Russie, la transition manquée: Nicolas II - Lénine - Unité prolétarienne et diversité nationale de Hélène Carrère d'Encausse

Russie, la transition manquée: Nicolas II - Lénine - Unité prolétarienne et diversité nationale de Hélène Carrère d'Encausse

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Histoire

Critiqué par Anonyme11, le 19 août 2020 (Inscrit(e) le 18 août 2020, - ans)
La note : 10 étoiles
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Pauvre Peuple Russe : après 303 ans d'autocratie tsariste des Romanov..., suivirent 74 années de totalitarisme communiste !

Ce fort volume de l’Historienne et Académicienne Hélène Carrère d’Encausse publié en 2005, regroupe en fait :
– Son livre sur « Nicolas II, la transition interrompue » publié en 1996 ;
– Son ouvrage sur Lénine publié en 1998 ;
– Ainsi qu’un texte sur l' »Unité prolétarienne et diversité Nationale » extrait de la Revue Française de science politique, d’avril 1971.
Ici, mon commentaire concerne uniquement l’ouvrage portant sur Nicolas II. En effet, n’ayant pas assez de place, je laisse le soin à l’éventuel lecteur téméraire, d’aller consulter mon commentaire concernant l’ouvrage, sur : Lénine.

La dynastie Autocratique des Romanov commença avec le Tsar Michel Fédorovitch en 1613, et dura 300 ans, pour prendre fin durant la Première Guerre Mondiale, le 2 mars 1917, avec le Tsar Nicolas II.

Pendant cette seconde partie du 19ème siècle, la Russie connaissait un retard, voire une « arriération » par rapport à l’ensemble des pays d’Europe Occidentale. Alexandre II (grand-père de Nicolas II) prit conscience qu’il était grand temps pour la Russie, de quitter le Féodalisme, et d’orienter la pays vers la voie de la Modernité et de la Démocratisation. Deux objectifs difficilement atteignables lorsque le poids de la « tradition » dynastique contraint les Tsars successifs à maintenir coûte que coûte un régime : Autocratique (Monarchie Absolue). Et malheureusement, comme souvent dans l’Histoire (à l’instar de la Révolution Française), le Monarque, incapable : par confort, par entêtement irrationnel (car persuadé de détenir le Pouvoir Absolu d’un « Dieu Divin »), par manque de volonté et/ou de courage politiques… de se détacher de son « statut » autoritaire, finit souvent par se voir destituer par…, le Peuple lui-même, lors d’une Révolution Populaire !

Alexandre II, lança des réformes pour Moderniser et insuffler un peu de Liberté en Russie.
Par exemple, en 1857, Alexandre II développa le réseau ferroviaire. Pour cela, il créa la Société des chemins de fer Russes. L’essor des chemins de fer permit de faciliter le développement de l’Industrie, comme la métallurgie. De même, le 19 février 1861, il abolit le Servage ; puis en 1864, il réforma le système Judiciaire. En 1861, il nomma Dimitri Milioutine, Ministre de la Guerre ; et en 1874, il le missionna pour réformer l’Armée en réduisant la durée du service militaire et en remplaçant un système arbitraire par une Conscription plus juste et encadrée.
De plus, en 1866, il nomma le comte Dimitri Tolstoï (à ne pas confondre avec le grand écrivain Russe, Léon Tolstoï) Ministre de l’Instruction Publique, et le chargea donc de réformer l’Enseignement primaire et secondaire. Car Tolstoï pensait : qu' »éduquer la société était un moyen de la stabiliser ».
Mais le Terrorisme devenant à cette époque, un fléau de masse, Alexandre II fut victime d’un attentat et mourut déchiqueté sous les yeux de son fils, Alexandre III. Ce dernier en fut traumatisé toute sa vie.
En effet, en cette fin de 19ème siècle, la société Russe était en plein bouleversement, dans la Pensée et l’Idéologie. Certains « Révolutionnaires » prônaient le renversement du Tsarisme par la violence Terroriste. Alors que la littérature était riche de ses écrivains, tels Dostoïevski et Léon Tolstoï, en parallèle, apparaissaient les « nihilistes » qui, selon Hélène Carrère d’Encausse (page 37) :

« (…) rejettent les valeurs spirituelles et la culture au nom de l’émancipation sans délais du peuple travailleur. »

