Mieux vaut moins, mais mieux - Et autres textes de 1923 de Vladimir Ilʹič Lenin

Mieux vaut moins, mais mieux - Et autres textes de 1923 de Vladimir Ilʹič Lenin

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Essais

Critiqué par Unvola, le 20 août 2020 (Inscrit(e) le 18 août 2020, - ans)
La note : 10 étoiles
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Une immersion terrifiante au cœur de la période léniniste !

Dominique Colas est historien du Communisme et professeur des Universités à Sciences Politiques de Paris. Dans la première partie du livre l’auteur retrace quelques moments et événements clefs de la période Léniniste, en s’appuyant sur les textes et discours de Lénine. Dominique Colas établit clairement qu’il suffit de lire les propres Œuvres de Lénine pour se rendre compte de toute la dimension Dictatoriale à caractère Totalitaire du système mis en place par Lénine, Trotski, Staline et consorts terroristes de masse, durant la période Léniniste : du 25 octobre 1917 à 1923.
Dans la seconde partie du livre, Dominique Colas nous fait découvrir les derniers écrits de Lénine, en 1923, un an avant sa mort le 21 janvier 1924.

La seconde attaque cérébrale de Lénine en décembre 1922, sonne l’heure de la fin de sa présence physique au sein du Parti Communiste d’Union Soviétique, mais pas celle de son activité intellectuelle et de son incontestable autorité à la tête de Parti. Cependant, ne disposant plus de son autonomie physique, il se résout à communiquer essentiellement à travers des lettres dictées à ses secrétaires. Ses écrits les plus connus de cette dernière période sont ceux concernant les « Lettres au Congrès » et surtout son célèbre « Testament ». Mais il existe également cinq autres articles dont trois furent publiés avant le XIIe Congrès d’avril 1923, dans le journal de propagande du Parti Communiste : la Pravda (la « Vérité ») ; et les deux autres par la suite. Le dernier article publié de son vivant « Mieux vaut moins, mais mieux », l’est le 4 mars 1923. Le 10 mars, une nouvelle attaque cérébrale plonge définitivement Lénine dans l’aphasie et la paralysie jusqu’à sa mort le 21 janvier 1924.

Mais revenons à quelques grandes étapes qui ont dramatiquement marqué la période Léniniste…
D’abord, il y a le coup d’État Bolchevique (Communiste) du 25 octobre 1917 (ou 7 novembre, suivant le calendrier usité), suivi de la dissolution par la force de l’Assemblée Constituante réunie le 5 janvier 1918. Ensuite, la terrible politique du Communisme de Guerre décrétée au printemps 1918 (consistant principalement dans les réquisitions forcées des récoltes agricoles), couplée à la Terreur Rouge Bolchevique décrétée, quant à elle, officiellement le 5 septembre de la même année, déclenchent une Guerre Civile généralisée et extrêmement violente dans toute la Russie.
En 1921, le pays est exsangue, et la population plongée dans une violence inouïe doit encore faire face à l’impitoyable et sanglant écrasement de l’insurrection des Marins de Cronstadt par Trotski. Ce qui permet au Pouvoir Totalitaire Communiste de « remporter », presque définitivement, la Guerre Civile. Mais Lénine prend alors conscience qu’il est contraint de libérer un minimum l’économie, et décide donc à contrecœur d’instaurer provisoirement la N.E.P. (la Nouvelle Politique Économique) lors du Xe Congrès de mars 1921. Pourtant, la Terreur de masse n’est pas atténuée pour autant ; et l’économie reste sous l’étroit contrôle du Parti Communiste. Et afin d’être certain de conserver le Pouvoir absolu, Lénine lance également une épuration au sein même du Parti Communiste. Qui plus est, le pays continue de s’enfoncer dans une effroyable et gigantesque Famine, celle de 1921-1922, qui provoque la mort d’environ 5 000 000 de paysans !
Ignominieusement, Lénine se sert même de cette Famine pour tenter d’éradiquer l’Église orthodoxe en Russie. Lors du Bureau Politique du 19 mars 1922, en pleine Famine, Lénine ordonne implacablement d' »écraser l’ennemi » (page 41) :
« C’est précisément maintenant et seulement maintenant alors que dans les régions où règne la famine les gens mangent de la chair humaine et que des centaines ou des milliers de corps jonchent le sol que nous pouvons (et donc que nous devons) conduire à bien la confiscation des richesses des églises avec l’énergie la plus sauvage et la plus impitoyable, et réduire toute résistance. »
L’argument classique de la sécheresse ne peut pas expliquer à lui seul, l’importance de cette Famine. La dernière grande Famine en Russie datant de 1891, sous le Tsar Alexandre III, avait engendré la mort de 400 000 à 500 000 Russes, ce qui est déjà phénoménal mais qui « ne représente que » 10 % de celle de 1921-1922. La tragique réalité, c’est que l’infâme politique du Communisme de Guerre par les réquisitions forcées des récoltes agricoles a extirpé de force au monde paysan, presque toutes ses ressources alimentaires.

