Origines de Amin Maalouf

Origines de Amin Maalouf

Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Sibylline, le 25 juillet 2004 (Normandie, Inscrite le 31 mai 2004, 69 ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 11 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 816ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
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Pas un roman

Ce livre n’est pas un roman.
C’est un récit réel. Amin Maalouf y retrace la vie de sa famille depuis ses arrière-grands-pères. Nous y retrouvons (ou découvrons) aussi l’histoire du Liban et de la façon dont on y a vécu depuis environ un siècle et demi.
Dès la courte introduction, qu’il a rédigée lui-même, j’ai été sous le charme, quand il a expliqué pourquoi il lui aurait été impossible d’intituler ce livre « Racines » : « Ce mot n’est pas de mon vocabulaire ». Chez lui, on n’est pas fixé à un lieu. Et ce sont bien des vies de nomades, au moins potentiels, que nous découvrons tout au long de ces pages. Et des pages, il y en a. Pas moins de 486 ! J’avoue qu’il y a eu des moments où je me lassais un peu. Je me disais « Que m’importe au fond son oncle, son grand-père… » Mais, avant de l’avoir terminé, je n’ai pas pu me résoudre non plus à abandonner ce livre, que je lisais par ailleurs sans peine.
Cela tient en grande partie au talent d’Amin Maalouf, qui sait toujours garder son lecteur attaché au fil de ses récits. Et cela tient aussi au fait que dans cette saga, qui au fond n’aurait pas dû me concerner, je découvrais des éléments qui me permettait de mieux comprendre des choses que j’avais lues dans tel ou tel roman et de constater les modifications, les variations, qui y avaient été apportées. Je retrouvais là les éléments du réel qui avaient inspiré des scènes, des personnages ou des décors.
C’est à ce titre que ce livre est un document qui mérite l’intérêt des amateurs de l’œuvre de Maalouf. Ceci dit, plusieurs fois, j’ai pensé en le lisant « C’est un travail, une recherche, qu’il a fait pour lui. Pourquoi l’a-t-il publié ? » Vous me direz que je viens de donner la réponse ? Je trouve que non. Car, s’il est intéressant pour nous de découvrir les événements déclencheurs de certaines inspirations, quel est l’intérêt pour lui de nous les présenter ? Il n’y en a aucun, je pense. Il a donc vraiment voulu nous raconter l’histoire de sa famille. C’était son but, nous l’avons détourné ; en tout cas, moi, je l’ai fait.

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"Une reconquête sur la mort et l'oubli"

10 étoiles

Critique de Pieronnelle (Dans le nord et le sud..., Inscrite le 7 mai 2010, 71 ans) - 28 juin 2012

Amin Maalouf le précise bien dans sa préface il ne s’agit pas de recherche identitaire. Ce qui se comprend :
« Je suis d’une tribu qui nomadise depuis toujours dans un désert au dimension du monde »
« Comme pour les grecs anciens, mon identité est adossée à une mythologie, que je sais fausse et que néanmoins je vénère comme si elle était porteuse de vérité » ;
De tous ses « Tâtonnements » , « Longitudes », « Lumières », « Combats », »Demeures », »Ruptures », « Impasses », «dénouements » qui correspondent aux chapitres de cet essai/roman j’ai préféré principalement :
« Longitudes » pour le parcours des deux frères Botros et Gébrayel ; parcours qui se voulait commun mais qui n’avait rien en commun. Botros, l’instituteur, comprendra vite que malgré l’attrait de l’aventure, de la réussite, dans les pays lointains tel Cuba, sa vie doit se réaliser dans l’enseignement au cœur de ces petits villages du Mont Liban.
Je l’ai ressenti ainsi : La recherche des origines est en fait la recherche du grand-père. Car Botros est bien le phare de ce livre. Gebrayel, auréolé de la réussite dans les Amériques fait pour moi bien pâle figure à côté de Botros. La recherche à Cuba, ne se résume qu’à des signes de la splendeur passée. Et malgré une belle surprise à la fin du séjour cubain, cela semble bien vain quand on connaitra le parcours de Botros. D’ailleurs cette réussite de Gébrayel s'effondrera comme un château de cartes dans des conditions d’ailleurs assez mystérieuses et troublantes. Etranges ces deux neveux venus pour le seconder qui se sont rebellés contre lui ;
Mais ces deux parcours font bien ressortir les questions que chacun se posait dans cette région : L’exil ou rester au pays.