Le porte-parole de ces « nihilistes » était principalement Tchernychevski, qui développa dans son roman « Que faire ? » (titre repris ultérieurement par Lénine pour son propre livre, en 1902), le profil type, selon lui, du « Révolutionnaire Professionnel » (page 37) :

« (…) Son héros est déjà l’ancêtre de Lénine, et la fascination qu’exercera ce roman sur tous les marxistes – Marx lui-même a souhaité le lire dans sa version russe – montre bien qu’il fut le précurseur de ceux qui triompheront en 1917. Pour autant, Tchernychevski ne se contente pas de tracer le portrait idéal du pur héros révolutionnaire, ascétique, impitoyable à lui-même et aux autres ; il délivre un message politique et social. »

Au rang des Révolutionnaires Marxistes, il faut également citer Netchaïev et Tkatchev. Ils ont inspiré Lénine, et leur dogme de pseudo-intellectuels relève d’un profond mépris et d’une très grande condescendance, envers le Peuple Russe (page 39) :

« A l’origine de leur projet, un constat : les paysans, espoir des populistes, ne sont, découvrent-ils, ni conscients ni porteurs d’une volonté d’action. Ils sont incapables de jouer un rôle dans l’histoire russe. C’est donc à l’intelligentsia, aux mouvements qu’elle saura organiser, de se substituer à eux et de braver le pouvoir. Ainsi se dessine l’alliance des « Pougatchev des universités » et d’une stratégie jacobine dont Netchaïev constitue un remarquable représentant.
Trois pensées se dessinent alors : celle de Netchaïev, organisateur de cellules révolutionnaires destinées à fomenter, par le terreur et la conspiration, un soulèvement dont la finalité est la destruction du système existant en vue d’un avenir indéterminé ; celle de Tkatchev, vrai précurseur de Lénine, qui rêve d’instaurer par la force un nouvel ordre politique au bénéfice de la minorité révolutionnaire ; enfin, celle des marxistes russes qui, émigrés en France ou en Suisse, tablent sur le « prolétaire » pour organiser un monde neuf. »

Pourtant c’est bien le Peuple Russe, et non tous les : Lénine, Trotski, Zinoviev, Kamenev, etc., étant à l’étranger, qui mènera SEUL, non seulement la manifestation du 9 janvier 1905 (le « Dimanche Rouge ») ; mais plus encore, SA Révolution Populaire de février 1917. Presque tous les principaux hauts dirigeants Bolcheviques étaient absents et incapables de prévoir la profonde détermination du Peuple Russe et son immense capacité à se mobiliser, lorsqu’il estime que son existence est en danger.

Alexandre III, traumatisé par la mort violente de son père lors de l’attentat, ainsi que par les innombrables actes Terroristes commis en Russie (y compris contre les Ministres d’État), se renferma alors dans la certitude que, seul un régime Autocratique pouvait permettre de faire régner la sécurité de l’État et l’ordre public dans la pays.
Par conséquent, il mit en place des mesures répressives provisoires, comme : les perquisitions, les arrestations et le contrôle de la presse. Bref, toute la société fut mise sous surveillance à travers le Code Criminel de 1885.
Alors que son père s’était lancé dans l’immense « chantier » de modernisation du pays, Alexandre III revint sur de nombreuses réformes, comme le fait de confier le plus possible, l’Enseignement primaire à l’Église ; bref, d’appliquer un étroit carcan au système de l’Enseignement.
En 1890, il renforça également le rôle de la noblesse en lui octroyant une place à part et privilégiée, et en augmentant le nombre de ses représentants. Alors que la loi de 1864 de son père (Alexandre II) sur les zemstvos (Assemblées Provinciales) prévoyait une plus grande égalité sociale, en faisant coexister : les propriétaires fonciers individuels, nobles ou paysans, dans un collège unique
Pire encore, en 1881, Alexandre III laissa se produire des pogromes et émeutes antijuives, terrifiant ainsi les Juifs de l’Empire.
Bref, le Pouvoir Tsariste se durcissait considérablement sous le règne d’Alexandre III.
Malgré tout, il restait conscient que l’avenir de la Russie devait impérativement passer par sa Modernisation, condition sine qua non au progrès social.
Entre 1881 et 1887, le Ministre des Finances, Nicolas Bunge, mit en place des mesures financières et sociales afin d’alléger les importantes charges financières pesant sur la paysannerie, ainsi que les terribles conditions de travail du monde ouvrier.