En outre, Lénine se méfie de sa propre N.E.P. qu’il caractérise de « Capitalisme d’État ». Par conséquent, il veut… (page 40) :
« châtier lourdement tout capitalisme qui dépasse les bornes du capitalisme d’État, selon la conception et les tâches de l’État telle que nous les entendons ». Il appelle à l' »organisation de procès exemplaires » qui pourront conduire « au poteau d’exécution » ceux qui abusent (note n°48, Lénine, Œuvres t. 45, p. 485), attribuant une « signification éducative » aux tribunaux, d’où des procès dont les accusés sont condamnés à l’avance. »
Lénine ne s’embarrasse décidément d’aucun scrupule ni d’aucune contradiction aussi énorme soit-elle, en faisant appel à la N.E.P. et en réinstaurant ainsi partiellement le commerce privé, donc le Capitalisme. D’autant plus que son obsession est de mener jusqu’au bout, la Dictature du Prolétariat par le Communisme de Guerre et la Terreur de masse, en vue de lutter férocement contre le Capitalisme et les « bourgeois ». Et comme il n’est pas à une autre contradiction près, lui et Trotski sont eux-mêmes issus de la « petite bourgeoisie » et sont des pseudo-« intellectuels », c’est-à-dire les mêmes « ennemis de classe » qu’ils exècrent le plus au monde et qu’ils persécutent !

Dominique Colas insiste, dans son ouvrage, sur un aspect assez méconnu dans la volonté de domination de Lénine : celui du processus d’alphabétisation, ce que Lénine nomme déjà une « révolution culturelle » (on pense évidemment à la tristement célèbre « Révolution Culturelle » lancée bien plus tard en 1966, en Chine, par Mao Zedong, qui a pour seul point commun avec celle de Lénine : la lutte des classes dans le cadre de la politique de Dictature du Prolétariat). Bien évidemment, Lénine n’a absolument pas comme objectif d’agir par simple altruisme envers son Peuple, mais considère plutôt que quelques centaines de dirigeants doivent détenir le Pouvoir et qu’il faut alphabétiser (le taux d’alphabétisation en Russie était, à cette époque, de seulement 25 %) les ouvriers et surtout les paysans pour pouvoir mieux les contrôler par la propagande, et édifier ainsi la société Communiste « parfaite ». Il ne veut donc pas éduquer le Peuple Russe, mais en réalité le ré-éduquer Idéologiquement. Pour Lénine, il faut détruire l’ancienne « psychologie » et rééduquer les masses. Ce dogme impérieux est bien connu sous les divers régimes Totalitaires Communistes : il s’agit de détruire l' »ancienne société » capitaliste pour créer la « nouvelle société » Communiste. Lénine veut rééduquer, annihiler et/ou exterminer « le Peuple ancien » pour recréer un « Peuple nouveau ». Tout ce processus est parfaitement bien décrit dans l’incontournable ouvrage de George Orwell : « 1984 ».
Mais dans son esprit totalement Idéologisé, Lénine estime la conversion de la paysannerie au Communisme, comme une tâche particulièrement ardue, car il se méfie et méprise les paysans, les considérant à la fois comme des « travailleurs » et des « spéculateurs », habitués depuis toujours à commercer. Sa condescendance et sa détestation envers le monde paysan est sans bornes, puisqu’il évoque les paysans en les traitant d' »abrutis, ignorants, isolés ». Dans son esprit dangereusement binaire et manichéen, Lénine ne considère l’être humain qu’en terme de « classe sociale ». Il pense que cette conversion au Communisme serait beaucoup plus aisée avec la population ouvrière qui, croit-il, d’instinct, adhèrerait au Communisme.

