De la dictature des Khmers rouges à l'occupation viêtnamienne de Ken Khun

De la dictature des Khmers rouges à l'occupation viêtnamienne de Ken Khun

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Histoire

Critiqué par Anonyme11, le 18 août 2020 (Inscrit(e) le 18 août 2020, - ans)
La note : 10 étoiles
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Témoignage d'un survivant du monstrueux régime totalitaire communiste de Pol Pot !

Ce témoignage de Kèn Khun est fondamental puisque l’auteur vivait à Phnom-Penh depuis 1970, et donc lors de l’invasion des Khmers Rouges le 17 avril 1975.
Kèn Khun et sa famille ont survécu par « Miracle » à l’enfer des Khmers Rouges. Avant l’invasion de Phnom-Penh par les Khmers Rouges Communistes le 17 avril 1975, Kèn Khun fut enseignant puis membre de l’Institut National de Khmérisation au Ministère de l’Éducation Nationale. Il arriva en France en 1980, sous le statut de réfugié politique.

Le 9 novembre 1953, le Cambodge devint Indépendant en sortant de l' »emprise » du Protectorat Français, sous lequel il était depuis 1863. Après l’illusion d’une courte période de prospérité allant de 1954 jusqu’au début des années 1960, le Prince Norodom Sihanouk conduisit le pays vers un déclin politique et économique particulièrement dommageables : « droits politiques inexistants, libertés surveillées… crise financière. »
Le 18 mars 1970, le Général Lon Nol fut désigné à la tête du gouvernement, chassant ainsi le Prince Norodom Sihanouk du Pouvoir. Cette nouvelle République proclamée le 9 octobre fut gouvernée dans un contexte extrêmement chaotique de Guerre Civile, jusqu’à l’invasion infernale des troupes Communistes Khmers Rouges de Pol Pot à Phnom-Penh, le 17 avril 1975.
A partir de cette date fatidique, tragiquement, le gouffre de l’enfer s’ouvrit béant, sous les pieds de la population Cambodgienne…

Après un dernier bombardement intensif des Khmers Rouges sur Phnom-Penh dans la nuit du 16 au 17 avril 1975, ces inquiétants personnages envahirent la Capitale (page 91) :

« Dans la matinée du 17 avril 1975, j’avais vu pour la première fois des petits hommes des campagnes vêtus de pyjamas noirs, chaussés de sandales découpées dans des pneumatiques et ayant sur la tête la casquette rouge à la Mao Tsé-Toung. Et durant tout le régime khmer rouge, c’était cette manière de s’habiller qui était en vogue aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Elle correspondait à merveille avec l’obligation de penser qu’on devait « Travailler pour mourir et mourir pour rien ». »

Les Phnom-Penhois exultèrent alors en espérant enfin la Libération du Cambodge et la Paix. Mais très rapidement, un sentiment étrange s’empara de la Capitale. En effet, dès 9h30 du matin les Khmers Rouges nommés également « Yothea », ordonnèrent aux habitants d’évacuer la Capitale, sous le fallacieux prétexte décrit par un témoin (page 16) :

« (…) les soldats qui nous chassent de notre maison ne sont pas les nôtres ; mais nous n’aurons pas à aller loin ; on nous fait partir pendant vingt-quatre heures seulement pour ratisser les blocs stratégiques ennemis… »

C’est comme cela que quartier par quartier, Phnom-Penh fut totalement vidée de ses habitants, y compris les hôpitaux et les cliniques dont les malades furent jetés sur les routes quel que fut leur état de santé.
Bref, tout le monde était dirigé vers les campagnes, sous la fausse promesse de pouvoir regagner leurs habitations sous trois jours. Mais en réalité, il s’agissait bel et bien de la déportation massive de l’ensemble de la population du pays : des grandes villes vers les campagnes. En vingt-quatre heures, tout le monde avait tout perdu en laissant derrière eux : leur maison, leurs affaires, et de très nombreuses familles furent séparées ; et nombre d’entre elles devaient être amenées tragiquement, à ne plus jamais se revoir…, et pour cause !
Cet immense flot humain hagard, ne comprenant pas ce qu’organisaient diaboliquement leurs soi-disant « Libérateurs », commençait alors sa longue marche forcée vers les campagnes et la…, Déshumanisation !
Les vélos, les mobylettes, les taxis, les voitures, les camionnettes, etc., côtoyaient les lits roulants extraits de force des hôpitaux, surmontés de malades graves et de vieillards, ainsi que des femmes enceintes expulsées des cliniques. Toutes ces personnes fragilisées par la maladie n’avaient aucune chance de survivre bien longtemps à cette terrible déportation de masse, relevant d’une telle absurdité.
Les malades et les vieillards commençaient à mourir au bord des chemins et les femmes enceintes étaient contraintes d’accoucher n’importe où, au bord des routes, et bien souvent au pied d’un arbre.