Malgré l’abolition du Servage en 1861, la paysannerie ayant reçu des parcelles trop petites pour être suffisamment productives et ayant du mal à financer leur rachat…, le tout combiné à une démographie en constante augmentation, vivait toujours dans une très grande précarité. La sécheresse de 1891, fit basculer cette instabilité du monde paysan dans la dernière grande famine et épidémie du 19ème siècle, en Russie.

Alexandre III décéda le 20 octobre 1894.

Nicolas II (fils d’Alexandre III) est né le 6 mai 1868. Étant jeune, il était faible de caractère, il vivait dans l’insouciance, voire dans la superficialité, et comme Louis XVI (en France), il ne se sentait absolument pas préparé à l’aventure du Pouvoir. Mais tous deux, une fois au Pouvoir s’appliquèrent dans leur incommensurable mission.
Nicolas II monta donc sur le trône, en 1894.
Son règne commença mal lors de son mariage avec la Princesse Allemande Alix de Hesse-Darmstadt, qui au préalable avait dû se convertir à la religion Orthodoxe Russe, prenant désormais le nom d’Alexandra Fedorovna. En effet, le jour de leur mariage, à cause d’un service d’ordre quasi inexistant, la foule immense tomba dans le vide et dans les fossés et, dans la panique générale, les spectateurs s’écrasèrent les uns les autres. Il y eut de nombreux morts et blessés.
Comme on compare souvent la politique de Nicolas II à celle de Louis XVI, on compare également le caractère de l’Impératrice Russe à celui de la Reine Française Marie-Antoinette d’Autriche, épouse de Louis XVI. Le caractère des deux Reines était différent, mais toutes deux possédaient une véritable capacité d’influence politique, sur les époux.
Nous verrons que la destinée tragique de ces deux couples Royaux, comporte de nombreux points de ressemblance…

Nicolas II, dès le début de son règne démontra qu’il restait indéfectiblement attaché à la tradition dynastique des Romanov, et plus particulièrement au « modèle » que fut son père. Il réaffirma donc son profond attachement au Pouvoir Autocratique « sacré et intemporel ».
Il se disait attaché à la paysannerie, mais vivant dans sa « tour d’ivoire », il ne comprenait absolument pas qu’en réalité, elle était encore plus exsangue depuis la grande famine de 1891, et que la révolte grondait dans les campagnes.
Dans la valse des Ministres (de même que Louis XVI avec les siens), à cause du caractère indécis de Nicolas II ou suite à leur mort prématurée lors des nombreux attentats terroristes, Witte s’avéra souvent le « sauveur » politique de Nicolas II.
Witte en tant que Ministre des Finances s’attela donc à reprendre la politique de Modernisation entamée par le grand-père de Nicolas II (Alexandre II) et freinée par son père (Alexandre III). Witte sut faire venir des capitaux étrangers pour développer l’Industrie et reprendre en main la politique de grands travaux, comme ceux concernant le développement du réseau ferré et plus particulièrement celui du Transsibérien. En 1900, près de trois cents sociétés étrangères s’étaient installées en Russie, surtout Belges et Françaises.
La vodka étant largement consommée en Russie, Witte supprima les taxes sur les spiritueux et décréta l’alcool : monopole d’État. Il voulait à la fois : réduire le fléau de l’alcoolisme et dans le même temps, renflouer les caisses de l’État. En ce qui concerne l’alcoolisme, la tendance fut plutôt à l’augmentation, mais l’objectif consistant à faire rentrer l’argent dans le Trésor, fut atteint.
Depuis 1895, Nicolas II semblait plus préoccupé par les problèmes de la noblesse terrienne, que par ceux des paysans. Pourtant, Witte rapportait à l’Empereur que « quoique personnellement libre, la classe paysanne reste esclave de l’arbitraire, de l’illégalité et de l’ignorance ». Witte lui réclamait donc sans cesse une « conférence paysanne ». D’autant plus qu’en parallèle, les ouvriers manifestaient toujours plus leur mécontentement concernant leurs conditions de travail. Venait encore se greffer à toutes ces revendications légitimes, le regain du Terrorisme ; Terrorisme qui confortait Nicolas II dans son entêtement incurable pour l’Autocratie.

