Le Cahier orange de Bernard Caprasse

Le Cahier orange de Bernard Caprasse

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Nathavh, le 9 mai 2020 (Inscrite le 22 novembre 2016, 55 ans)
La note : 10 étoiles
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le cahier orange

New York le 24 janvier 1990, Anton et son frère Carlo enterrent leurs parents Claudia et Carlo Scarzini, un couple de riches américains ayant tragiquement perdu la vie dans un accident d'avion.
Il y a du monde aux funérailles , ils étaient à la base de la fondation portant leur nom défendant l'art.

"Si les jours de funérailles sont douloureux, les lendemains sont cruels. Ils installent l'absence."

Anton est célibataire, la quarantaine bien entamée, il est avocat mondialement connu, il possède des cabinets à travers le monde. Il se retrouve dans la maison de ses parents, dans le bureau de sa maman face à un vieux grand coffre ancien qui n'a plus été ouvert depuis une éternité. Il a besoin de savoir ce qu'il contient, il le fait ouvrir et y découvre juste un objet, "le cahier orange"...

Troublé en reconnaissant l'écriture de sa maman, il découvre un roman qui commence comme suit : "Olga, sais-tu qui tu aimes ?"

L'action se déroule en Belgique, dans les Ardennes, plus précisément dans le village de Renval. Elle débute au début de l'année 1943 sous l'occupation allemande. Une jeune femme Olga nous raconte le récit. C'est une jeune femme cultivée, aimant la lecture qui a malheureusement été contrainte d'arrêter ses études à l'âge de 16 ans lors du décès de sa maman. Elle s'est alors retrouvée sous la coupe de son père, Octave Maren, le cordonnier du village, devenant sa servante.

Olga a 21 ans début 1943 et tente de prendre "sa liberté", elle tient tête à son père et s'installe dans une petite maison appartenant au comte d'Autremont en bordure d'un bois. Chaque jour elle se rend au village pour venir travailler chez son père. Faut dire que les affaires marchent plutôt bien car la réputation d'Octave n'est plus à faire, il travaille avec son fils Luc et Thomas, un rescapé de la première guerre.

Un jour, un véhicule de la Feldgendarmerie s'arrête devant la cordonnerie, et le major Kurt Molte demande à visiter l'atelier. Olga l'aperçoit et guette la conversation, il passe une commande de bottes et demande à Octave de bien vouloir le "dépanner" en réparant les chaussures de ses troupes. Par souci de discrétion, il est convenu que c'est Olga qui effectuera les livraisons en parcourant les 15 kms en vélo. Il lui rédigera un laissez-passer pour éviter les contrôles intempestifs.

L'occasion sera trop belle pour Olga de devenir un support efficace pour la résistance, elle accepte bien évidement car elle hait les allemands, cependant Olga tombe sous le charme du major et va vivre un amour véritable. La situation deviendra difficile à la libération vous l'imaginez bien, des représailles sanglantes auront lieu.

Le roman se termine à cette période et Anton termine sa lecture troublé, ne sachant plus trop quoi penser. Pourquoi sa mère n'en a-t-elle jamais parlé de ce récit ? Sa curiosité est piquée, il veut en savoir plus, fiction ou réalité ? Il va enquêter et se rendre en Europe.

C'est un roman passionnant, le premier pour Bernard Caprasse qui décrit à merveille le sud de mon pays. Le récit est bien construit. Chaque partie nous tient en haleine nous amenant petit à petit des réponses. L'écriture est fluide. Les chapitres, courts donnant un bon rythme de lecture.

Lors de la lecture j'avais l'impression de vivre avec Olga sa quête de liberté. Etre une femme libre, faire ses propres choix et vivre comme elle l'entendait, servir son pays pour une cause juste mais aussi se donner le droit d'aimer celui qui était son amour. Mais la vie n'est pas simple, les traîtres ne sont pas toujours ceux que l'on croit et c'est en femme digne qu’elle sera l'objet de représailles.

Mais qui est vraiment Olga ? Vous avez envie de le savoir alors une seule chose à faire c'est d'entamer la lecture de ce superbe roman qui nous fait revivre une partie des conditions de vie sous l'occupation, des temps difficiles, l'ambiance dans les villages. un récit qui nous parle des choix, de l'être humain et sa noirceur, de l'égoïsme, l'envie du profit mais aussi une envie de revanche, de justice ou encore la recherche d'une identité.

Une très belle réussite. Soyez curieux, vous ne serez pas déçu.

Ma note : un immense coup de ♥



Les jolies phrases

On ne construit rien de durable s'il n'y a que la passion, Anton. Elle peut te foudroyer.
Et quel est le paratonnerre ?
La raison.

Etre amoureux sans raison, oui... c'est sublime. Mais il vaut parfois mieux trouver des raisons d'aimer. Tu vois, moi, je crois que c'est le plus sûr moyen de bâtir quelque chose de fort, quelque chose qui dure.

Si les jours de funérailles sont douloureux, les lendemains sont cruels. Ils installent l'absence.

Le luxe existe pour que l'on puisse s'en passer.

Le danger ne me quitterait plus. Je l'acceptai comme un compagnon de ma liberté avec un mélange de sérénité et d'exaltation.

La meilleure manière de se dédouaner de ses crimes, c'est de leur trouver une justification morale.

Les amitiés naissent d'on ne sait quoi, un geste, un regard, une atmosphère...

Le temps arrange tant de choses, Olga. Non, Aymeric, le temps n'arrange rien. Il se contente de passer.

La force des escrocs se mesure à leur capacité de séduction.

La justice c'est la vengeance apprivoisée.

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