La nuit, tous les éléphants sont gris !
de Dirk Diederich

critiqué par Débézed, le 1 avril 2020
(Besançon - 73 ans)


La note:  étoiles
Déambulation ferroviaire à Bruxelles
L’opus 85 de la collection Bruxelles se conte de Maelström a été confié à un auteur germano-belge grand voyageur qui a séjourné sous bien des latitudes avant de poser son sac à Bruxelles qu’il raconte comme un voyage en train. Son récit est comme un convoi ferroviaire, il visite des gares, il embarque des voyageurs, parfois prestigieux (Irène Papas, ASA (Anne-Sophie André l’auteure de l’illustration de la couverture, Pessoa, Arthur R. (imbaud), ,…). Il promène son auteur ou le transporte vers son lieu de résidence ou vers des destinations qui lui sont coutumières. Il roule ainsi de poèmes en textes courts ou en poésies en prose, racontant les tribulations, aventures et impressions du SDF qu’il est devenu.

« Je vais d’un jour à l’autre comme d’une gare à l’autre, … ». « J’erre donc tout aussi souvent /Entre Jourdan et Luxembourg / en quête d’un train / … ». « Certains jours, au gré de mes humeurs ou des circonstances, je passe par la Gare du Midi ». Et parfois « Dans le train j’ai oublié mon livre. ».

Et quand il n’y a pas de train, il y a le métro, « Mais les métropolitains sont des trous à rats ». Alors, il reste le canal qu’on peut longer en de longues balades mais « Le canal est mort et gris et noir, » « L’eau du canal / avec ses berges au cordeau / Est grise et noire / … ». Pas étonnant « Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu » comme chantait Jacques Brel dans Le plat pays dont Bruxelles est la capitale et l’épicentre.

Bruxelles, cette ville qui a tellement changé, elle a perdu beaucoup de son charme, elle est devenue fonctionnelle et de plus en plus capitale d’un ensemble bien plus grand que le pays qu’elle régit. « Et en moins de deux secondes, Bruxelles devient méconnaissables…. Ou plutôt si… elle se met à ressembler comme deux gouttes d’eau à Londres ».

Le regard d’un poète qui se dit SDF sur sa ville d’attache, sa confession littéraire : « Je suis peuplé d’ombres. Manoir hanté. Au point que tous les visages à jamais gravés en moi jouent désormais le jeu. Le clair devient obscur ».