Cette Civilisation Cambodgienne du 20ème siècle fut réduite, du jour au lendemain, à un retour forcé à l' »âge de la pierre », par l’Etat-Parti Totalitaire Communiste de Pol Pot (page 92) :

« Mais on a bien vu que les Khmers Rouges ne permettaient pas aux gens de vivre par eux-mêmes, les dépouillant de tous les moyens nécessaires à des hommes de la civilisation moderne : abolition de l’usage de la monnaie, interdiction de la pratique du commerce, destruction des moyens de transport, fermeture des établissements scolaires… Aussi certains osaient déjà appeler les Khmers Rouges les « singes », certains autres les « corbeaux ». »

Chacun devant improviser rapidement pour pouvoir se nourrir, se fabriquer une cabane, etc., le tout encadré par les Khmers Rouges.
Arrivés sur leur lieu de déportation, ces nouveaux esclaves découvrirent le travail forcé dans les champs et les rizières. Les séances de reconditionnement et de « purification de l’esprit » s’organisèrent, afin que le Peuple Cambodgien se détachât du bien être matériel antérieur.
Kèn Khun comprit alors instinctivement que la seule possibilité de survivre dans ces conditions Inhumaines, était l’adaptation, imposée par le Parti Communiste du Kampuchéa, nommé également l’Angkar et dirigé par les tortionnaires : Pol Pot, Ieng Sary, Khieu Samphân… (pages 39 et 40) :

« La réunion me montra encore plus la bonne voie de l’Angkar. Consciemment je considérais le danger qui pourrait arriver à quiconque ne travaillerait pas bien. Mon devoir était d’être toujours docile et d’accepter tous les travaux qu’on m’ordonnerait d’accomplir ; et sincèrement je pensais qu’en me soumettant bien aux ordres, je bénéficierais de la pitié de certains cadres khmers rouges. »

La famine généralisée s’installa durablement et le Cambodge était transformé en un camp de concentration à ciel ouvert. Les gens commençaient à mourir en grands nombres : de faim, de maladie, d’épuisement… (pages 47 et 48) :

« Et ces chantiers étaient mobiles et changeants. Nous parcourions presque toutes les parcelles du « bout des rivières », cette contrée inhabitée. Le pire était que nous devions travailler toute la journée dans l’eau, trempés, surtout lorsqu’il s’agissait d’enlever les herbes nuisibles des champs de riz et aussi des champs non cultivés, ou aussi de détruire les liserons d’eau tant qu’ils étaient encore flottants sur la nappe liquide.
(…) Nous travaillâmes donc, pendant un mois, trempés dans l’eau selon la volonté de l’Angkar qui, au lieu de nous trouver un moyen plus commode, nous y obligeait. Un mois de corvée qui suffit à me rendre malade : je contractai le paludisme avec une fièvre quotidienne. Du 1er au 21 novembre inclus, tous les jours à partir de neuf heures, je souffrais d’une courbature atroce suivie d’une température encore plus atroce. A la longue, l’excès de température me faisait vivre dans des délires affreux. Faute de médicaments appropriés, je devais me contenter des pilules fabriquées par l’Angkar, les « excréments de lapin » les appelait-on ironiquement, mais pas en présence des cadres khmers rouges. Au lieu de m’apaiser quelque peu, ces pilules me faisaient en plus mal au ventre. A chaque accès de fièvre, mes entrailles paraissaient se concentrer en un seul bloc et me tiraillaient simultanément aux rythmes des courbatures. Souvent je criais et pleurais comme un enfant ; et cela au grand désespoir de ma femme. »

Un jour un cadre du Parti Communiste de l’Angkar fit une visite d’inspection dans le camp de Troeuil-Sla, dans lequel était Kèn Khun, et proféra devant l’assemblée des paroles ignobles (page 54) :