Dans « combats » j’ai aimé celui de l’instituteur contre l’ignorance dans cette région du monde si complexe. Origines turque, syrienne, égyptienne telles qu’elles sont précisées sur le passeport.
Communautés diverses parmi lesquelles Botros s’imposera avec son athéisme ce qui manifestait un courage, une volonté, une personnalité bien trempée.

Dans « impasses » j’ai été frappée par cet événement qui en dit long sur le problème communautaire : le suicide d’un des neveux de Botros sous forme de grève de la faim parce que les parents s’étaient montrés intraitables sur le désir du jeune homme de faire des études littéraires et devenir poète. Simplement parce que la coutume voulait que ce soit le frère du père qui donne son autorisation, ce qu’il refusa. Ce drame restera profondément ancré chez Botros provoquant sa révolte.
« Etroites les communautés, leurs idées, leurs croyances, leurs manigances, leur grouillement servile ; étroites aussi les familles étroites et étouffantes. Il fallait s’échapper » !
«S’agissant de Botros, aucun événement ne pouvait lui être plus douloureux. Pire qu’un deuil, c’était une défaite, pour tout ce à quoi il avait cru, pour tout ce qu’il avait cherché à bâtir. C’était bien la peine de rester au pays, de se dévouer à l’enseignement, si les plus brillants des disciples, les plus talentueux, les plus purs, les plus proches, devaient finir ainsi ».

Belle recherche, belle démarche, beau livre . Il aurait été dommage de passer à côté de ces « origines » une « reconquête sur la mort et l’oubli » !

Savoir d'où je viens pour savoir où aller...

7 étoiles

Critique de Sissi (Besançon, Inscrite le 29 novembre 2010, 48 ans) - 7 juin 2012

« Nous, les âmes nomades, avons le culte des vestiges et du pèlerinage. Nous ne bâtissons rien de durable, mais nous laissons des traces. Et quelques bruits qui s’attardent. »

Ce sont ces traces et ces bruits qu’Amin Maalouf part chercher, lors de ce gros travail d’investigation qui se situe à plusieurs niveaux : fouille d’archives, départ sur le terrain, interrogatoires, étude de photos, approche historique et réflexive.
Il parvient à romancer le tout, en faisant de ses ancêtres de véritables personnages à part entière, avec leur dose de mystère et de vérité.
Si on note quelques longueurs, on ne manquera pas non plus de relever le très bel effort de structure de l’ouvrage, et la manière fine avec laquelle l’auteur a agencé toutes ces données pour en faire un finalement beau livre.
Nazeera, la grand-mère, est à l’origine….de « Origines », et c’est à travers elle que se clôt ce très beau voyage qu’est celui de l’incursion dans le passé.

« Le passé est forcément fragmentaire, forcément reconstitué, forcément réinventé. On n’y récolte jamais que les vérités d’aujourd’hui. Si notre présent est le fils du passé, notre passé est le fils du présent. Et l’avenir sera le moissonneur de nos bâtardises. »

Certaines rencontres marquent une vie...

8 étoiles

Critique de Nymphette (Paris, Inscrite le 20 octobre 2010, 38 ans) - 5 juin 2012

...inattendues et au bout du monde, au coin de la rue ou même dans sa propre famille.

A MAALOUF, auteur récemment entré à l'Académie Française, redécouvre au détour de conversations familiales le de son atypique de son grand-oncle : libanais émigré de son petit village, l'homme fit fortune à Cuba au début du vingtième siècle. La légende familiale pourtant a gardé de cette formidable aventure quelques modestes anecdotes qui ne font qu'attiser la curiosité de l'auteur narrateur: récipiendaire d'un coffre dans lequel son grand-père conservait son courrier et ses documents personnels, l'homme se lance dans une enquête à travers le temps et l'espace afin de découvrir l'histoire de ces deux frères Gebrayel, cubain d'adoption et Botros le pédagogue.

