Brandebourg de Juli Zeh

Brandebourg de Juli Zeh
(Unterleuten)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Tistou, le 7 février 2020 (Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans)
La note : 9 étoiles
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Gros ouvrage intimidant, et au final bluffant

Oui, un gros ouvrage de 516 pages, qui peut faire peur s’agissant, comme le dit la quatrième de couverture, de »belle fresque villageoise contemporaine », dans le Brandebourg de surcroît, c’est-à-dire dans l’austère ex – RDA.
On peut y regarder à deux fois avant de s’y lancer et c’est une erreur d’appréciation, Brandebourg est remarquable dans sa construction et dans la réussite de l’enchevêtrement des destinées individuelles fondues dans une histoire collective villageoise. C’est bluffant de maîtrise et dénote d’une planification certainement rigoureuse dans l’agencement de l’histoire.
Sous la forme d’un roman choral, Juli Zeh nous raconte un morceau d’histoire d’un village d’ex-RDA, environ vingt après la chute du Mur. Des villageois historiques, qui ont donc vécu la partie communiste et ont dû s’adapter au virage capitaliste après 1989. Des humbles, ouvriers, ouvriers agricoles, et des cadres du village, responsable de la coopérative agricole, maire. Et puis de nouveaux venus, jeunes ceux-là, fuyant un peu la vie urbaine de Berlin dans une espèce de retour à la campagne.
Mais qu’on ne s’y trompe pas ; il ne s’agit pas d’un documentaire ou d’une reconstitution historique. Il y a bien une véritable histoire pour servir de colonne vertébrale au roman, cette histoire c’est l’arrivée sur le territoire du village d’éoliennes, et partant de tout ce qui peut graviter autour du sujet, entre pro – ceux qui vont profiter économiquement – et anti – écologistes, amoureux du paysage et autres protecteurs des oiseaux.
Je parle de colonne vertébrale car l’intelligence du roman n’est pas de se cantonner à cette problématique d’éoliennes mais bien de profiter de cet évènement pour évaluer toutes les sensibilités et les complexes relations des individus qui composent le village d’Unterleuten. Et en terme de complexité, entre Kron, le communiste convaincu qui n’a jamais admis la chute du mur, Kathrin, sa fille, qui a étudié la médecine mais est revenue s’enterrer au village, Rudolf Gombrowski, le potentat local, bien intentionné mais à l’image déplorable, Konrad Meiler, l’affairiste capitaliste qui débarque là par hasard, Gerhard et Jule Fliess, lui universitaire, elle son ex-étudiante, qui se sont installés à Unterleuten pour fuir Berlin, Linda Franzen, ouest-berlinoise elle aussi, déterminée et prête à toutes les manipulations pour parvenir à ses fins, il y a de la matière. Beaucoup de matière que Juli Zeh sait rendre passionnante. Au point que les 516 pages mettent du temps à se tourner, certes, mais qu’on regrette in fine de les avoir terminées !
Au hasard, une image qui m’a paru pertinente. L’affairiste Meiler songe à la jeune génération, les trentenaires disons, issus de la capitale, Berlin :

»Ils étaient pleins d’indépendance, pleins d’assurance, pleins d’eux-mêmes, des selfies ambulants, deux autoportraits en mouvement perpétuel. Quand Meiler pensait à la nouvelle génération, il voyait une armée de jeunes gens au bras droit tendu, pas pour faire le salut fasciste, mais pour se prendre en photo avec leur smartphone. »

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Les éditions

  • Brandebourg [Texte imprimé], roman Juli Zeh traduit de l'allemand par Rose Labourie
    de Zeh, Juli Labourie, Rose (Traducteur)
    Actes Sud / Lettres allemandes (Arles)
    ISBN : 9782330081966 ; EUR 23,80 ; 06/09/2017 ; 528 p. ; Broché
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