« Pendant des jours tout le monde s’étonna des paroles d’un cadre supérieur qui était venu visiter Troeuil-Sla et qui avait dit : « Les gens de Troeuil-Sla sont encore bien robustes ; on ne voit pas encore la saillie de leurs genoux ». Paroles cruelles, qui faisaient allusion à la maigreur squelettique voulue par l’Angkar et qui mettaient en colère même les anciens du village. »

Comme dans tous les régimes Totalitaires Communistes, le système s’appuyait largement sur l’embrigadement des jeunes enfants pour en faire des enfants-soldats. Ne pas éduquer la jeunesse était un « excellent moyen » d’endoctriner, de former et d’aliéner des êtres humains à l’Idéologie Totalitaire Communiste. Ces enfants devenus extrêmement violents étaient utilisés par les Khmers Rouges pour servir de soldats et de Gardes Rouges afin de surveiller les prisonniers dans les camps d’extermination et de travail.
Puis, ce fut au tour du fils de Kèn Khun alors âgé de seulement 8 ans (avec d’autres enfants), d’être embrigadé dans l’Armée Khmer Rouge, et de devenir ainsi un : « enfant de l’Angkar bien discipliné… ».
La séparation fut terrible pour toute la famille.

Le régime Communiste Khmer Rouge de Pol Pot d’obédience « classiquement » Marxiste-Léniniste, s’inspirait tout particulièrement des récentes (à l’époque) persécutions de masse Maoïstes, en Chine ; celles du « Grand Bond en Avant » et de la « Révolution Culturelle » (page 112) :

« Mais du massacre des anciens fonctionnaires et des anciens commerçants résultaient la fin du fonctionnement des établissements scolaires, des dispensaires et des hôpitaux, la fin de toute infrastructure économique, la fin de toutes les formations politiques autres que le parti communiste de Pol Pot. De même l’interdiction de la pratique religieuse, avec le massacre des bouddhistes, des chrétiens et des musulmans et la destruction des pagodes, des églises et des mosquées, entraînèrent la fin de la vie religieuse chère aux Cambodgiens. C’était la « révolution culturelle » qui s’attaquait également à la tradition cambodgienne déjà séculaire. »

Le jeune Touch témoigne de la manière dont les imaginaires « ennemis de classe » étaient exécutés (page 117) :

« Juste après le 17 avril 1975, je devins chauffeur de camion malgré mon ignorance totale de la mécanique et de la conduite. Je servais de transporteur de personnes, hommes, femmes et enfants, de la ville de Battambang vers les lieux de massacre. C’était surtout dans les terrains découverts des forêts bordant la route reliant Battambang et Païlin. Les Khmers Rouges ligotaient toujours leurs prisonniers et les faisaient se mettre bien alignés avant de les fusiller d’une seule rafale. Chaque fois que le nombre des gens à abattre était assez important, il y en avait toujours quelques-uns qui tombaient blessés sans avoir perdu connaissance. Parfois certains de ces derniers criaient et injuriaient même les Khmers Rouges. Et les « Yothea-bourreaux » les laissaient mourir ainsi. C’était leur façon d’économiser les balles. Tout d’abord je trouvais ces scènes de massacres atroces. Mais à la longue je devins quasi insensible et les cris de douleur ne m’émouvaient pas souvent… »

Dans le cadre de ce système Totalitaires Communiste de l’Angkar, intrinsèquement criminogène, une foultitude de personnes furent exécutées par la perfidie des Khmers Rouges. En effet, durant ce Génocide, l’une de leurs ignobles stratégies exterminatrices consistait à composer des listes proposant aux déportés de rependre le travail à Phnom-Penh. Mais dans l’esprit pervers et primitif des Khmers Rouges, vouloir retourner dans la Capitale ou dans une grande ville Cambodgienne, cela signifiait retourner dans l’ancien monde « réactionnaire » et « Capitaliste ». Au final, les personnes s’inscrivant sur ces listes, en toute sincérité, ne pouvaient pas avoir consciences qu’en réalité, elles « signaient leur arrêt de mort » et finissaient arrêtées et pour la plupart…, fusillées.
Mais cela relevait uniquement d’un « jeu » à caractère Terroriste particulièrement sadique, puisque la plupart du temps, les Khmers Rouges ne s’embarrassaient pas de prétextes ou de justifications, pour effectuer leurs arrestations arbitraires et exécutions sommaires !
Certaines expressions servaient à généraliser la Peur et à Terroriser la population, comme (pages 118 et 119) :