Le 15 août 1903, Nicolas II commit la grave erreur de congédier Witte, sous la mauvaise influence du conservateur aux méthodes répressives : Viatcheslav Konstantinovitch Plehve. Le Tsar finit par se mettre presque tout le monde à dos : les paysans, les ouvriers, les nationalités (nombreuses en Russie) ainsi que l’élite libérale.
La politique de répression de Plehve, en tant que Ministre de l’Intérieur, attisa encore davantage le Terrorisme dont il finit par être lui-même, victime, en étant déchiqueté par une bombe, le 15 juillet 1904.

Nicolas II était faible de personnalité, mais en règle générale faisait preuve de prudence, il n’était pas naïf, et était relativement perspicace et méfiant. En revanche, il s’enfermait parfois dans des choix mal ou pas du tout analysés. Mais à ce niveau de responsabilité, nous le verrons, ces graves erreurs pouvaient engendrer de lourdes conséquences…
En effet, en 1904, suite aux tensions avec le Japon, Nicolas II qui méprisait les Japonais, était persuadé de la Victoire de la Russie. Les Japonais attaquèrent la flotte Russe dans la rade de Port-Arthur, le 9 février 1904.
Mais la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne effrayées par la débâcle des troupes Russes et des évènements Révolutionnaires en Russie, appelèrent à la paix. Le Président Américain Théodore Roosevelt entra en jeu et organisa une conférence de paix, en août 1905 à Portsmouth, dans le New Hampshire. Nicolas II rappela en urgence le talentueux, Witte, pour mener à bien les négociations de paix. Cette dernière fut signée le 9 septembre 1905.

Dans cette Russie du début du 20ème siècle dans laquelle explosait (dans les deux sens du terme) le Terrorisme Révolutionnaire Marxiste, émergea alors un inconnu, Lénine, avec son fameux livre « Que faire ? », en 1902. Il y exposait sa « pensée » consistant à former un Parti composé de « Révolutionnaires Professionnels » avec comme principe la soi-disant « inconscience » de la « classe ouvrière » sur sa destinée, mais dont le véritable objectif, pour Lénine, était la conquête du Pouvoir (page 128) :

« Il y expose son inquiétude face aux tendances corporatistes d’une classe ouvrière qui n’a pas conscience de sa nature propre ni de sa mission ; la nécessité de l’organisation : le Parti, porteur de la conscience de classe ; enfin, l’objectif précis : la conquête du pouvoir. Depuis Tkatchev, nul n’a expliqué aussi précisément que le pouvoir – qu’il faut à cette fin conquérir – est le seul et unique moyen de traduire des idées en actes. »

En 1903, le Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie (P.O.S.D.R.) se scinda en deux fractions, suite à des désaccords politiques entre Lénine et Martov. D’où la naissance du Parti Bolchevique (signifiant majoritaire et se nommant Communiste à partir de mars 1918) de Lénine, et le Parti Menchevique de Martov (signifiant minoritaire). Jusqu’à l’été 1917, Trotski, lui, restera plus proche des Mencheviques que des Bolcheviques.

En 1905, les tensions dans la société Russe étaient exacerbées, et le 20 décembre, une grève se déclencha aux usines Poutilov à Pétersbourg (future Capitale, Petrograd) suite aux licenciements de quatre ouvriers. Suite aux grèves et en solidarité avec les ouvriers licenciés, survint alors l’idée du grève générale. Il fut même rédigé une supplique, dans le but de la remettre à Nicolas II, le dimanche 9 janvier. Mais le 8 janvier malgré les troubles dans la Capitale, l’Empereur décida de partir dans sa résidence de Tsarskoïe Selo.
Le dimanche 9 janvier une immense manifestation pacifique et désarmée avança en direction du Palais Impérial pour remettre sa supplique au Tsar.
Nicolas II n’ayant pas laissé de consignes particulières avant son départ, les troupes alors affolées tirèrent sur la foule. Dans leur fuite les manifestants furent écrasés au sol ou contre les grilles. Le bilan fut de plusieurs centaines de morts et de blessés.
La rupture entre le Peuple et le Tsar fut définitive. Pour le Peuple, il avait laissé massacré ses sujets ; et Nicolas II quant à lui se renferma sur son régime Autocratique.
Cette journée sanglante du 9 janvier 1905, sera désormais nommée : le « Dimanche Rouge ».
Le 17 octobre 1905, afin de mettre un terme à la Révolution Populaire naissante, Nicolas II finit par accepter de signer le « manifeste » proposé par Witte, comprenant enfin qu’il ne lui restait plus que deux choix : une répression pouvant déboucher sur une impitoyable Dictature, ou accepter les conditions de ce « manifeste » démocratisant le régime et qui concernait (page 157) :

