L'immortalité de Milan Kundera

L'immortalité de Milan Kundera
( Nesmrtelnost)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Lézard, le 30 juillet 2004 (Genval, Inscrit le 29 janvier 2004, 33 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 220ème position).
Visites : 5 508  (depuis Novembre 2007)

L'Opus du maître

Tout commence par le Geste.
La séduction est partie de la Femme, même âgée, même victime du temps, du creux de son âme, le Geste.

Ainsi débute le questionnement de Milan Kundera sur l'immortalité. Il ne s'agit pas de surface mais bien d'impitoyable réflexion : profonde, touchante, d'une simplicité pourtant sans pareil car elle se rapproche de l'absolu. Par l'immortalité, Kundera touche le firmament.

Tout y passera et longtemps après avoir refermé le livre, les pensées restent, sous-jacentes, une force tranquille. Et longtemps après les images métaphorisées des larmes coulant sous les lunettes noires, ou ce premier Geste resteront gravées, pénétrantes mais impénétrables.

Qui de nous s'écoute, sera touché. Car il faut bien l'avouer, pour aimer Kundera il faut accepter ses faiblesses et les reconnaître dans la plume du maître pour que jaillissantes, on puisse en rire, aux larmes, y réfléchir, avancer, se complexifier, nous faire un peu plus nous.

Si pourtant las de l'auteur vous êtes, prenez simplement l'oeuvre dans vos mains et lisez les titres des chapitres ainsi que leurs sous-titres : charmé sans aucun doute, vous serez.

Qu'est-ce que l'imagologie?
Qui aurait pu parler de l'immortalité risible?
Qui, avec tant de lucidité aurait pu décrire nos manières d'appréhender l'acte sexuel?

"Il l'aimait et pourtant, il avait honte d'elle. Il se sentait bien avec elle mais seulement dans les moments où il oubliait qu'il avait honte d'elle..."

Et cette question posée à un couple:

"Dans cette prochaine vie, voulez-vous rester ensemble ou ne plus vous rencontrer?"

Mon coeur se tord en parcourant ces quelques pages une nouvelle fois.

Mais à côté du talent, l'infinie beauté du roman réside en le fait qu'il est fruit d'un travail de Titan. Tout y est réfléchi, structuré, une idée en appelant une autre et chaque phrase trouve son pendant, sa cause, sa conséquence. A l'image de nos textes latins que nous traduisions, chaque parenthèse ouverte se verra refermée, enlaçant en son giron, d'autres parenthèses toujours plus poignantes.

Beaucoup parlent de l'insoutenable légèreté de l'être comme étant le livre de Kundera à côté duquel il ne faut pas passer sans le lire. L'immortalité est sans conteste l'irremplaçable.

De plus, tout à fait abordable.

Et je terminerai en le citant :

"Et les appareils photographiques étaient braqués sur lui, en tant que leur propre essence immatérialisée..."

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La petite me conviendra.

10 étoiles

Critique de Anthe (, Inscrit(e) le 7 novembre 2011, - ans) - 26 janvier 2012

La petite? La petite immortalité, bien-sûr. Car Kundera, dont c'est ici selon moi le meilleur livre ( je ne dirais pas roman ) en distingue deux : la grande est réservée aux personnes connues de tous, qui ont laissé une trace, une oeuvre, une découverte importante pour l'humanité. Bien peu d'entre nous peuvent revendiquer cette célébrité, mais avouons avoir le désir secret que nous quitterons cette ( difficile et parfois risible, futile) vie en laissant dans l'esprit des gens qui nous ont connu un souvenir peut-être pas impérissable mais du moins marquant et pourquoi pas, comme celui de quelqu'un qui a changé le cours de leur existence ou lui ont appris à " être " autrement.

Ce récit profond est comique, si on le lit un degré au-dessus duquel on a l'habitude de lire les livres. Je pense particulièrement à cette personne qui, n'osant pas quitter la table d'un notoire pour aller aux toilettes, est mort parce que sa vessie a éclaté! Ou bien cette candidate au suicide au milieu de l'autoroute qui provoque plusieurs accidents de conducteurs voulant l'éviter..... partis dans le fossé! les idiots ....puis aussi ce choix que fait Agnès face au peloton d'exécution : ce n'est pas son époux qu'elle choisit d'épargner, mais bien son enfant, et encore un de ses deux enfants.
Il y a des exemples à foison, qui laissent entrevoir que Kundera a beaucoup souffert : du régime communiste, du manque d'amour entre partenaires, du manque de reconnaissance de sa patrie d'origine, de l'aspect perpétuellement changeant du " vivant ", de l'image qu'on croit donner de soi et qui se révèle complètement différente aux yeux des autres.

Je n'ai pas lu tout Kundera, mais "L'immortalité ", je l'ai lu deux fois, à peu de temps d'intervalle. Il est tellement riche et les parties-chapitres étant apparemment sans lien les uns avec les autres, l'idée conductrice reste cette immortalité vécue comme réconfortante; je ne me lasse pas des situations et personnages proposés par l'auteur. C'est comme un bon disque qu'on use jusqu'au grésillement inaudible, écouté et réécouté infiniment, eh bien je relirai ce Kundera jusqu'à ce que le coin des pages soit troué à force de les avoir tournées.