Ce texte atypique ne peut être simplement qualifié: récit de souvenir, document historique et généalogique, récit de voyage? Difficile de s'y retrouver, mais A MAALOUF réussit parfaitement l'exercice. Il nous emporte dans la Liban du début du siècle, alors simple région de l'Empire Ottoman et nous permet de vivre plusieurs dizaines d'années auprès des hommes de sa famille. Tous plus entêtés les uns que les autres, ils mettent une rare énergie dans la réalisation de leurs projets dans un monde bien averse au changement et au progrès. Il aborde également de nombreuses et épineuses questions sur l'histoire de cette région du monde. On ne peut qu'être touché par la description des noires heures de la guerre qui aboutit à une famine sans précédent dans une région pourtant à forte dominante rurale.

Mais l'alternance entre chapitres sur la vie au village et celle de l'autre frère devenu homme d'affaires brillant à Cuba pondèrent un texte qui aurait pu être plombant. Et lors d'un voyage dans les Caraïbes sur les traces de son oncle, A MAALOUF nous fait part de ses impressions de voyage dans le Cuba d'aujourd'hui sur lequel la colonisation espagnole, l'époque Républicaine et bien sûr le XXème siècle ont laissé leurs empreintes successives au risque de faire souvent disparaître des témoignages de la vie de Gebrayel mais aussi de l'histoire même de l'île.

Les vies croisées de ces hommes depuis longtemps disparus constituent un témoignage de courage et de détermination sans failles mais la véritable force du livre réside dans la plume de l'auteur. A MAALOUF calibre parfaitement l'équilibre entre les passages recopiés des archives de Botros: lettres personnelles, professionnelles, discours divers et la narration sous sa plume douce mais précise.

Un livre surprenant et riche sur le souvenir, l'héritage et le poids de l'histoire.

Souvenirs

8 étoiles

Critique de Koudoux (SART, Inscrite le 3 septembre 2009, 54 ans) - 28 mai 2012

A partir de lettres et de photos de famille, l'auteur va chercher à retracer et à comprendre la vie de ces ancêtres.

Il va aborder différents sujets de réflexion :
-Gebrayel, le grand-père qui espère faire fortune en s'expatriant
-Botros, qui crée l’Ecole Universelle pour filles et garçons de toutes religions
-Mais aussi comment ils ont survécus pendant la guerre et la période de famine...

Une magnifique aventure!

Le carnet de bord d'Amin Maalouf

5 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 39 ans) - 27 mai 2012

Amin Malouf a éprouvé le besoin irrépressible de mettre de l'ordre dans ses souvenirs et dans les récits familiaux qui lui ont été transmis. Il s'est lancé dans une périlleuse entreprise, celle de fureter dans divers documents afin de coucher sur papier l'histoire de sa lignée qui ne peut se comprendre pleinement que par rapport à l'Histoire. Deux grandes figures émergent : celle de son grand-père Botros et de son grand-oncle Gebrayel parti à Cuba.

Ce texte mêle les véritables lettres familiales, certains documents officiels et des poèmes. A cela s'ajoutent les commentaires et hypothèses de l'écrivain qui cherche à comprendre sa famille en essayant de rester le plus objectif possible. Par conséquent il n'hésite pas à évoquer les défauts des protagonistes.

Le contexte historique n'est pas qu'une toile de fond, il explique les flux migratoires qui ont marqué l'Histoire du Liban. La religion est souvent abordée, tout comme les coutumes des habitants.

Il n'en demeure pas moins que l'ennui a pointé son museau assez souvent durant ma lecture morcelée. J'aurais voulu être emporté comme la plupart des lecteurs face à cette oeuvre, mais ça n'a pas été le cas. A mes yeux, le roman aurait sans doute gagné en concision. De plus, je me suis souvent demandé si le véritable destinataire était le lecteur lambda. J'ai eu constamment le sentiment que Maalouf avait besoin d'immortaliser sa famille par cette oeuvre, de garder une trace indélébile quitte à figer des détails qui m'ont semblé parfois sans grand intérêt ... Ce récit est sans aucun doute capital pour l'auteur et sa grande famille. Je n'ai malheureusement pas réussi à me sentir concerné par cette histoire.

