Le Regain démocratique
de Jean-François Revel

critiqué par Unvola, le 20 août 2020
( - - ans)


La note:  étoiles
Jean-François Revel Penseur et visionnaire !
Jean-François Revel, journaliste, historien puis Académicien possède cette fascinante capacité de rendre l’histoire et la politique, pragmatiques.

L’auteur commence son ouvrage en nous présentant un état des lieux du phénomène de démocratisation du monde, qui a commencé, selon lui, à s’opérer lentement depuis le début de la décennie de 1980.

Puis, Jean-François Revel grâce à son talent exceptionnel d’analyste, détricote l’incroyable mythe consistant pour les dirigeants Communistes, à faire par la propagande et le mensonge jusqu’à aujourd’hui, du Totalitarisme Communiste : un Parti faussement humaniste. En effet, il est dans la réalité historique, au contraire, un Parti par essence anti-démocratique et même pire : intrinsèquement criminogène, ce que l’auteur explique parfaitement, pages 47 et 48 :

« L’existence du totalitarisme communiste a complètement perverti au XXe siècle notre façon même de poser le problème de la démocratie. Je dis bien communiste, car les deux autres totalitarismes, le fasciste et le nazi, se sont présentés à visage découvert et ont été perçus d’emblée comme des adversaires de la démocratie. C’est en toute clarté, de façon consciente et délibérée, qu’en 1922 Benito Mussolini créa le totalitarisme : à la fois le mot, le concept et la chose. Au contraire, le communisme s’est prétendu un perfectionnement de la démocratie et a réussi pendant trois quarts de siècle à faire très largement accepter cette prétention en Occident même. Aucune révélation sur sa vraie nature ne parvenait à lui ôter une connotation « progressiste » qui faisait rejeter « à droite » ceux qui le critiquaient, même quand on leur donnait raison. Cette imposture fut possible parce que l’idéologie marxiste dominante invitait à donner la prépondérance à l’imaginaire sur le réel, aux prétentions théoriques sur les résultats pratiques. »

Le Totalitarisme Communiste applique exactement l’opposé de son mensonge idéologique, ce que résume Jean-François Revel, pages 70 et 71 :

« Un caractère frappant du soviétisme est d’avoir réalisé point par point pendant soixante-dix ans l’exact contraire de ce qu’il annonçait et prétendait faire. Or c’est là l’essence du léninisme. Lénine proclame le pouvoir des conseils ouvriers (les soviets) et introduit le parti unique, monstre politique dont il est l’indiscutable inventeur, parti prolétarien qui méprise le prolétariat et le traitera plus mal que n’importe quel patron capitaliste. A la question : « Les ouvriers peuvent-ils gouverner l’Etat ? », Lénine répondit un jour : « Tous les gens pratiques savent que ce sont des fables. » Il affirme respecter la volonté des « masses » et la démocratie, mais dissout par un coup de force l’Assemblée constituante, en janvier 1918, parce que les « masses » n’y ont élu qu’un quart de députés bolcheviques. »

Ensuite, l’auteur décortique les raisons qui ont conduit à l’effondrement de l’U.R.S.S. en 1991. Il s’étend longuement, sur l’incapacité de Gorbatchev, malgré tous ses efforts à travers la Perestroïka et la Glasnost, à restaurer la matrice originelle Marxiste-Léniniste. Car en effet, l’incompatibilité est totale, lorsqu’il s’agit de vouloir insuffler UN PEU de liberté d’expression et de Libéralisme dans un corset aussi tendu que celui qui entoure le régime Totalitaire Communiste.
D’ailleurs, voici ce que déclarait Gorbatchev le 18 février 1988 devant le Comité Central du Parti Communiste d’Union Soviétique (P.C.U.S.), page 489 :

« Nous ne reculerons pas d’un mètre dans la voie du socialisme, du marxisme-léninisme. »

Précisons que même si l’idéologie Communiste s’est largement essoufflée en ce début de 21ème siècle, cette réalité Totalitaire existe néanmoins toujours, dramatiquement : en Corée du Nord, en Chine, à Cuba, etc..