« »Laot-Dâm », littéralement, équivaut en français à « forger » ; mais cette expression a été utilisée d’une manière fort ambiguë et voulait dire, selon le contexte, rééduquer, imposer la réadaptation, se réadapter, s’abrutir, punir… Ci-dessous des exemples d’explication faite par les cadres khmers rouges pour faire comprendre « Laot-Dâm » :
« Vous avez l’habitude de manger de bonnes choses dans des restaurants de luxe, il faut que vous l’abandonniez et fassiez comme nous qui ne mangeons que pour bien travailler. Vous devez donc vous adapter à notre habitude… »Laot-Dâm ».
« Vous portiez de beaux habits et des bijoux de valeur, laissez-les tomber ; donnez vos bijoux à l’Angkar puisqu’ils ne vous servent plus à rien… »Laot-Dâm ».
« Vous couchiez dans des chambres luxueuses avec des lits confortablement garnis…, n’y pensez plus… »Laot-Dâm ».
« Vous aviez l’honneur de la boue, des marécages, des broussailles, de la chaleur, du froid, de la pluie, du vent…, l’Angkar vous demande de savoir vous mêler à ces choses naturelles sans répugnance… »Laot-Dâm ».
« Vous aviez le droit d’agir en toute liberté ; maintenant sachez que la liberté soutenue par l’Angkar est la meilleure et la plus pure ; vous devez donc vous laisser conduire vers cette noble liberté… »Laot-Dâm ».
« S’il le faut, vous devez vous sacrifier pour la cause de la révolution ; si vous tombiez d’épuisement sur un chantier, ce serait pour vous un grand honneur… »Laot-Dâm ».
« Un individu est récalcitrant ; l’Angkar a le devoir de le corriger en lui apprenant à se corriger lui-même… »Laot-Dâm ».
« Un individu a commis une faute grave ; il mérite d’être puni… »Laot-Dâm »…
Et les gens du commun utilisaient d’une manière ironique le terme « Laot-Dâm », chaque fois qu’eux-mêmes ou les leurs devaient faire quelque chose de pénible, de répugnant, de dangereux…

« Kâr-Sang », une autre expression assez ambiguë qui a pour équivalent en français « construire », signifiait, durant le régime de Pol Pot, rééduquer, se rééduquer, punir, se soumettre à un conseil de discipline.

« Rien-Saut », expression équivalent à « apprendre » a été utilisée par les Khmers Rouges aussi bien au sens propre que comme piège : amener quelqu’un à l’apprentissage voulait dire parfois le conduire à la mort. »

Entre le 17 mars 1977 et décembre 1978, Kèn Khun travailla tous les jours pendant 20 mois, de 5 heures du matin à 22 heures, sans répit.

Puis, l’auteur nous présente de nombreux témoignages plus horribles les uns que les autres. Pour synthétiser le comble de l’horreur, voici quelques exemples de témoignages : comme celui de cet étudiant en médecine avant 1975. Durant le Génocide, il était situé à Prasat, dans le district de Pranet-Preah dans la région de Battambang (page 123) :

« … Souvent j’étais obligé d’aider les cadres khmers rouges à établir la liste de ceux qui devaient être tués. On tuait sans cesse des hommes et des femmes pour en faire de l’engrais. On les enterrait dans les fosses communes qui étaient omniprésentes dans les champs de cultures, surtout ceux de manioc. Souvent en arrachant les tubercules de manioc, on déterrait un os frontal humain à travers les orbites duquel passaient les racines de la plante vivrière… ». »

Toujours à Leach, dans la province de Pursat… (page 123) :

« Le cas de la famille Sun-Chhai : deux filles seules ont survécu sur une famille de douze personnes. »

Voici un autre témoignage (page 126) :

