Un Franciscain chez les SS de Karl-Géréon Goldmann

Un Franciscain chez les SS de Karl-Géréon Goldmann
(Tödliche Schatten - Tröstendes Licht)

Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances , Littérature => Européenne non-francophone , Sciences humaines et exactes => Spiritualités

Critiqué par Septularisen, le 18 janvier 2020 (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 52 ans)
La note : 10 étoiles
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UN FRANCISCAIN CHEZ LES SS?.. OUI!

Étrange livre que voici. Derrière un titre un peu «racoleur», - pensez-vous, «Un Franciscain chez les SS»! Il y avait donc un Franciscain chez les SS? Et bien… Oui! -, nous découvrons donc la biographie sous forme de «mémoires» de Karl «Géréon» GOLDMANN, (1916 - 2003), qui sous la forme de son témoignage extraordinaire, nous raconte l’histoire véridique de ce jeune séminariste allemand, «happé» à l’aube de la Deuxième Guerre Mondiale, dans la plus sinistre des légion de Hitler : les SS!

Mais n’allons pas trop vite en besogne, parlons tout d’abord de ce jeune garçon allemand, incorrigible rebelle, qui à l’âge de huit ans, entendant la conférence d’un Franciscain ayant vécu de nombreuses années au Japon, décide que oui, lui aussi, un jour, sera prêtre Franciscain et lui aussi partira comme missionnaire au Japon!

Après son installation à Cologne, il est formé par les Jésuites, puis entre dans l’Union de la jeunesse catholique allemande le «Neudeutschland», et en 1936, il rejoint le monastère Franciscain à Fulda. Sa voie est toute tracée, étudier la philosophie, puis la théologie et enfin devenir prêtre… Il n’y a qu’une seule faille dans son raisonnement : Depuis 1933 le totalitarisme hitlérien s’en abattu sur l’Allemagne!

Incorporé dans les SS il refuse, avec d’autres théologiens, de tenir une arme, de tuer ou de blesser quelqu’un, il devient alors le porteur de la radio de son unité. Il n’hésite pas à s’opposer ouvertement à l’idéologie nazie et même à sa hiérarchie, y compris au (excusez du peu…) Reichsführer-SS Heinrich Himmler (1900 – 1945), lui-même! Il n’hésite d’ailleurs pas durant les campagnes de France et de Russie à venir en aide à la population civile et même aux résistants! Refusant de signer une lettre qui lui impose de quitter l’Église catholique pour devenir officier, il est reversé dans la Wehrmacht, où il continuera a servir comme infirmier jusqu’à la fin de la guerre…

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre, beaucoup d’anecdotes, de détails. P. ex. comment un jour il découvrit chez un bouquiniste à Paris des milliers de livres en provenance de son couvent franciscain de Fulda qui avaient été pillés et revendus par les nazis et dont il organisa le rapatriement, comment il participa (de très loin il faut toutefois le dire…) à la préparation de l’attentat contre Hitler, ou bien encore comment il obtint du Pape Pie XII (Eugenio PACELLI 1876 – 1958), une dérogation spéciale pour être ordonné prêtre, sans avoir fait ses études de théologie!

Notons aussi l’extrême honnêteté et la franchise du Franciscain, qui contrairement à beaucoup d’autres anciens officiers de la Wehrmacht, n’hésitera pas une seconde à dénoncer les camps d’extermination des nazis dès la première édition anglaise de cette biographie («The Shadow of His Wings » 1964). Et même très ouvertement (et à ses risques et péril...), à ses propres compatriotes détenus comme lui et encore fervents soutiens de l’idéologie nazie en 1944, à qui il dira : «Eh bien, moi, j’y suis allé, et j’ai vu de mes yeux comment on traite ceux qui ont été déclarés ennemis de la patrie… Je vous ferais volontiers une conférence sur ce sujet. Non sur la philosophie, mais sur les crimes et les meurtres inimaginables engendrés par la philosophie nationale-socialiste. J’ai vu l’enfer de Dachau, que vous, vous ne connaissez que de nom.»

Je n’ai pas grand-chose à ajouter à cette magnifique biographie, Je suis allé de découverte en découverte d’étonnement en étonnement, de surprise en surprise, d’émotion en émotion! (En passant j’ai été effaré de découvrir que la politique carcérale de la France, dans ses camps de prisonniers en Afrique colonisée en 1944-48, étaient même parfois pires que les camps de prisonniers des nazis en Europe occupée, franchement indigne d’une grande nation démocratique comme la France).

Si vous ne comptez cette année lire qu’un seul livre parlant de spiritualité, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

P.S. : Il existe deux versions de ce livre, la deuxième étant «l’édition augmentée » (celle que j’ai lu), et qui contient la «suite» de la passionnante biographie de Géréon GOLDMANN et qui raconte ses longues années passées en tant que missionnaire au Japon (1954-1994). Ce deuxième livre s’intitule «Le chiffonnier de Tokyo» et a été écrit par Josef SEITZ.

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