et la famine provenant de l’embargo américain et du blocus américain. Tandis que là, on a fait un package et on a tout mis sur le dos des Khmers rouges. »

Voilà comment Jacques Vergès traite la Mémoire des victimes de ce Génocide, pour lequel le : Documentation Center of Cambodia (DC-CAM) a localisé et cartographié, à ce jour :
– 189 prisons ;
– 19 403 fosses communes ;
– ainsi que 80 sites commémoratifs du Génocide.
Sachant qu’une importante quantité de cadavres a été ensevelie dans sur les lieux de travaux forcés, notamment dans les rizières, d’autres victimes ont été exécutées et abandonnées dans les forêts du Cambodge, jetées dans des puits, incinérées, etc..

Maître Vergès présente donc son client et ami comme un « jeune intellectuel humaniste » qui aurait été qu’un simple « compagnon de route des Khmers rouges ». Il tente donc cyniquement de réécrire l’Histoire malgré l’intangible réalité des faits. Il me semble que cela porte un double nom : Révisionnisme et Négationnisme !
Ces citations sont issues de la préface que Jacques Vergès a consacré au livre de Khieu Samphan en 2004, intitulé : « L’histoire récente du Cambodge et mes prises de position ».

Pour NIER de telles horreurs, Jacques Vergès emploie l’infâme moyen de : délégitimisation. Il essaye donc de délégitimer : le procès, l’institution judiciaire, et pire que tout, il emploie cette méthode répugnante contre…, les témoins eux-mêmes.
Il a déjà largement employé cet odieux stratagème par le passé, notamment durant le procès de Klaus Barbie, en tentant, entre autres, de mettre en doute le témoignage d’un résistant qui avait assisté aux tortures exercées par Barbie.

Comme le dit très bien Raoul Marc Jennar page 39, les Khmers Rouges…

« (…) ont fait le choix de contraindre plutôt que de convaincre. Ils ont oublié que l’égalité ne s’accepte pas sans liberté. »

Le 5 octobre 1994, en tant que « Premier ministre » d’un prétendu « Gouvernement provisoire pour la solidarité nationale et le sauvetage national du Kampuchéa », Khieu Samphan exhortait ses soldats à (page 252) :

« Ecrasez et extirpez toutes les catégories de l’administration civile de l’ennemi (…) coupez les bras et les jambes de l’ennemi, bouchez leurs yeux et leurs oreilles, tranchez tous leurs liens économiques avec les campagnes (…). »

Ce texte prouve que, 15 ans après le Génocide Cambodgien, le monstre qu’il a été sous l’horrible régime des Khmers Rouges, était toujours le même en 1994, et enfin de compte, l' »homme » qu’il est resté toute sa vie…

Puis, l’auteur nous fait remarquer que la Souveraineté Nationale ne peut pas servir d’alibi aux bourreaux, et que le droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes ne peut servir de prétexte à des tyrans pour exterminer leur propre population. Le Droit International doit être présent pour s’ingérer dans le cadre de la Souveraineté Nationale, lorsqu’une menace criminelle imminente d’une telle ampleur risque de s’abattre sur une Nation.
Lorsqu’il est tragiquement trop tard, la Justice Internationale doit être présente pour juger ces Crimes de masse, contribuant ainsi à la réconciliation Nationale, après avoir permis la « pacification d’une société déstructurée par ces crimes majeurs que sont le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. »

Selon les dernières études démographiques, Raoul Marc Jennar estime à 2 200 000, les victimes du régime Totalitaire Communiste Khmer Rouge, sur une population de 7 millions d’habitants. En seulement 5 années, entre le 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979, les Khmers Rouges ont « Génocidé » environ 25 % de la population Cambodgienne !
Environ 1 400 000 sont morts d’épuisement, de faim, de maladie, etc. ; et 800 000 autres victimes ont été…, sommairement exécutées !

Confer également d’autres ouvrages aussi passionnants sur le même thème, de :
– Vann Nath Dans l’enfer de Tuol Sleng : L’inquisition khmère rouge en mots et en tableaux ;
– Kèn Khun De la dictature des Khmers rouges à l’occupation vietnamienne ;
– Thierry Cruvellier (Le maître des aveux) ;
– François Bizot (Le silence du bourreau) ;
– François Bizot (Le Portail) ;
– Malay Phcar Une enfance en enfer : Cambodge, 17 avril 1975 – 8 mars 1980 ;
– François Ponchaud Cambodge année zéro ;
– Claire Ly Revenue de l’enfer : Quatre ans dans les camps des Khmers rouges ;
– Sam Rainsy Des racines dans la pierre ;
– Pin Yathay Tu Vivras, Mon Fils: L’extraordinaire récit d’un rescapé de l’enfer Khmer Rouge ;
– Philip Short Pol Pot : Anatomie d’un cauchemar.