Le dernier continent

10 étoiles

Critique de Radetsky (Massieu, Inscrit le 13 août 2009, 74 ans) - 13 septembre 2011

L'immortalité, ou la dernière frontière... ou la Toison d'Or, ou que sais-je encore ? L'humanité vit les yeux rivés sur cette chimère et tout en est imprégné, badigeonné de "jeunisme" et de cosmétiques. Mme Bettencourt peut dormir tranquille, l'Oréal n'est pas prêt de faire faillite. Mais de quoi est faite la vie, concrètement ?
CatPower termine ainsi sa critique : "...la nullité de la vie de ses protagonistes..." C'est précisément là l'essentiel. Et le contraste est immense entre les prétentions humaines, si misérables au bout du compte, et les rêves ultimes de l'espèce. Personne n'y échappe, du balayeur au prix Nobel. N'oublions pas : Kundera est un transfuge, un de ceux, très rares, qui ont eu la chance de connaître plusieurs situations politiques, plusieurs cultures, de vivre et penser dans plusieurs langues. Ses ex-concitoyens tchécoslovaques, il les renvoie à l'universelle médiocrité de l'existence en ce "monde libre" dans les bras duquel ils viennent de tomber, comme à l'immense médiocrité des existences sous le "socialisme réel"...Alors, tout ça pour en arriver là ? Toute l'oeuvre de Kundera procède d'une critique de la modernité dans ses manifestations les plus mesquines, les plus infimes. Et les petits calculs sordides, même en matière de sexe, ne sont que le reflet des vies mutilées.

Prétention ?

5 étoiles

Critique de Lejak (Metz, Inscrit le 24 septembre 2007, 43 ans) - 12 septembre 2011

Intention de prétention ?
En tous cas, sentiment de prétention.

Milan Kundera dit de lui même vouloir écrire des romans incritiquables - ne pas finir dans une liste, une catégorie - Je trouve qu'il en devient impraticable.

Je suis peut-être un peu dur.
Mais ce livre m'a globalement ennuyé malgré des passages intéressants et plaisants. Beaucoup de bonnes idées, originales, empêchent effectivement toute linéarité ou harmonie. Des personnages fictifs croisent des personnages historiques - parfois en total anachronisme - et Kundera côtoie lui-même ses créations.

Tout débute plutôt bien, d'un geste furtif aperçu dans une piscine publique. Le geste d'une femme qui reste suspendu dans l'air, et surtout dans la tête de Kundera. Point de départ d'un roman dont le thème central tourne autour de Goethe et d'une "fan" hystérique - Bettina, sa plus grande groupie - qui fera tout pour vivre sur son dos afin d'inscrire son nom dans la postérité.

Je ne connaissais pas cette histoire là de Goethe, comme quoi ... mais j'avoue m'être que peu intéressé à son oeuvre, alors encore moins à l'auteur ...

Finalement, ce que j'ai davantage apprécié tient de la vie d’Agnès et de sa soeur et du mari - Paul - au milieu des 2 femmes de sa vie. Le lien avec Goethe ? je ne m'en souviens plus !

Je peux comprendre que l'on puisse être séduit, mais cela tient avant tout à de la poudre aux yeux, des effets de prestidigitation.
Tout ça pour moi ne tient pas debout. Les extravagances de Kundera ne servent pas le but de l'ouvrage ... lequel déjà ? Ah oui, parler de l'immortalité ...
Mais Kundera n'y parviendra pas, à mon sens. Pas avec celui là en tous cas.

L'immortalité, un an plus tard...

5 étoiles

Critique de Rouchka1344 (, Inscrite le 31 août 2009, 27 ans) - 2 août 2010

Que me reste-t-il de ce bon roman que j'avais tant aimé? Rien, malheureusement. A la lecture, je me souviens d'avoir passé un agréable moment, j'avais trouvé les remarques de l'auteur intéressantes ainsi que l'histoire de Goethe et l'incident de Teplitz avec Beethoven poilants.
Une année et demie est passée et je ne pourrais pas dire de quoi parlait exactement le bouquin, ni quelles étaient ces remarques que j'ai tant admirées.

Je pense que comme ce n'est pas vraiment un roman à proprement parler avec une histoire et des personnages fixes, on se perd un peu jusqu'à l'oubli.

Un livre dont je relirai peut-être quelque passage, mais est-ce-que cela en vaut vraiment la peine?

Deux étoiles et demie pour les quelques souvenirs qui me restent.

Kundera, écrivain pour adultes lassés ?

7 étoiles

Critique de CatPower (Bruxelles, Inscrite le 12 août 2004, 32 ans) - 12 août 2004

Avec l'immortalité Kundera arrive à pousser jusqu'à l'exaspération un thème qui plane sur les deux autres que j'ai lu (la plaisanterie et l'insoutenable légèreté de l'être) : le sexe. A dix-huit ans, j'ai lu trois Milan Kundera et ça me suffit à vouloir rester adolescente ma vie entière. Selon Kundera, il me semble, la fidélité est un leurre, la sexualité (au plus que c'est hard au mieux que c'est !) la chose la plus importante au monde. A côté de cela, quand même je suis soufflée par ses idées car quand il ne touche pas à la sensualité, il est grand tellement grand Kundera. Donc je n'ai apprécié que la moitié de l'Immortalité mais cette moitié est bien meilleure que cent livres. Je reste sur l'impression que je suis trop jeune pour comprendre l'écriture sensuelle de Kundera ou peut-être que je n'ai pas envie de la comprendre, qu'elle me donne envie de vomir. Je suis prise avec l'immortalité entre la beauté de son écriture et la nullité de la vie de ses protagonistes.

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