Napoléon III et Victor Hugo - Le duel
de Frédéric Mitterrand

critiqué par Colen8, le 16 janvier 2020
( - 78 ans)


La note:  étoiles
Portraits croisés
Se raconte ici l’affrontement de deux mâles dominants habités d’une foi inébranlable dans leur supériorité respective. Forts différents au physique comme au mental, ils s’observent, se mesurent puis s’opposent à distance et par publications ou médias interposés. Le poète, irréductible défenseur de la République et de la liberté, est en exil forcé consécutif au coup d’état du 2 décembre 1851, exil qu’il laissera perdurer au-delà des amnisties jusqu’à la chute de l’Empire(1). L’improbable Président de la République devenu empereur et dictateur renie sans état d’âme engagements et promesses antérieurs usant de son pouvoir pour distiller sa vengeance contre ses ennemis ou considérés comme tels.
Leur rencontre inattendue pendant la Révolution de 1848 qui envoie Louis-Philippe vers une sortie peu glorieuse, fait que chacun attend de l’autre qu’il se sente son obligé et s’en trouvera déçu. Leurs destins effacent progressivement une certaine estime qu’ils auraient pu partager. En toile de fond se greffe une analyse sans indulgence sur les petitesses, les courses éperdues aux prébendes et aux honneurs de celles et ceux qui en redemandent au seul titre qu’ils se figurent être parmi les grands de leur monde. Avec eux les descendants officiels ou de la main gauche des Bonaparte et des Beauharnais rappliquent comme des rats espérant retrouver bonne fortune et redorer un blason bien terni.
Tout est plaisant(2) dans ce roman historique de l’écrivain, homme de cinéma et ancien ministre très au fait des intrigues et des dessous de la politique en général dont les pratiques et les mœurs restent comparables quelles que soient les époques considérées. Le récit est à la fois direct, incisif, riche en anecdotes souvent cruelles, écrit dans un style toujours savoureux.
(1) C’est à Guernesey où il séjournera 15 ans durant qu’il produira plusieurs de ses chefs-d’œuvre.
(2) Hormis la défaite dramatique de 1870 qui balaie l’Empire et ampute la France de l’Alsace-Lorraine.
Joie est mon caractère. Misère est mon trousseau 6 étoiles

Colen8 a écrit l'essentiel.
Exquise verve de Frédéric Mitterrand dont on perçoit la voix suave tout au long de la lecture.
Mais, si la qualité de la forme est indéniable (quel conteur), le fond m'a quelque peu déconcerté. Evidemment, l'auteur a une nette préférence pour l'écrivain, à tel point que le livre est fortement déséquilibré vers le camp Hugo, aussi bien en volume qu'en sentiment. Même si Mitterrand souligne l'empathie de l'Empereur et l'égotisme de Hugo, les travers de Louis-Napoléon Bonaparte / Napoléon III sont appuyés, forcés, quand les défauts de Hugo sont balayés d'un pardon magistral - pensez, un coureur de jupons en France ! Il y a bien le récurrent "perissime" qui fustige l'autoritarisme familial du bonhomme, mais, somme toute n'est-ce pas un bon trait bourgeois du dix-neuvième siècle. Et, si les turpitudes du second Empire sont sombrement rapportées (oubliant que les gouvernements immédiatement précédents et suivants furent nettement pires !), les effets positifs du régime libéral de la seconde moitié de l'Empire sont susurrés du bout de la plume et retombent dans l'oubli où les a noyés la troisième République. Hugo a écrit pendant cette période deux de ses plus grandes œuvres "Les Misérables" et "La légende des Siècles"("N.D. de Paris" est antérieure), mais également "Les Châtiments" qui est un gâchis de talent au service de la mesquinerie.
Quoi qu'il en soit, un livre à lire.

Homo.Libris - Paris - 54 ans - 18 avril 2020