Le Souverain Poncif de Massimo Bortolini

Le Souverain Poncif de Massimo Bortolini

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Débézed, le 25 février 2020 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 72 ans)
La note : 8 étoiles
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Sans langue de bois

Massimo Bortolini a remarqué, lui aussi, que le poncif est devenu omniprésent, incontournable, qu’il envahit le langage, et que notamment « En politique, le poncif est souverain ». Il devient même la matière première de la langue de bois que nos dirigeants manient avec un si grande habilité à n’importe quelle occasion et même le plus souvent possible.

Mais Massimo n’est pas qu’un censeur, il est aussi un poète, après lecture de quelques pages de ce recueil, j’ai vite été bercé par une certaine forme de poésie, il sait faire court, même très court, tout en conservant une délicatesse, une finesse et une forme allusive que Polymnie aurait certainement agréées et acceptées dans son art.

« Il faut toujours garder un désespoir pour la soif ».

Mais qui dit poésie ne dit pas mièvrerie, sentimentalité ou autre sucrerie littéraire, les piquants du cactus de Massimo sont parfois chargés de venin urticant destiné à stigmatiser certaines cibles ayant bien méritées une bonne démangeaison.

« Pour s’informer, on a souvent le choix entre la presse et le choléra ».

Dans son art d’aller au plus court pour en dire le maximum, Massimo ne perd jamais de vue le bon sens populaire négligé, même méprisé, par certains et, pour leur rappeler, il décoche quelques flèches qui font mouche à tout coup :

« Avis de recherche : perdu occasion de se taire ». Il doit y a voir foule dans tous les bureaux des objets trouvés…
« Quand on écrit autre chose que ce qu’on s’apprêtait à dire, on fait volte-phrase ». Dans leur bouche certains n’ont rien à faire tourner.
« La rentrée littéraire, ce moment où tant de livres paressent chez les libraires ». Son éditeur a eu assez de bon sens pour éviter cette période.

De toute façon, un auteur qui écrit qu’« Au prêt-à-porter, j’ai toujours préféré le prêt à enlever » et rapporte que « Je lui ai dit tout net à mon médecin : Vous n’aurez pas ma liberté de manger ! », ne peut-être qu’un brave homme cachant mal le talent qu’il démontre en dissimulant quelques jolies formules de style parmi les picots de son cactus, comme ce petit zeugme pétillant : « Il tourna la page et le coin de la rue ». Ce que nous ferons pour atteindre la fin du recueil non sans avoir bien noté qu’ « Il est défendu de défendre ».

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