La Chatte
de Colette

critiqué par Saint Jean-Baptiste, le 16 juillet 2004
(Ottignies - 83 ans)


La note:  étoiles
Le chef-d'oeuvre de Colette
Installez-vous sur la terrasse, le dos au soleil, un parasol pour atténuer la lumière sur votre livre et commencez "La Chatte" : vous vous ouvrez les portes d'un petit paradis !
Le livre à peine ouvert, vous êtes sous le charme d'un grand et merveilleux jardin de la chic banlieue parisienne, au milieu des roses et des pavots, avec les senteurs des cytises et des lilas du printemps, avec les odeurs fortes des grandes pelouses bien tondues et des géraniums trop arrosés. Vous entendez les pas du vieux jardinier sur les allées cendrées qui ondulent vers la grande grille du jardin. Quelques passereaux répondent au merle et le merle émet les quatre notes qui signalent l'arrivée du chat.
Colette aime les jardins, elle aime les chats, et elle en parle avec autorité. Elle aime la nature qu'elle perçoit par tous ses sens ; et elle est sensuelle jusqu'au bout des ongles.
Pourtant "La Chatte" n'est pas une histoire de chat. C'est l'histoire d'un ménage à trois, le troisième personnage, c'est un chat (plus exactement, une chatte).
Ca nous parle des débuts de la vie conjugale de deux enfants choyés et trop gâtés par la vie. Ca pourrait paraître anodin, il n'en est rien. C'est une histoire très originale, mais très réelle avec des personnages bien particuliers mais très véridiques et décrits dans leur psychologie tout en finesse en nuance et en authenticité.
Colette a un sens de l'observation qui fait mouche : ils sont nombreux ceux qui se seront reconnus dans l'une ou l'autre scènes de ce couple de jeunes mariés pour qui, comme le dit la belle mère :"ça va trop bien, ou ça va trop mal, mais ça ne va jamais tout seul !"
Les descriptions, y compris dans les situations les plus intimes, sont écrites avec pudeur et retenue et pourtant avec un réalisme certain. Le style fait tout passer. Tout est dit dans une langue simple mais subtile et nuancée, dans le registre absolument classique, sans effet inutile, sans virtuosité factice et sans concession à la facilité.
L'art de Colette est un modèle d'écriture. Ici, il atteint la perfection.
Puisque notre site favori, avec l'arrivée de la Fée Carabine, s'est mis à l'écoute de la musique, je me permettrai une métaphore musicale : La Chatte est à Thérèse Desqueyroux, ce que la Petite Musique de Nuit est à La Symphonie de Jupiter"!
Colette n'est pas Mauriac. Elle n'en a pas la prétention. Mais elle sait écrire et La Chatte est son chef-d'œuvre. Ca ne va pas bouleverser la condition humaine, mais c'est un petit régal de premier choix, un petit joyau des lettres françaises.
Chronique d'une rupture annoncée 7 étoiles

Alain, jeune homme gâté et paresseux, fils à maman dont on devine qu’il ne joue qu’un rôle secondaire dans l’entreprise héritée de son père, épouse sans passion Camille, jeune fille un peu ordinaire, parce que ce mariage "contente tout le monde". D’ailleurs, il y a déjà quelqu’un dans la vie d’Alain, sa chatte Saha :
"…Saha descendit collée au mur comme une goutte de pluie le long d’une vitre. Elle prit pied sur l’épaule d’Alain, et ils gagnèrent ensemble leur chambre à coucher."
Ces derniers mots nous font prendre la mesure de la force du lien qui unit l’homme et la petite bête et du peu de place qui reste pour une autre. Dès le départ, on ne donne pas cher de ce mariage de convention où le jeune homme n’aime que tièdement. Et quand la jalousie s’en mêle et fait commettre à Camille un geste vil…

L’histoire est belle, la plume de Colette délicate et nuancée, mais je ne suis pas totalement convaincue par ce roman. Curieusement, je n’ai pas été touchée par la petite chartreuse, en dehors de la scène dramatique. Peut-être la recherche esthétique prend-elle le pas sur l’émotion, l’humour (et pourtant, Colette n’en manquait pas), peut-être aussi est-ce la proximité de cet Alain veule et velléitaire… D’ailleurs, c’est surtout la personnalité de ce garçon inconsistant qui m’a agacée et a gâché en partie mon plaisir.