« M.N.K., un jeune étudiant en droit :
« J’ai vu les cadavres après les massacres de Tuol-Rominh, village de Russey (district de Kompong-Trâbèk) : les « Yothea » fusillaient les hommes et les femmes dont ils abandonnaient les corps qui encombraient la plaine et qui, quelques jours après, lorsque les eaux des crues arrivèrent, flottaient serrés les uns contre les autres. Quant aux petits enfants, les Khmers Rouges les saisissaient par les pieds, les cognaient bien fort contre le tronc d’un banian et les jetaient enfin dans un grand bassin qui fut bientôt rempli de petits corps jusqu’au bord. Leur sang se coagulait, adhérait à l’écorce de l’arbre et se voyait longtemps après le massacre. Je peux estimer à environ deux mille les hommes, les femmes et les enfants tués à Tuol-Rominh ». »

Puis s’ensuit le témoignage d’un ancien professeur de Prey-Vèng, au village de Krâchap, dans la commune de Peam-Montea, et dans le district de Kompong-Trâbèk (page 127) :

« Le 16 décembre 1975, les Khmers Rouges m’arrêtèrent avec une centaine d’autres fonctionnaires. Ils nous amenèrent à la prison de Mrinh, située à environ cinq kilomètres à l’est du chef-lieu de district de Kompong-Trâbèk. Ils faisaient entrer les captifs dans la prison et leur passaient des menottes dont le grincement était perçu à l’extérieur. J’étais le dernier de la file à attendre mon tour et je méditais sur ma mort, notre mort fatale, lorsque enfin les cerbères de Pol Pot se tournèrent vers moi, quelque peu surpris de mon aspect physique car je suis albinos et myope. Au lieu de me faire entrer dans la prison, ils me posèrent des questions alors qu’ils n’avaient rien demandé à personne. Puis un « Yothea » me dit : « Retourne à ton village » et ordonna à trois hommes armés de fusils AK.47 : « Ramenez-le ». Je crus que c’était ma dernière heure, m’imaginant qu' »être le dernier de la file » équivalait à « être le premier qu’on allait mettre à mort ». Mais les miliciens, en me reconduisant, ne s’écartaient pas du chemin de retour… Et je fus le seul survivant des arrêtés du moment ; car tous les autres membres de ce contingent d’anciens fonctionnaires et de militaires moururent les uns après les autres. Les Khmers Rouges se tournèrent ensuite vers tous ceux qu’ils jugeaient susceptibles d’être des « réactionnaires » : anciens commerçants, anciens étudiants… Je vis souvent des hommes et des femmes menés à la tuerie du lieu-dit Tuol-Ta-Am, où les fosses communes s’alignaient les unes contre les autres. Les massacres se poursuivirent jusqu’à la fin de 1977″. »

Également le témoignage à Kompong-Cham, d’un ancien instituteur (pages 129 et 130) :

« (…) Arrivé au lieu prévu dans la clairière, à environ deux kilomètres du champ de choux, le conducteur fit descendre la malheureuse femme. A peine la charrette repartie, quatre « Yothea » qui l’attendaient vinrent à la rencontre de la pauvre Pech. Je m’arrêtai et me cachai sans pourtant les perdre de vue. Il était déjà midi. Les quatre hommes vêtus de noir ordonnèrent à la dame de se déshabiller. Celle-ci se mit à pleurer, mais elle dut s’exécuter. Les soldats khmers rouges la couchèrent à terre et la violèrent l’un après l’autre… Pas un cri, ni aucun bruit ne m’était perceptible, même si je restais au même endroit, retenu par la curiosité. J’avais l’impression que la dame Pech s’était évanouie après avoir servi aux quatre hommes pendant plus d’une heure. Puis ces brutes lui enfoncèrent des baïonnettes dans le sexe et dans la poitrine et la firent basculer dans la fosse préparée à côté. »
« La dame Pech gît dans une fosse individuelle, alors que presque tous les autres tués sont enterrés dans des fosses communes. Et ces dernières étaient nombreuses au lieu-dit Chamcar-Tapom, surtout dans la plantation d’hévéas, creusées après qu’on eut utilisé dix vieux puits profonds. »

A Siem-Reap, dans le district de Dam-Dèk, un ancien fonctionnaire prisonnier des Khmers Rouges, décrit l’horreur (page 131) :