« (…) libertés individuelles et publiques totalement accordées ; progrès du suffrage universel ; enfin, « établir comme règle inviolable que nulle loi ne pourra entrer en vigueur sans l’approbation de la Douma, et que les élus du peuple auront la possibilité d’être effectivement associés au contrôle de la légalité des actes des autorités nommées par Nous ». »

En 1906, Witte fut à nouveau remercié et remplacé par Stolypine en tant que chef du Gouvernement.
Entre 1906 et 1907, Stolypine lança une répression implacable contre le Terrorisme. D’ailleurs, le 12 août 1906, sa propre résidence fit l’objet d’un attentat causant la mort de trente personnes et blessant grièvement deux de ses enfants. Lui-même en réchappa de justesse.
Il instaura alors des cours martiales ambulantes procédant à l’instruction immédiate des actes révolutionnaires ou terroristes. Cette justice expéditive prononça plusieurs milliers de condamnations à mort ou aux travaux forcés.
En avril 1907, dès qu’il sentit une accalmie dans le pays, il mit fin au régime d’exception.
Dès son accès à la tête du Gouvernement, Stolypine réforma la paysannerie afin que les paysans puissent devenir propriétaires de leurs terres. Puis, il mit en place une campagne d’alphabétisation.
Mais il fut à son tour, assassiné, le 1er septembre 1911.
Il laisse de son action, le bilan suivant (page 207 et 208) :

« Certes, Stolypine ne laissera pas derrière lui un Empire libéral consolidé. Et son oeuvre comporte des versants contraires. La répression du début en est une zone d’ombre que les éléments libéraux de la société ne lui pardonneront jamais.
(…) Le rouble que Stolypine lègue à ses successeurs est, en 1911, une des monnaies le plus solides que l’on connaisse alors. Le budget est excédentaire et le restera jusqu’en 1913. Les rendements agricoles augmentent ; la production de fer et de charbon connaît une croissance remarquable. Surtout, le système éducatif s’est étendu et produit dans la génération concernée – celle qui arrivera au service militaire en 1914 – des effets mesurables et spectaculaires. Cette éducation améliorée, combinée avec ce qu’un témoin a appelé « un progrès de la conscience parlementaire dans la société », contribue au développement d’une conscience civique. »

En ce qui concerne la famille Tsariste, le fils et futur Tsar, le tsarévitch Alexis était victime de graves crises d’hémophilie. Un mal incurable à l’époque. Comme l’Impératrice était particulièrement portée sur le mysticisme et la religion, elle fit appel à de nombreux guérisseurs et charlatans en tous genres. Jusqu’à l’été 1907 où elle fit la rencontre de Raspoutine. L’impératrice particulièrement crédule mit tous ses espoirs entre ses mains. Petit à petit Raspoutine influença considérablement l’Impératrice dans les décisions politiques, et donc dans l’avenir de la Russie.

Après la mort de Stolypine, l’État Tsariste fut donc confronté à la décomposition du système politique Russe.
En 1914, la société civile était en train de se constituer en Russie. On oscillait encore entre État Autocratique et Constitutionnel. Nicolas II freinait encore cette mutation pourtant indispensable pour la Russie.
La terrible Première Guerre Mondiale se déclencha. Witte, l’ancien premier Ministre, toujours de bons conseils tenta désespérément de dissuader Nicolas II d’entrer dans cette effroyable Guerre…, mais ce fut peine perdue.
Durant ce conflit mondial, Raspoutine avait une telle influence sur l’Impératrice, et par voie de conséquence sur le Tsar, qu’un complot au plus haut sommet de l’État se mit en place pour l’assassiner.