Lénine, en parallèle, et comme nous l’avons déjà vu plus haut, veut lancer une campagne propagandiste de lutte pour l’athéisme en combattant la religion. Son esprit Totalitaire transparaît une fois encore, dans sa volonté d’éradiquer la religion qui risquerait de lui faire une concurrence Idéologique.
La campagne d’alphabétisation n’a pas pour but d’éveiller l’esprit critique, mais bien au contraire de le formater et d’insuffler la doctrine Marxiste au sein du Peuple Russe pour le rendre servile à l’Idéologie Communiste. Pour Lénine, la lecture permettrait au Peuple Russe de pouvoir lire le journal de propagande du Parti Communiste : la Pravda .
Mais plus encore, en bon dictateur Totalitaire qui se respecte, Lénine a prévu d’exclure de sa campagne d’alphabétisation ses cibles Idéologiques qu’il estime non-rééducables et qui doivent donc être exterminées : les capitalistes, les « Koulaks » (catégorie de paysans inventée par Lénine), les prêtres, les intellectuels, les bourgeois, les artistes, les professeurs et les opposants politiques réels ou supposés. À ce rythme-là, la liste des personnes à persécuter allait devenir quasiment infinie. C’est ce qui devait pourtant se produire durant les 74 interminables années que dura l’infâme régime Soviétique…
Pour mener à bien sa campagne d’alphabétisation par la rééducation, Lénine définit deux catégories chargées de cette mission : les instituteurs pour l’alphabétisation, et les propagandistes professionnels pour promouvoir l’athéisme contre la religion.
Ici, nous sommes pleinement plongés dans les fondements mêmes du Totalitarisme : la rééducation Idéologique obligatoire pour toute la population et l’extermination de la partie considérée comme définitivement irrécupérable !
Mais l’irrationalité et l’inhumanité de Lénine se confrontent alors à un enchaînement de complications qu’il n’avait certainement pas prévu, dans son esprit étriqué et doctrinaire. En effet, l’opposition au Communisme ne relève pas d’une abstraite et arbitraire question de classe sociale, mais d’un choix individuel ! Conséquence prévisible, Lénine voit alors s’accumuler rapidement d’innombrables opposants à son régime Totalitaire. Qui plus est, quid du demi million d’instituteurs qui ne sont pas Communistes, alors qu’ils sont obligés, dans le plan machiavélique de Lénine, de Bolcheviser (Communiser) la population Russe ? !
D’autant plus que Lénine se montre totalement schizophrène, puisque son plan de rééducation doit être appliqué par ces mêmes instituteurs, rétifs au Bolchevisme. Pour couronner ce délire schizophrénique, il les considère comme « hostiles au prolétariat », car élevés « dans les habitudes et les préjugés bourgeois ».
Par conséquent, la tâche devient insurmontable, car il faut commencer par rééduquer les instituteurs destinés à former une « armée nouvelle », comme l’Armée Rouge de Trotski, afin que ces instituteurs puissent à leur tour rééduquer toute la population Russe. Et par qui les former ? Extrêmement compliqué tout cela ! Et bien Lénine prévoit de créer parallèlement à la Direction de l’instruction, une Direction générale de l’éducation politique en charge de la propagande et composée d’un personnel intégré à la structure, et d’une institution spécifique missionnée pour former de « vrais communistes ». Bref, son fanatisme doctrinaire se transforme en une véritable usine à gaz Idéologique…
Finalement, l’objectif ultime du Parti-État Unique Communiste est de détenir et conserver le Pouvoir absolu grâce au monopole sur toutes les grandes institutions du pays : l’information, l’imprimerie, les bibliothèques, les journaux, la radio, et bien sûr les institutions éducatives.

Lénine impose également le « samedi communiste », un travail que les ouvriers doivent fournir gratuitement. Pour un soi-disant défenseur de la « classe prolétarienne », c’est pour le moins ahurissant ! Mais ce n’est pas tout, car il va jusqu’à justifier les méthodes productivistes du Taylorisme. Et il expérimentera même les méthodes de « militarisation du travail » prônées par Trotski dans son livre « Terrorisme et Communisme », méthodes qui ne relèvent ni plus ni moins que de l’esclavagisme moderne.

Lénine est un adepte de la maxime de Ferdinand Lassalle, selon laquelle : « Le Parti se renforce en s’épurant ». Ce qu’il fait, non seulement, au sein de son propre Parti Communiste, mais également au sein de la société Russe tout entière, en persécutant tous les opposants réels ou potentiels au Communisme.
D’ailleurs, en juillet 1922, Lénine fait expulser de Russie des élites intellectuelles, par l’intermédiaire de la Tcheka (la police politique du régime fondée dès le 20 décembre 1917) et dirigée par Félix Dzerjinski. Cette opération est supervisée par un certain Iossif Vissarionovitch Djougachvili plus connu sous le pseudonyme de Staline, qui a été promu, par Lénine en personne, au poste suprême de : Secrétaire Général du Parti Communiste d’Union Soviétique, le 3 avril 1922.

