Aldobrando de Gipi (Scénario), Luigi Critone (Dessin)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Légende, contes et histoire

Critiqué par Shelton, le 21 janvier 2020 (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 63 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 873ème position).
Visites : 246 

A déguster avec bonheur !

J’ai lu une fois une série dessinée par Luigi Critone, Je, François Villon, adaptation d’un ouvrage de Jean Teulé. J’avais beaucoup aimé ces trois albums de bédé, j’avais rencontré Luigi Critone lors d’un festival de bandes dessinées et réalisé une interview radio… Aussi, dès que j’ai appris la sortie de cette nouvelle histoire, Aldobrando, j’ai décidé de la lire… et grand bien m’a pris !

Difficile de classer cette histoire, un one-shot, donc une histoire sans suite, car c’est à la fois un conte, une sorte de roman picaresque dérivé de don Quichotte, une romance, un fabliau du Moyen-âge, une étude de l’humanité sans oublier d’autres formes de récits que l’humanité a connues… Épopée, Odyssée, Chanson de geste ou récit épique… Allez, ne cherchons pas à toujours classer et enfermer des œuvres dans des petites boîtes, profitons tout simplement de cette très belle bande dessinée de Gipi pour le scénario et Luigi Critone pour le dessin…

Difficile de raconter aussi sans en dire trop mais suffisamment pour vous donner envie de lire par vous-même. Par contre, je vous préviens, si vous commencez cet ouvrage vous allez glisser insidieusement dans un piège qui va se refermer violemment sur vous : vous ne pourrez plus refermer le livre, vous allez le lire d’une seule traite et il y a quand même plus de 200 pages…

Aldobrando est un petit homme malingre, pas très futé, qui vit au Moyen-âge et que son père va confier à un vieil homme, un sorcier, juste avant d’aller affronter son destin dans la Fosse… Quelques années plus tard, dans cette même Fosse, Aldobrando affrontera son destin mais parviendra à une issue plus positive et deviendra un homme, juste un homme mais un homme quand même…

Derrière la fable, au-delà de cet enfant qui va devenir homme, il y a aussi une réflexion sur le bien et le mal, sur le pouvoir, sur la dictature, sur la justice, sur l’amour, sur le crime, sur la guerre, sur la richesse et la pauvreté, bref, on passe en revue ou presque tous les aspects de l’humanité et c’est bien ce qui fait de cet album un grand livre, tout simplement !

Le dessin de Luigi Critone semble d’une évidence absolue, cette histoire ne pouvait pas être dessinée par un autre artiste. Les couleurs sont magnifiques et j’ai beaucoup apprécié les pages dans les geôles du royaume à quelques pieds sous terre…

C’est donc avec beaucoup de plaisir que je m’apprête à rencontrer Luigi Critone avec mes étudiants lors du prochain festival international de la bande dessinée d’Angoulême ! Pour ceux qui n’auront pas la chance de le rencontrer, n’oubliez pas d’aller ouvrir chez votre libraire cet ouvrage… et, qui sait, la magie opérera peut-être !

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Un récit picaresque original et réjouissant

8 étoiles

Critique de Blue Boy (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans) - 23 février 2020

Avec une couverture aussi évocatrice et un titre très bien trouvé, les auteurs ont tapé dans le mille, car celle-ci résume parfaitement son contenu. D’abord, ce jeune homme fluet galopant, épée à la main, dans un décor champêtre révélant un château fort à l’horizon, le tout dans d’apaisants tons orangés, constitue une véritable invitation au voyage dans un univers que l’on devine médiéval. Le titre de l’album ensuite. « Aldobrando », nom du jeune homme en question, un mot à la rythmique imparable qu’on adore prononcer et donne la cadence à cette aventure pleine de promesses.

Découvrir au dessus du titre, en plus petit, les noms Gipi et Critone constituera indubitablement le dernier argument pour convaincre tout lecteur avisé de franchir le pas. Les auteurs italiens apparaissent depuis un moment comme des références dans le petit monde du neuvième art. Gian Alfonso Pacinotti alias Gipi s’était fait remarquer en 2006 pour le prix du meilleur album (« Notes pour une histoire de guerre »), et plus récemment avait reçu le prix de la critique pour « La Terre des fils ». Luigi Critone quant à lui nous a offert plus une adaptation réussie du roman magistral de Jean Teulé, « Je, François Villon ». Gipi abandonne cette fois les pinceaux à Critone pour se concentrer sur la narration.

Le résultat est plutôt concluant. Le charme du trait délicat de Critone opère rapidement. Ce dernier sait révéler la grâce ou le ridicule d’un visage, en glissant une dose de caricature quand il s’agit notamment de Brudagone, le roi tyrannique du Royaume des Deux Fontaines. Immédiatement identifiable, le personnage tout fluet d’Aldobrando est très attachant dans sa candeur et sa fragilité. La mise en couleurs de Francesco Daniele et Claudia Palescandolo est très réussie. On reste contemplatif devant ces superbes aquarelles produisant de chaleureuses atmosphères en clair-obscur.

L’histoire est celle d’une quête initiatique assez classique, mais s’avère bien construite avec des retournements imprévus et pourtant sans esbroufe, sans dragons ni magiciens (ouf !) avec des ellipses judicieuses qui nous évitent les habituels combats interminables (la scène finale dans l’arène). Du coup, plutôt que de surfer sur la mode de l’heroic fantasy, cette quête au demeurant très sobre préfère puiser dans le roman de chevalerie traditionnel — si l’on exclue le fait qu’il n’y ait pas de chevaux, Gipi ayant pris soin de détourner les clichés liés au genre —, s’appuyant sur une morale philosophique se résumant à cette formule : peu importe le trophée, seul compte le chemin emprunté pour le décrocher. De plus, l’amour n’a pas été oublié, avec deux histoires parallèles, celle d’Aldobrando et Beniamino, remettant malicieusement en question une pseudo théorie bêtasse sur les couples assortis.

Pour toutes ces raisons, « Aldobrando » est un one-shot sympathique, très plaisant. Certes, cela ne va pas révolutionner la bande dessinée, mais le côté légèrement décalé de ce récit picaresque s’avère au final plutôt réjouissant.

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