L’hiver 1916-1917 fut particulièrement rigoureux. Le froid et le rationnement alimentaire en ces temps de guerre impactaient le moral des habitants de Petrograd. Les prix du pain, du lait, des pommes de terre, etc., augmentèrent énormément.
La journée de commémoration du « Dimanche Rouge », le 9 janvier, mobilisa 300 000 citoyens dans les rues de la Capitale (Petrograd). A Petrograd et à Moscou, les gens arrêtaient le travail pour accompagner cette manifestation.
Le 23 février, des rassemblements spontanés se produisirent. 90 000 ouvriers du textile et de la métallurgie se mirent en grève et descendirent dans les rues. Des défilés se formèrent pour réclamer du pain, et fustiger la guerre et l’Autocratie.
Le 25 février, Petrograd fut paralysée par une grève quasi générale.
Nicolas II s’étant absenté à Moghilev, était dans l’impossibilité de se rendre compte de la gravité de la situation. Il envoya alors un télégramme au Général Khabalov pour rétablir l’ordre. L’histoire se répéta alors tragiquement, comme le 9 janvier 1905, car les premiers coups de feux se produisirent sur la perspective Nevski, tuant plusieurs personnes.
Le 26, la tension était à son comble entre la population nombreuse dans les rues et les troupes du Tsar. Mais le soir venu, par bonheur, une compagnie du régiment Pavlovski se mutina. Ils convainquirent les autres régiments d’en faire autant et de rejoindre la population. Les troupes se mélangèrent alors à la foule, et le 27 février, les détenus des prisons furent libérés. La Révolution Populaire était en marche…
Nicolas II fut informé de la situation et rentra à Petrograd…, mais tout était déjà terminé.
Dès le 28 février fut constitué un Comité provisoire, puis un Gouvernement Provisoire.
Le 2 mars, Nicolas II signa son acte d’abdication, et le 4 mars les actes d’abdication de Nicolas II pour lui et son fils Alexis Nicolaïevitch, ainsi que celui de son frère, le grand-Duc Michel, furent publiés.
Après 300 ans de règne ininterrompu, c’est ainsi que prit fin la dynastie Tsariste des Romanov.
Le 9 mars, l’Impératrice et Nicolas II furent arrêtés.

Apprenant que la Révolution Populaire avait lieu, Lénine exilé en Suisse, rentra à Petrograd, le 3 avril 1917. Les conditions de son retour valent que l’on si arrête un instant…
Car curieusement, non seulement l’Allemagne en guerre avec la Russie laissa traverser son pays à Lénine (et aux trente et un autres Bolcheviques qui l’accompagnaient, dont sa femme Nadejda Kroupskaïa, Inessa Armand la très très proche « amie » de Lénine, Zinoviev et sa famille, etc.) ; mais en plus, il est prouvé que les Autorités Allemandes financèrent le Parti Bolchevique, afin que Lénine mette la pagaille en Russie.
En effet, dès 1915, grâce à l’entremise d’Alexandre Helphand, dit Parvus, (ex-mentor de Trotski lui ayant inculqué le corpus Idéologique de la « Révolution permanente mondiale »), le Gouvernement Allemand commença à financer le Parti Bolchevique. Le 7 janvier 1915, le Secrétaire d’État au Trésor impérial Allemand précisait dans un télégramme : « Deux millions de marks doivent être consacrés à la propagande révolutionnaire en Russie ».
Toujours par l’intercession de ce même Parvus, le 20 mars 1917, le Colonel Allemand Wachendorf, du Ministère des Affaires Étrangères, envoya le télégramme suivant (certainement au comte Von Romberg, page 343) :

« Sa Majesté Impériale a décidé ce matin que les révolutionnaires russes seraient transportés à travers l’Allemagne et pourvus de matériel de propagande pour pouvoir travailler dans leur pays. »
« Si l’entrée en Suède leur était refusée, le Haut Commandement est préparé à les faire passer par les lignes allemandes. »
« Le Haut Commandement est prêt à acheminer vers la Russie autant de révolutionnaires qu’il en reste en Suisse. »
Au même moment, un télégramme de Romberg au Chancelier confirme qu’il a reçu les fonds destinés à ce projet. »

Grâce à cette importante manne financière Allemande, le financement, entre autres, de la Pravda (le journal de propagande du Parti Bolchevique) joua un rôle considérable dans la propagande du Parti Bolchevique et donc dans la notoriété de Lénine, entre la Révolution Populaire de mars et le coup d’État Bolchevique d’Octobre 1917 !