Ce récit dépeint les cheminements de Maalouf dans la reconstruction de l'histoire familiale, quête personnelle, mais je me suis souvent demandé ce que pouvait m'apporter un tel récit moi qui ne suis pas de cette famille. L'aspect culturel restera à mes yeux l'atout principal ...

La route des ancêtres

8 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 22 mai 2012

S’il est un désir qui hante l’être humain arrivé à la cinquantaine, c’est bien souvent , je crois, celui de connaître le destin qu’ont vécu ses aïeux et de reconstituer l’ aventure familiale .

C’est le voyage sur « la route des ancêtres » , la route d’une « tribu qui nomadise depuis toujours dans un désert aux dimensions du monde » qu’a entrepris Amin Maalouf et qu’il retrace, magistralement, dans ORIGINES .

L’intérêt, pour moi, de cette entreprise de résurrection tient non seulement à la découverte du parcours des deux figures majeures de la famille, mais surtout aussi à la présentation des moyens, objets ou méthodes auxquels Maalouf a eu recours . Plus que des certitudes, ce sont plutôt des hypothèses, des vérifications, des tentatives d’explication qui nous sont présentées dans ce travail d’archéologie familiale . « Le passé est forcément fragmentaire, forcément reconstitué, forcément réinventé . On n’y récolte jamais que les vérités d’aujourd’hui et si notre présent est le fils du passé, notre passé est fils du présent ».

La présentation de la correspondance familiale révèle ici combien Amin Maalouf est le fils de chacun de ses ancêtres tout en étant en retour « leur géniteur tardif ».Son écriture d’homme du 20e siècle témoigne en filigrane de la mesure, de l’élégance et de la souplesse de celle de son grand-père Botros, le héros de ce roman de la tribu, à la fois sage et fou , dont les combats en faveur d’un savoir libéré de l’ empreinte religieuse sont ceux d’un homme en avance sur son temps « Du moment que les seules traces de sa vie sont à présent dans mes mains, il n’est plus question que je le laisse mourir d’oubli »

Un bel hommage à celui qui a ouvert à la famille les chemins de la connaissance .

Une partie de « l'Arbre »

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 61 ans) - 20 mai 2012

L'auteur vient de perdre son père. Il se rend auprès de sa grand-mère pour l'aider à affronter ce qu'aucune mère ne devrait avoir à vivre.
Ce sont quelques lettres puis une malle, véritable boite de Pandore qui l'emmèneront sur les traces de son grand-père paternel principalement, mais aussi de ce célèbre mais énigmatique grand-oncle parti à Cuba.
L'auteur, va essayer, à travers les documents qui sont maintenant en sa possession, de comprendre, de connaître, les parcours, les cheminements, les choix de ces ancêtres.

On ne peut qu'admirer ces vies, quelquefois chaotiques mais tellement riches et passionnantes de tous ces aïeux.
Les destins croisés de ces familles nous permettront de découvrir la vie dans l'Empire Ottoman au début du XIX° siècle, mais aussi, les événements historiques locaux, mondiaux qui aboutiront aux Etats tels qu'ils sont aujourd'hui.
Entre les discordes religieuses, l'histoire chaotique de cette région du monde donnera envie aux « lettrés » d'aller vivre aux quatre coins du monde, dispersant ainsi les familles de façon irrémédiable mais pas définitive.

Si les pages concernant le voyage de l'auteur à Cuba ont pour moi été les plus agréables, j'ai admiré l'écriture, érudite et fluide.
Même si j'ai été moins passionnée par les données historiques, les observations ou lectures plus impersonnelles des documents, j'ai pris une belle leçon d'histoire et de géographie.
Un livre très bien écrit où se mêlent Histoire et histoires.

"Je suis le fils de chacun de mes ancêtres et mon destin est d'être également, en retour, leur géniteur tardif."