Depuis le début de la Première Guerre Mondiale, l’objectif de Lénine est de transformer cette Guerre Mondiale en Guerre Civile, afin d’instaurer le Communisme en Russie, puis de l’exporter dans le monde entier. Son coup d’État d’Octobre 1917, ainsi que la toute aussi anti-démocratique dissolution par la force de l’Assemblée Constituante, puis la signature du traité de paix avec l’Allemagne à Brest-Litovsk en mars 1918, lui laissent le champ libre pour tenter d’atteindre cet objectif. Il n’a que faire de la Paix, seul compte pour Lénine de mener (page 38) :
« la guerre de classe dans toute sa dureté » (…) « nous faisons maintenant la guerre contre la petite bourgeoisie, contre les paysans, une guerre économique qui est pour nous beaucoup plus dangereuse que la guerre passée ».
Concernant la Justice Pénale, en 1922, Lénine ordonne au ministre de la justice de se montrer particulièrement pugnace (page 39) :
« (…) dans la : « répression contre les ennemis politiques du pouvoir soviétique et les agents de la bourgeoisie (spécialement les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires) » et même d’organiser des procès contre la « canaille » communiste, celle qui parade sans travailler ».

En conclusion :
On constate aisément que dans le dictionnaire « Le Petit Larousse illustré », édition 2014, en page 895, la rubrique sur le Totalitarisme présente toujours le Nazisme et…, le Stalinisme. Or, si la doctrine du Nazisme est bien…, le Nazisme (ou National-Socialisme), en revanche, la doctrine du Stalinisme n’est pas le Stalinisme mais bel et bien…, le Communisme (Bolchevisme devenu Marxisme-Léninisme). À mon sens, le dictionnaire devrait donc plutôt présenter les deux grands systèmes Totalitaires du XXe siècle de la manière suivante : les Totalitarismes Nazi et…, Communiste. Mais pour cela, il faudrait d’une part, assimiler enfin le Stalinisme au Communisme, et d’autre part, remonter à l’origine de la création du système Totalitaire Communiste réel, c’est-à-dire à la période Léniniste !
Car, si effectivement, Staline a eu le temps (à partir de 1925 et jusqu’à sa mort le 5 mars 1953) d’étendre sa Terreur de masse Communiste à un niveau jamais atteint dans l’histoire humaine jusqu’au début de cette période, les fondations du Totalitarisme Communiste, elles, ont bien été posées entre Octobre 1917 et la mort de Lénine. Rappelons les principaux items du Totalitarisme : l’Idéologie obligatoire, le Parti-État-Unique Bolchevique, le liberticide généralisé à toute la société, le Communisme de Guerre, la Dictature du Prolétariat, la Guerre Civile, l’ouverture des premiers camps de rééducation et de concentration, etc.. On peut encore ajouter à cette lugubre litanie de concepts tyranniques : le processus de propagande haineux envers d’innombrables catégories sociales, comme à l’encontre des Koulaks (dont Staline reprendra à son compte la gigantesque et barbare opération de « Dékoulakisation » à partir de 1930), les « bourgeois » (catégorie, elle aussi, purement Idéologique donc indéterminée puisque indéfinissable et absurde !), les intellectuels, les prêtres, les professeurs, les intellectuels, les ouvriers grévistes, les Cosaques (la « Décosaquisation ») du Don et du Kouban, etc, etc..
Il serait donc grand temps de dépasser, en France, la seule notion de Stalinisme pour l’inclure sous la bannière générale du Communisme. C’est tout à fait révélateur et symptomatique du traitement hémiplégique Franco-Français, des Totalitarismes Nazi et Communiste : le « mauvais » Nazisme et le soi-disant « bon » Communisme. Absurde et surtout historiquement totalement faux !
De même que perdure encore aujourd’hui en France, dans notre inconscient collectif : le « bon » Lénine et le « méchant » Staline. Nous avons démontré que c’est tout aussi absurde, et que ce procédé relève purement et simplement du Révisionnisto-Négationnisme !

Heureusement qu’il existe les témoignages de survivant, les Archives de Moscou et d’ailleurs (partiellement ouvertes depuis 1992), et les historiens comme Dominique Colas et tant d’autres pour œuvrer à faire en sorte qu’un jour, enfin, l’Histoire du Communisme s’inscrive dans toute sa dimension monstrueusement Totalitaire, c’est-à-dire depuis…, le coup d’État Léniniste du 25 Octobre 1917 !

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