L’objectif de Lénine était de profiter du chambardement de la Révolution Populaire, pour anéantir le Gouvernement Provisoire afin de s’emparer du Pouvoir.
Le 3 juillet une tentative de putsch de la part des Bolcheviques, échoua dans la confusion générale. Le Gouvernement Provisoire fit arrêter les Bolcheviques dont Trotski et Kamenev, pendant que Lénine et Zinoviev s’enfuyaient en Finlande.
En août, le Général Kornilov tenta à son tour un coup d’État, dit « putsch de droite », qui échoua également.
Le 4 septembre, Kerenski (le chef du Gouvernement Provisoire) commit la monumentale erreur de relâcher Trotski, Kamenev et tous les Bolcheviques. Trotski prit alors la Direction du Soviet de Petrograd.
Le Gouvernement Provisoire repoussant sans cesse les élections et la convocation de l’Assemblée Constituante, et étant incapable de prendre les bonnes décisions, devint à la merci des Bolcheviques.

Trotski, grâce à la création du Comité Militaire Révolutionnaire (C.M.R.), lança les opérations et les Bolcheviques s’emparèrent du Palais d’Hiver par un coup d’État militaire, le 25 Octobre 1917.

Tout le monde, y compris les Bolcheviques (dans le cadre de leur propagande), ayant reproché au Gouvernement Provisoire de Kerenski d’avoir constamment repoussé les élections et la convocation de l’Assemblée Constituante, Lénine était désormais obligé (à contrecoeur) de les organiser…
Comme prévu par Kerenski avant le renversement du Gouvernement Provisoire, les élections eurent lieu en novembre 1917. Les Bolcheviques obtinrent seulement 24 % des voix, contre 40 % pour les Socialistes-Révolutionnaires…
Cet échec électoral cinglant pour les Bolcheviques, confirmait donc que le Peuple Russe désavouait totalement l’ANTI-démocratique coup d’État militaire du 25 Octobre.
Mais Lénine, ce « Révolutionnaire Professionnel » avait une vision et une position Dictatoriales des évènements. Pour être extrêmement précis, entre Octobre 1917 et sa mort en janvier 1924, sa politique de Terreur de masse finira même pas revêtir intégralement un nouveau concept de système politique (à l’époque), celui de : Totalitarisme (premier régime Totalitaire de l’Histoire de l’Humanité !).
Après le coup d’État d’Octobre, Lénine faisait à nouveau preuve d’une totale indifférence, pour ne pas dire, d’un total mépris pour…, la Démocratie (page 362) :

« Mais Vladimir Ilitch avait une position inébranlable, qu’il expose dans les « Thèses sur l’Assemblée constituante », écrites en décembre 1917 : les intérêts de la révolution sont supérieurs aux droits formels de l’Assemblée. Celle-ci doit se soumettre au gouvernement révolutionnaire ou se démettre. »

C’est exactement ce qu’il fit, de fait, la convocation de l’Assemblée Constituante ne fut qu’une simple formalité, puisque fort logiquement l’Assemblée vota contre la résolution des Bolcheviques, avec une majorité de 237 voix (suite cohérente de l’échec des Bolcheviques aux élections).
Dans la suite logique du résultat des élections, l’Assemblée Constituante désavouait pour la seconde fois, le coup d’État d’Octobre.
Mais Lénine ayant définitivement décidé d’imposer par la violence, son dogme Idéologique fit donc, purement et simplement, dissoudre l’Assemblée par la force, dans la nuit du 5 au 6 janvier.
La Démocratie en Russie était irrémédiablement enterrée pour les 74 prochaines effroyables années, jusqu’à l’effondrement de l’U.R.S.S., en 1991 !

Pendant ce temps les Romanov étaient enfermés dans le Palais de Tsarskoïe Selo. Après le coup d’État des Bolcheviques, les conditions de vie de la famille Impériale s’étaient considérablement dégradées, suite aux menaces, provocations, injures et humiliations de la part des gardes.
A l’époque du Gouvernement Provisoire, Kerenski avait promis à Nicolas II (une fois que le pouvoir serait stabilisé), que sa famille pourrait vivre comme des citoyens ordinaires.
Mais comme les Jacobins Français avec Louis XVI et Marie-Antoinette en 1793, les Bolcheviques se demandaient que faire, avec Nicolas II et sa famille.
Mais depuis longtemps Lénine avait déjà une idée précise sur cette épineuse question (pages 354 et 355) :