8 étoiles

Critique de Yokyok (Addis-Abeba, Inscrit le 7 août 2010, 31 ans) - 19 mai 2012

Ayant pris conscience qu’il en connait bien peu sur ses ancêtres, l’auteur/narrateur tente d’y remédier en entreprenant, à partir d’un amas de lettres et autres documents accumulés au fil des années, de retracer les destins de membres de sa famille, en particulier de son grand-père et de son oncle, afin de les sauver de l’oubli et de mieux comprendre d’où il vient.

Après un début un peu poussif, j’ai fini par me prendre d’affection pour les personnages et suivre les trajectoires prospères, chaotiques ou tragiques des uns et des autres avec une délectation décuplée par les anecdotes qui émaillent le récit et la découverte d’un contexte historique et social qui m’était totalement inconnu. La diaspora et surtout la façon dont elle fut vécue dans la sphère familiale, avec son lot de dilemmes et de déchirements, les querelles confessionnelles, l’idéal d’occidentalisation de l’Orient, Cuba, sont autant de sujets qui auront suscité ma curiosité.

Au-delà de l’intérêt du récit en lui-même, j’ai été touché par la démarche de l’auteur, qui appelle à s’interroger soi-même sur les rapports qu’on entretient avec les membres de sa famille, notamment les grands-parents.

La malle aux souvenirs !

8 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 54 ans) - 16 mai 2012

En quoi une recherche généalogique – même s’il s’agit de celle d’un écrivain célèbre – peut-elle intéresser le lecteur ?
C’est la question que je me suis posé pendant une bonne centaine de pages.
A quelques reprises , j’ai failli reposer le livre en me disant que cette quête des aïeux était trop personnelle et n’avait pas sa place dans un roman.
Et puis ; la magie a opéré. Amin Maalouf ne pouvait nous imposer ces simples constats.

Très progressivement, c’est l’histoire du « Grand Liban » de la fin du XIX ième au début du XX ième siècle qui défile sous nos yeux .
Le constat d’un Empire (Ottoman) qui s’effrite en une nuée de misérables états ethniques dont les grouillements meurtriers ont causé de nombreuses guerres .
Le délabrement des contrées d’Orient , la corruption et l’incurie , ainsi que l’assombrissement de l’horizon.
Des habitants pour qui leur état était la Turquie, leur langue l’arabe , leur province la Syrie , et leur Patrie la Montagne libanaise….

2 grands-pères aux destins divergents pour incarner les disparités du Liban.

Gebrayel , agriculteur syrien de 18 ans , à l'âme de conquérant, voulant fendre le monde pour s’y tailler une place. Qui choisit l’immigration pour réussir et fait fortune à La Havane ( Cuba ). Il deviendra un riche et respectable négociant de soierie.

Botros , qui n’avait pas désespéré de voir ses compatriotes se métamorphoser par le miracle de la connaissance. Botros, à l’âme de pédagogue qui créera une école laïque mixte ; « l’Ecole universelle ».
Il choisit de rester pour soigner son peuple souffrant d’un seul mal ; l’ignorance.Son remède sera le savoir plutôt que l’émigration.
Botros qui allait tête nue, comme une bravade contre les tenants de l’obscurantisme et du traditionalisme.

Un roman qui véhicule plusieurs messages forts :
- La quête des racines, de l'identité.
" A trop privilégier l'instant vécu, on se laisse assiéger par un océan de mort. A l'inverse, en ranimant le temps révolu, on élargit l'espace de vie ".
- La lutte contre l'ignorance et l'obscurantisme.
- La lutte politique contre les régimes " égalitaires ":
" J'imagine la façade si l'on réparait les injures du temps révolutionnaire. Faut-il vraiment que le noble principe d'égalité répande ainsi l'insalubrité et la laideur ? " (au sujet des bâtiments de La Havane)
- La religion et ses travers :
" couper la barbe des religieux musulmans ".

Ses 2 grands-pères sont des personnages de roman, hauts en couleur qui ont forgé le caractère de l'auteur.
Une quête philosophique et un immense hommage à ses aïeux !
Une oeuvre réussie !