« (…) Quant aux autres prisonniers, on leur faisait subir des tortures répétées pendant des interrogatoires plusieurs fois renouvelés, en général jusqu’à leur dernière heure. Les bourreaux les attachaient et les suspendaient aux pannes du toit, les balançaient pour leur donner des mouvements de pendule et pour enfin leur distribuer des coups de cadenas, de crosse de fusil… des coups de pied. Les prisonniers malades et les plus affaiblis mouraient les premiers ; et des soixante détenus, torturés parce que c’étaient d’anciens professeurs, d’anciens militaires…, il ne resta que douze survivants dont moi-même.
Ce qui nous émouvait le plus, c’était le sort de vingt petits enfants, surtout ceux des gens déportés après le 17 avril 1975. Ces enfants ont volé parce qu’ils avaient trop faim. On les avait arrêtés non pour les punir mais pour les mettre à mort d’une manière fort sauvage :
– les gardiens de prison les frappaient ou leur donnaient des coups de pied jusqu’à ce qu’ils en meurent,
– ils faisaient d’eux des jouets vivants en les attachant par les pieds, les suspendaient à la toiture, les balançaient, puis essayaient de les stabiliser à coups de pied,
– près de la prison il y avait une mare ; les bourreaux y jetaient des petits prisonniers, les immergeaient avec leurs pieds et quand ces malheureux étaient en convulsion, ils laissaient leur tête émerger mais recommençaient tout de suite à les enfoncer dans l’eau. »

Dans ce Cambodge martyrisé, il y eut localement quelques tentatives d’insurrection, mais les prisonniers étaient trop disséminés et pas suffisamment nombreux, toutes ces tentatives désespérées échouèrent en ayant des conséquences terribles pour les insurgés, puisqu’ils étaient rattrapés et exterminés !
De plus, les espions et délateurs étaient tellement nombreux, que les fuites concernant les tentatives d’évasions ou de révoltes étaient fréquentes, et là encore, avec des conséquences fatales pour ceux qui préparaient ces actions de rébellion.

En 1979, ce fut l’invasion Communiste Vietnamienne qui s’empara progressivement du Cambodge. A la Terreur de masse Communiste de Pol Pot, succéda celle des Communistes Vietnamiens, car toujours fondée sur la même Idéologie et les mêmes moyens de Terreur. Les Vietminh (Communistes Vietnamiens) envahirent donc Phnom-Penh, à leur tour, le 7 janvier 1979.
Durant la débâcle, Kèn Khun et sa famille réussirent à s’enfuir…
Durant cette invasion et occupation du Cambodge par les Vietminh, après un très long périple semé d’embûches, Kèn Khun et sa famille arrivèrent à la frontière Est de la Thaïlande et furent pris en charge par l’U.N.H.C.R. (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés).

En conclusion :
Pour Kèn Khun, si les trois « Grands » Etats suivants : les Etats-Unis, la République Populaire de Chine (en clair : le régime Totalitaire Communiste de Mao) et l’U.R.S.S., n’étaient pas intervenus pour armer massivement les dirigeants Khmers de tous bords, durant la Guerre Civile entre 1970 et 1975, cela aurait certainement limité la violence massive par les armes (bombardiers B 52, avions de chasse F111, fusils PM, roquettes de 120 mm, etc.) durant cette terrible Guerre Civile qui précéda le Génocide. Mais bien évidemment, cela n’aurait pas empêché le Génocide par les Khmers Rouges, de se produire.
L’auteur constate également que l’O.N.U. se trouve souvent bien impuissante à régler des conflits dans le monde.
Depuis la fin du régime Totalitaire Communiste de Pol Pot, puis la domination non moins Terroriste sous l’occupation Vietnamienne, le Cambodge vit perpétuellement dans une totale instabilité Politique. Et à ce jour, nul n’est capable de prévoir : quand le Cambodge connaîtra enfin un régime Démocratique, de paix et de Liberté…