« Longtemps avant que le problème ne se fût trouvé posé, Lénine avait d’ailleurs exprimé une sentence brutale : il faudrait exterminer tous les Romanov, à tout le moins une bonne centaine ! En mars 1918, il n’est pas – officiellement – favorable à un procès, tout en envisageant son éventualité. Mais la situation locale et la guerre civile vont rapidement suggérer une solution extrême. »

Effectivement, toute la famille Romanov fut alors emmenée à Ekaterinbourg dans la maison Ipatiev.
Lénine prit alors la décision d’exterminer sauvagement toute la famille, dans la nuit du 16 juillet 1918.
Le gardes firent alors descendre la famille dans une pièce avec des murs en bois enduits de plâtre, pour éviter que les balles ne ricochent sur les murs.
Un détachement de douze exécuteurs (un pour chaque membre de la famille : l’Impératrice, Nicolas II, les quatre filles, le fils Alexis, plus des proches). Le détachement fit feu et les balles se mirent à siffler, et tout de même à ricocher dans la pièce exiguë. Certains des enfants qui n’étaient pas encore morts, tombèrent au sol, puis furent achevés à coups de baïonnettes et d’une balle dans la tête.
Leurs corps furent plongés dans l’acide afin de faire disparaître toutes traces de ces crimes immondes.
Mais comme l’avait envisagé Lénine, sa volonté d’exterminer TOUTE la famille des Romanov, ne resta pas que sous la forme d’une supputation… En effet, les Bolcheviques traquèrent et tuèrent le plus grand nombre de personnes possible, dans toute la lignée des Romanov (page 358) :

« (…) à Perm, à Alapaevsk, où divers membres de la famille (le grand-duc Michel, le grand-duc Serge Mikhailovitch, les fils du grand-duc Constantin, le prince Vladimir Paley, la grande-duchesse Elisabeth, soeur de l’impératrice) furent tous massacrés. »

Lénine nia bien évidemment toute participation à cette décision, mais précisa cyniquement et ignominieusement que cette décision était nécessaire.
Quant à Trotski, il avait soutenu l’idée d’un Procès public, à l’instar de celui de Louis XVI.
Les Bolcheviques allèrent donc encore plus loin dans l’horreur que « nos » Jacobins, en exécutant sans Procès et dans la barbarie, TOUTE la famille des Romanov, y compris les enfants totalement innocents.

En Conclusion :
Ce double ouvrage de Hélène Carrère d’Encausse représente une étude Historique de qualité et absolument passionnante, sur cette « transition manquée ».
Le seul point sur lequel je ne suis pas pleinement d’accord avec l’auteure, concerne le fait qu’elle pense que dans le contexte d’une Russie « arriérée » et soumise à un Terrorisme omniprésent, le seul choix pour Nicolas II était la voie du Pouvoir Absolu, c’est-à-dire de : l’Autocratie.
Or, l’exemple qui illustre, pour moi, le mieux l’insoutenable régime Autocratique, est celui du « Dimanche Rouge ». Alors qu’une foule de manifestants pacifiques venait soumettre à Nicolas II une supplique…, celui-ci n’a trouvé d’autre mode de réaction que de laisser tirer sur la foule dans, l’indifférence la plus totale !

L’Histoire de Nicolas II et de l’Impératrice nous fait immanquablement penser à celle de Louis XVI et de marie Antoinette, tant leurs destins se ressemblent.
De plus, en constatant le parcours de Nicolas II, torturé entre réformes et sauvegarde du régime Autocratique, je ne peux m’empêcher de penser également aux deux Napoléon. Car suivant les époques de leur règne respectif, eux aussi ont louvoyé entre : Empire, Autocratie (Monarchie absolue), Dictature militaire, mais certainement pas…, Démocratie…

Ce massacre sans Procès de toute la famille Impériale, symbolise parfaitement ce que le système Totalitaire Communiste a perpétré un nombre de fois incalculable, comme Crimes individuels et de masse, d’abord en U.R.S.S, puis à l’échelle Mondiale (Chine, Cambodge, Vietnam, Cuba, Corée du Nord, Pologne, Roumanie, etc.), depuis Octobre 1917.

Pour terminer sur une note de réflexion, voici une dernière citation particulièrement pertinente de Hélène Carrère d’Encausse, sur le Bolchevisme (Communisme) qui a opposé et oppose encore de nos jours (page 365) :

« (…) l’homme et sa conscience libre à l’utopie qui ne connaît que la collectivité et la conscience « dirigée ». »

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