L'analyse de Patryck Froissart

10 étoiles

Critique de FROISSART (St Paul, Inscrit le 20 février 2006, 72 ans) - 10 octobre 2006

Titre : Origines
Auteur : Amin Maalouf
Editeur : Grasset & Fasquelle (2004)
Collection : Livre de poche
ISBN : 2253115940
507 pages


On peut donner plusieurs définitions, éventuellement contradictoires, de ce livre :
Premièrement, il s’agit d’une enquête, menée à partir de lettres et de photos de famille reçues en héritage par le narrateur auteur, sur la vie de deux « personnages » incarnant la dualité de l’âme libanaise : l’un est le grand-père de l’auteur, Botros, sédentaire, patriote, intellectuel et poète, l’autre son grand-oncle, voyageur, entrepreneur, affairiste ayant coupé l’ombilic du pays natal pour s’installer définitivement à Cuba. L’enquête, minutieuse, s’appuyant sur des visites de sites, l’interrogation de témoins, la fouille d’archives, permet de voir se reconstituer peu à peu le puzzle de deux existences, de deux portraits, de deux caractères.

Deuxièmement, il s’agit d’une quête, d’une interrogation philosophique, du « d’où viens-je » et donc du « qui suis-je », d’une recherche de cette identité de l’auteur même qui, dans un autre ouvrage magistral, qualifie l’affirmation d’identité de potentiellement meurtrière.

Troisièmement il s’agit d’un roman. En effet la structure narrative, l’arrangement, la progression, l’agencement des scènes de vie, le va-et-vient entre le cheminement du narrateur, ses rencontres, ses réflexions et réactions et le « romancement » des vies découvertes, dévoilées, mises à nu, tout se construit sur une écriture (ou peut-être sur une lecture) romanesque, où les situations sont romanesques, où est romanesque, et sous-tendue du suspens nécessaire au plaisir de lire, l’évolution des personnages et de leurs destins.
Ici la vie est vraiment un roman. Ici le roman est réellement la vie.

Quatrièmement, il s’agit d’une thèse. L’histoire complexe et riche du Liban a mis chaque Libanais au centre de conflits religieux, philosophiques (tradition et progrès), politiques (citoyen du grand Liban, ou de la petite Syrie, ou de l’empire ottoman, ou de la nation panarabe). Amin Maalouf analyse l’homme libanais, si tant est qu’il existe.

Cinquièmement, il s’agit d’un intéressant problème littéraire. Conventionnellement, les personnages de roman accèdent à l’existence par la magie créatrice de l’écriture. Ici, ils préexistent, ils sont déjà écrits, sur papier, et c’est à partir de ces écrits disparates et épars que le narrateur refabrique ses héros, en essayant de réunir les indices matériels de leur réalité.

Enfin, il s’agit, surtout, d’une recherche de soi. On retrouve en ce livre la circularité obsédante du « connais-toi toi-même » des Essais de Montaigne ou du Chercheur d’or de Le Clezio, ou, mieux encore, du Voyage à Rodrigues du même Le Clézio. L’écriture y est auto-initiatique. D’ailleurs les éléments relatifs à la Franc-Maçonnerie parsèment le livre. Circularité ou, plutôt « spiralité », ascensionnelle, à la Teilhard de Chardin, sauf que la question n’est pas de s’approcher de la connaissance de Dieu, mais de la connaissance de ce qui fait que je suis moi.
« Pour moi, en tout cas, la poursuite des origines apparaît comme une reconquête sur la mort et sur l’oubli ». Faire renaître ses ancêtres, c’est se redonner naissance à soi-même, identifier en soi ce qui est d’eux, en assumer l’héritage afin de le transmettre à sa descendance et de se situer, en pleine conscience de soi, comme un maillon de la chaîne hors de laquelle le soi n'a pas de sens :
« Je suis le fils de chacun de mes ancêtres et mon destin est d’être également, en retour, leur géniteur tardif ».

Patryck Froissart, St Benoît (Réunion), le 10 octobre 2006

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