La voie blanche : A la rencontre d'un art millénaire
de Edmund De Waal

critiqué par Colen8, le 9 juillet 2020
( - 80 ans)


La note:  étoiles
Une histoire et une passion, la porcelaine
Lecture savoureuse, dépaysement pittoresque entre orient et occident dans cette longue histoire de la porcelaine considérée un temps comme « l’or blanc ». Une histoire mouvementée qui prend parfois l’allure d’un roman d’aventures fertile en rebondissements mêlant l’autobiographie de l’auteur et sa quête des origines apparentée à une course au trésor. Jingdezhen, ville chinoise sise à proximité d’abondants gisements argileux de kaolin et de pétunsé a vu la naissance, la prolifération des techniques de fabrication, la multiplication des décors de la précieuse industrie, dont elle reste huit cents ans plus tard la capitale mondiale.
Parvenue en Europe à l’occasion des échanges de cadeaux entre monarques elle suscite l’engouement des plus riches, éveille la curiosité des chercheurs et autres alchimistes en tous genres. Sa finesse, sa transparence à la lumière rejoignent les spéculations des savants philosophes plongés dans les propriétés de l’optique, Leibniz, Spinoza, Newton tandis qu’un ancien précepteur du fils de Colbert s’octroie les faveurs de l’Electeur de Saxe avec le projet d’en découvrir les secrets, une tâche qui avec l’aide d’un apprenti roublard l’occupera jusqu’à la fin de sa vie sans même lui valoir de notoriété posthume.
Les écrits dûment documentés des missionnaires jésuites en Chine qui ont eu tout loisir pour en expliquer les modes de fabrication ne suffiront pas. Il faudra des siècles, des dépenses faramineuses, avant qu’à Dresde, à Delft, à Plymouth, quelques obsédés parviennent à produire après de longs tâtonnements leurs premières pièces de porcelaine sans pour autant égaler leurs homologues chinoises et japonaises. Il faudra même importer des matériaux en provenance des territoires des indiens Cherokee, les ajouter aux argiles de Cornouailles avant d’aboutir à la prestigieuse porcelaine de Wedgwood.
L’épopée se poursuit, revient en Allemagne sous le Troisième Reich dans le camp de concentration de Dachau mobilisé au service d’Himmler pour sa manufacture d’Allach. Edmund De Waal artiste potier en céramique sait de quoi il parle en décrivant ses pérégrinations, ses réflexions et ses patientes investigations. Il fait référence en même temps et en toile de fond à sa propre vocation ressentie tout gamin, à ses rêves et ses échecs avant de connaître la célébrité, avant d’être appelé à présenter le fruit de ses réalisations dans son exposition à Cambridge ouverte aux collectionneurs de porcelaine.
Nb : Voir ce lien éclairant l’approche de Josée Kamoun pour la traduction des textes littéraires, dont celle de cette « Voie blanche » très réussie : http://encres-vagabondes.com/rencontre/kamoun.htm/