Les démons de Simon Liberati

Les démons de Simon Liberati

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Krysaline, le 12 juillet 2020 (Paris, Inscrite le 26 septembre 2017, 55 ans)
La note : 9 étoiles
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Sexe, drogues et décadence

De Simon Libérati, je n'ai lu que « California Girls », et quel bouquin !!! J'avais littéralement « a-do-ré » et il est resté dans mon top ten d'ailleurs ! Certes, c'était plutôt pour le sujet que je m'étais penché sur ce récit (en non pour l'auteur que je découvrais alors…), mais cette fois-ci c'est bien pour l'écrivain que j'ai choisi de chroniquer ce livre…

D'ailleurs au passage, je remercie les Editions Stock et la plateforme Netgalley pour leur confiance et pour m'avoir permis de découvrir « les démons » en avant-première !

Alors, ce livre, il est assez difficile d'en parler, car il se passe de mots et de commentaires. C'est un roman d'atmosphère, d'ambiance, de connivence entre les personnages. Qui se lit comme on respire, d'une traite.

Les personnages sont multiples et ont eux-mêmes aussi de multiples facettes. Les trois héros principaux plus un « satellitaire » sont : Serge, Taïné et Alexis, la fratrie des Tcherepakine, des russes blancs échoués à Paris. Riches, ils n'ont pas besoin de travailler. Ils trainent donc leur jeunesse et leur ennui, de bar en fêtes, de soirées en journées qui s'étirent mollement. Car ils s'ennuient… au point de tomber directement dans les pires turpitudes, les pires déliquescences. de provocations en défis toujours plus « dangereux » et sulfureux, ils entretiennent leur décadence et soignent leurs dérives.

Taïné est belle et influençable. Serge son frère a beaucoup d'emprise sur elle. Il en profite pour instaurer entre eux une relation sulfureuse, à la toute limite de l'inceste. Taïné est mariée jeune à un homme qui ne la touche que pour la sodomie. Taïné n'a pas de « repères » moraux, si ce n'est ceux de son frère…

Lorsque celui-ci décède lors d'un accident et que Taïné, rescapée, reste défigurée, sa vie va basculer dans la décadence et la débauche et l'amoralité totale dans laquelle elle se jette à corps perdu.

Il y a aussi, le jeune frère, Alexis : provocant, plus décadent encore s'il en est, homosexuel, complètement fou et incontrôlable. Celui-ci vit en marge de ses deux ainés, mais les copie en tous points tout en cherchant à aller plus loin encore.

Le fameux personnage « satellitaire » de l'histoire, Donatien, va jouer à la fois un rôle de mauvais génie et de « sauveteur ». C'est lui, qui en secret, paiera les onéreuses opérations de chirurgie réparatrice de Taïné aux États-Unis. En fait, il espère se marier avec elle. Amour ? Vénalité ? On est en droit de se poser la question, car celui-ci entretien par ailleurs des relations homosexuelles, donc la frontière est plus que floue.

Flou, tout l'est dans ce roman, rythmé par les aventures troubles des personnages. Tous portent des masques (qui représentent des démons ou qui les cachent ?) qu'on n'arrive pas toujours à cerner. Ces personnages cherchent d'ailleurs à s'en affranchir avec plus au moins de succès. Certains y parviendront, d'autres non. C'est une quête de soi aussi à travers des chemins chaotiques et prohibés. Aller jusqu'au bout de soi-même, de ses possibilités dans l'abject, la dépravation et les excès. Toucher le fond pour mieux renaitre… peut-être.

Tout ce beau monde va côtoyer quelques écrivains à la mode à l'époque, Truman Capote, l'américain, Elsa Triolet, Aragon et tant d'autres. Cela situe l'époque. Celle de la fin des Sixties, 1967 exactement. Ils se posent ainsi en précurseurs de la future révolution et libération sexuelle qui aura lieu en 68.

Ce roman est une belle réussite. Il se lit bien et vite. J'ai ressenti néanmoins quelques longueurs où j'ai eu une impression de redite. Mais l'écriture est claire, sans fioriture. Parfois concise et très directe. On y note quelques envolées poétiques au travers des brouillards d'alcool et d'opium dans lesquels baignent les personnages. La plume est languissante et indolente quand il le faut, mais pas trop. Il arrive à nous faire ressentir les atmosphères poisseuses (en Thaïlande par exemple), les sentiments ambivalents des personnages. On est plongé au coeur même des intrigues et des manipulations des protagonistes.

Je n'ai ressenti par contre aucune empathie, pour aucun des personnages. Je les ai trouvé tous plus « répugnants » les uns que les autres avec leurs sales petits secrets. Seule Odette, la grand-mère, a suscité chez moi un peu de sympathie. Mais, il n'est nul besoin d'aimer les personnages pour en apprécier leur histoire. L'histoire d'une époque qui se termine, qui s'échoue, qui se perd et qui se noie. L'histoire d'une obsolescence prévisible et programmée.

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