L’auteur nous démontre également quelques principes économiques fondamentaux, tels que :
1 / Il ne peut y avoir de développement dans un pays, sans économie de marché. Mais le marché ne suffit pas toujours, à lui seul, à contribuer au développement d’un pays.
2 / De même, qu’il ne peut exister de démocratie sans économie de marché, même s’il existe des économies de marché sans démocratie.
3 / En revanche, une économie Etatisée empêche, par définition, à la fois : l’économie de marché et par voie de conséquence la démocratie de se développées.

En résumé, une société fondée sur l’économie de marché (liberté économique, propriété privée, investissement privé, marché) a de grandes chances de devenir démocratique (sauf, Pouvoir de type Dictatorial…).
Alors, qu’une société basée sur une économie Etatisée et collectivisée, donc sans propriété privée, n’a AUCUNE chance de devenir un jour…, démocratique.

Un autre sujet abordé par l’auteur est celui, fondamental, des Droits de l’Homme.
Malgré l’adhésion et la signature de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme par de nombreux Etats-membres, dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies (l’O.N.U.) en 1948 ; ces Droits de l’Homme continuent régulièrement d’être bafoués.
Alors, quel comportement adopté lorsque :
– Certains Etats-membres de l’O.N.U., ou non, commettent des Crimes contre l’Humanité et/ou des Génocides ?
Il en découle consécutivement, les épineux dilemmes et choix entre : le droit, voire le devoir d’ingérence, qui s’oppose donc aux principes de non-ingérence et de Souveraineté Nationale.

Jean-François Revel décrit également différents systèmes de corruption, comme par exemple celui consistant pour le Dictateur d’un pays du tiers-monde, à détourner des aides financières Internationales pour son propre profit personnel.

Il consacre aussi un autre grand chapitre de son livre à : l’Islam.
L’auteur part de l’exemple du livre de Salman Rushdie : « Les Versets sataniques » publié en 1989, et du terrifiant ordre (fatwa) International lancé par l’ayatollah Khomeyni à tous les musulmans du monde : d’assassiner l’écrivain.
Il y a eu alors d’innombrables « incidents » répertoriés sur toute la planète :
– Une foultitude d’autodafés du livre en question ;
– Des librairies « osant » vendre le roman furent saccagées ;
– Des manifestations de musulmans eurent lieux, exigeant la mort de Rushdie et en brûlant son effigie : aux Etats-Unis, au Danemark, en France, en Grèce, en Suisse, aux Pays-Bas, en Allemagne de l’Ouest, au Canada, en Espagne, en Australie, en Grande-Bretagne, à Bangkok, à Karachi, à Srinagar, à Rotterdam, à Stockholm et Bonn.
A partir de cette « simple » affaire, Jean-François Revel pose donc plusieurs questions essentielles, dont celle-ci, page 369 :

– « Si extensibles soient les complaisances des islamologues, comment qualifier de tolérante une religion où « désaccord » est synonyme d' »exécution »? »

Une autre question peut se formuler de la manière suivante :
– Si l’Islam se considère comme démocratique, comment se fait-il qu’il n’y ait eu aucune contre-manifestation condamnant le fanatisme et l’appel au meurtre de la part des musulmans modérés ?

Depuis l’écriture de cet essai (en 1992), il y a eu récemment, la comparable affaire en 2005, celle dite « des caricatures de Mahomet » ayant conduit à des « incidents » similaires.
Le prosélytisme et les tensions engendrés par l’Islam en France et en Occident, se sont encore accrus depuis 1992 et avec une plus grande acuité ; sans parler de l’expansion planétaire du Terrorisme Islamiste.

Un Essai donc passionnant et très éclectique, avec un Jean-François Revel fidèle à lui-même…, sans langue de bois. Bref, un véritable régal…

Confer également d’autres ouvrages aussi passionnants, de Jean-François Revel :
– La Grande Parade. Essai sur la survie de l’utopie socialiste ;
– Le moine et le philosophe – Un père et son fils débattent du sens de la vie.