Ce tragique Génocide Cambodgien ne s’est pas déroulé, il y a mille ans, ni même 500 ans, mais il y a de cela un peu plus de 30 ans seulement, dans l’indifférence mondiale la plus totale. J’étais enfant à cette époque, et je n’avais aucune conscience que pendant que mon existence se déroulait paisiblement en France, dans un coin du monde, au Cambodge, se produisait l’innommable : un Génocide gigantesque faisant près de 2 millions de tués sur une population totale de 8 millions d’habitants, soit presque 25 % de la population qui fut exterminée, en seulement 5 années !
Mais aujourd’hui, je suis en âge de dire qu’il existe, entre autres, de nos jours, le régime Totalitaire Communiste le plus dur et le plus fermé de la planète : celui de la Corée du Nord. Et là encore, les Instances Internationales restent totalement sourdes aux cris de désespoir étouffés du Peuple Nord-Coréen. Tragique ironie de la situation, sous prétexte que tant que le Peuple Nord-Coréen n’aura pas la possibilité de demander de l’aide afin de déclencher un éventuel Devoir d’Ingérence International, la tyrannie familiale des « Kim » pourra continuer d’imposer sa domination totale sur un Peuple complètement Terrorisé et persécuté depuis plus de 60 ans !

En tapant ces lignes relevant d’un degré insondable de barbarie, j’ai eu de nombreuses fois, la nausée. J’ai hésité un court instant, me demandant si je devais recopier ces extraits de témoignages. Et finalement, je pense que cela est nécessaire, voire indispensable pour…, le Devoir de Mémoire…

Confer également les précieux témoignages sur le thème du Totalitarisme, de :
– Alexandre Soljénitsyne (L’archipel du Goulag) ;
– Alexandre Soljénitsyne (Une journée d’Ivan Denissovitch) ;
– Jacques Rossi (Qu’elle était belle cette utopie !) ;
– Jacques Rossi (Le manuel du Goulag) ;
– Evguénia S. Guinzbourg (Le vertige Tome 1 et Le ciel de la Kolyma Tome 2) ;
– Margarete Buber-Neumann (Déportée en Sibérie Tome 1 et Déportée à Ravensbrück Tome 2) ;
– Iouri Tchirkov (C’était ainsi… Un adolescent au Goulag) ;
– Boris Chiriaev (La veilleuse des Solovki) ;
– Malay Phcar (Une enfance en enfer : Cambodge, 17 avril 1975 – 8 mars 1980) ;
– Sergueï Melgounov (La Terreur rouge en Russie : 1918 – 1924) ;
– Zinaïda Hippius (Journal sous la Terreur) ;
– Jean Pasqualini (Prisonnier de Mao) ;
– Kang Chol-Hwan (Les aquariums de Pyongyang : dix ans au Goulag Nord-Coréen) ;
– Aron Gabor (Le cri de la Taïga) ;
– Varlam Chalamov (Récits de la Kolyma) ;
– Lev Razgon (La vie sans lendemains) ;
– Pin Yathay (Tu vivras, mon fils) ;
– Ante Ciliga (Dix ans au pays du mensonge déconcertant) ;
– Gustaw Herling (Un monde à part) ;
– David Rousset (L’Univers concentrationnaire) ;
– Joseph Czapski (Souvenirs de Starobielsk) ;
– Barbara Skarga (Une absurde cruauté) ;
– Claire Ly (Revenue de l’enfer) ;
– Primo Levi (Si c’est un homme) ;
– Primo Levi (Les naufragés et les rescapés : quarante ans après Auschwitz) ;
– Harry Wu (LAOGAI, le goulag chinois) ;
– Shlomo Venezia (Sonderkommando : Dans l’enfer des chambres à gaz) ;
– Anastassia Lyssyvets (Raconte la vie heureuse… : Souvenirs d’une survivante de la Grande Famine en Ukraine) ;
– François Ponchaud (Cambodge année zéro) ;
– Sozerko Malsagov et Nikolaï Kisselev-Gromov (Aux origines du Goulag, récits des îles solovki : L’île de l’enfer, suivi de : Les camps de la mort en URSS) ;
– François Bizot (Le Portail) ;
– François Bizot (Le silence du bourreau) ;
– Marine Buissonnière et Sophie Delaunay (Je regrette d’être né là-bas : Corée du Nord : l’enfer et l’exil) ;
– Juliette Morillot et Dorian Malovic (Evadés de Corée du Nord : Témoignages) ;
– Barbara Demick (Vies ordinaires en Corée du Nord) ;
– Nien Cheng (Vie et mort à Shanghai).

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Les éditions

  • De la dictature des Khmers rouges à l'occupation viêtnamienne
    de Khun, Ken
    l'Harmattan
    ISBN : 9782738425966 ; 20,85 € ; 01/07/1994 ; 238 p. ; Broché
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