Lison - - 68 ans - 13 mai 2014


Préférence 8 étoiles

Ménage à trois : monsieur, madame et la chatte.
Avec son art unique, Colette nous décrit un couple de jeunes mariés.
La mariée va très vite trouver en la chatte une rivale, qu'elle va tenter de tuer.
Dès lors la rupture est proche, le mari ne va pas pardonner à sa femme ...
Un livre que j'ai relu avec beaucoup de plaisir.

Koudoux - SART - 54 ans - 21 septembre 2010


Colette et ses chats ! 8 étoiles

il est vrai qu'avec le titre de son livre "La chatte"_, Colette a du probablement induire en erreur bon nombre de lecteurs croyant initialement acheter un livre racontant la vie des nombreux chats qui entouraient l'écrivain.
Il s'agit d'une autre histoire, "d'un ménage à 3", une histoire comme on en voit parfois mise en scène dans une pièce de théâtre frivole...
J'avoue que je ne connaissais pas Colette sous cet angle de malices, mais de là à dire qu'elle a écrit ce livre en piochant des infos sur sa vie privée, c'est un pas que je ne franchis pas!!

Béa44 - Nantes - 53 ans - 31 octobre 2008


superficiel 4 étoiles

Les animaux en général sont mes amis, et particulièrement les chats, ayant 3 spécimens à la maison. C'est donc tout naturellement et avec joie que je me suis plongée dans ce court roman de Colette, auteur que je n'avais encore jamais lu.

Le style m'a d'emblée fortement déplu, difficile d'accrocher, en tous cas pour moi. Le sujet avait tout pour me plaire, mais son traitement laisse un goût d'inachevé, notamment à cause de cette écriture trop visiblement stylée. Alain épouse Camille, mais a déjà une femme dans sa vie, sa chatte Saha, personnification de la grâce et de la beauté, qui rend bien terne celle de Camille. Cette dernière est vite jalouse, au point de pousser sa rivale dans le vide depuis le neuvième étage. Pour Alain, ce geste raté mais néanmoins assassin mettra un terme à son mariage avec Camille. Belle histoire que celle d'un homme fidèle à sa chatte, et pourtant, aucun des personnages ne m'a paru attachant, pas même ce pseudo ami des bêtes qui avoue n'être fou que de Saha :

"Après toi je serai sans doute à qui voudra...À une femme, à des femmes...Mais jamais à un autre chat."

Je n'ai pas aperçu dans son attachement à Saha autre chose qu'un attachement purement esthétique, il préfère Saha car elle lui semble plus belle et gracieuse que Camille, à laquelle il finit par renoncer, à juste raison certes, mais on peut se demander s'il n'attendait pas justement une bonne raison pour la faire sortir du cadre. La chatte et son comportement sont bien décrits, on voit que Colette connaissait son sujet, et malgré cela, rien ne m'a touchée, pas même la chatte, et là, c'est le comble ! Un court roman anecdotique, qui ne me donne pas envie d'approfondir l'œuvre de l'auteur. Quant aux amoureux des chats, je leur recommande plutôt les romans de Remo Forlani, plus humains, et bien plus profonds.

Madame Charlotte - Argelès sur mer - 43 ans - 30 octobre 2008


Saha 9 étoiles

Improbable ménage à 3. Deux femmes, un homme. Enfin plutôt ; une femme, un homme, une chatte. La chatte c'est Saha. Elle est la chatte de l'homme. L'homme qui se marie avec la femme. Et puis ..., c'est plus compliqué que cela. L'homme se rend compte qu'à choisir entre chatte et femme ...
Pour du Colette, ça ne fait pas autobiographique. Pour une fois! Par contre, c'est sérieusement bien vu côté chatte. Question. Tous les hommes sont-ils aussi faibles que celui là? Ou posée autrement : tous les hommes sont-ils aussi capables de rester fidèles à leur chatte que celui ci?

Tistou - - 62 ans - 21 février 2005


Je me souviens 8 étoiles

Je me souviens de la tentative d'assassinat de la femme sur la chatte, et du nom de la chatte (Saha).
Je me souviens que le trio habite un "quart-de-brie".
Question musique, je me souviens du "duo des chats", l'un des "péchés de vieillesse" de Rossini, et du chat - clarinette de "Pierre et le Loup".

Lucien - - 63 ans - 16 juillet 2004


Ménage à trois 8 étoiles

Un pur bonheur en effet que ce roman tout en nuances et en fines observations dans lequel la petite chatte joue un rôle très important.
Merci SJB, tu m'as donné envie de le relire !

Monique - - 47 ans - 16 juillet 2004