Les buveurs de lumière
de Jenni Fagan

critiqué par Tistou, le 10 février 2020
( - 63 ans)


La note:  étoiles
Anticipation à très court terme
Très court terme puisque ce roman, que d’aucuns qualifieront d’anticipation ( ?), écrit en 2015 raconte … 2020 !
2020 en Ecosse, à Clachan Fells, lieu fictif du nord de l’Ecosse. Clachan Fells, pas Glasgow ou Edinburgh, pas une ville quoi ! Ca, c’est pour l’environnement géographique, petite communauté humaine dans une région peu favorisée. Pour ce qui est de l’environnement lui-même, Jenni Fagan nous situe en plein changement climatique, mais pas vraiment le réchauffement climatique :

»2020. Le monde entre dans l’âge de glace. Il neige à Jérusalem et les icebergs dérivent le long des côtes. »

A Londres, pas mieux, le froid est partout et c’est la déroute, économique et familiale, pour Dylan, le trentenaire costaud qui a vécu jusqu’ici toute sa vie entre sa mère, Vivienne, et sa grand-mère dans le cinéma d’art et essai familial. Elles sont mortes toutes deux, exit le cinéma, il faut quitter les lieux et Dylan vient de découvrir que sa mère avait acheté une caravane dans un parc de caravanes, tout au nord du pays, en Ecosse, à Clachan Fells. Plus rien ne le retient à Londres, il part là-bas.

»Il prend à nouveau la lettre. Même si elle le lui avait dit, il n’aurait rien pu faire. Le compte est vide. Il y a moins que rien. Le déficit affiche tellement de chiffres qu’il cesse de compter. Un tas de factures impayées est soigneusement rangé dans la boîte à couture d’époque de Vivienne et en rentrant du crématorium il a trouvé une enveloppe contenant un acte de propriété pour une caravane parquée à 930,6 kilomètres de là, avec un post-it rose et ses pattes de mouche ; « Payée en espèces – aucune trace dans nos livres de compte. Bises. Maman. » »

Il faut reconnaître que si Dylan a déjà une personnalité marquée, un peu à part, Jenni Fagan s’est fait plaisir en peuplant ce parc de caravanes d’individus tous plus improbables les uns que les autres. Les unes que les autres même faudrait-il plutôt écrire.
Sa voisine, Constance, vit seule dans sa caravane avec sa fille Stella. Fille qui était encore un garçon il y a peu, transgenre donc. Constance qui mène une vie amoureuse compliquée avec deux amants en même temps, dont le père de Stella. Une sorte de hippie du froid …
Les autres caravaniers sont à l’avenant ; satanistes, ex-star du porno, d’autres encore en attente des extra-terrestres … Mais l’intérêt du roman n’est pas là. Il est dans les relations qui peuvent se tisser entre laissés pour compte dans un cadre de simple survie, dans la beauté de cette nature écossaise qui tient à cœur à Jenni Fagan apparemment. L’histoire elle-même est réduite : la découverte par Dylan du pourquoi Vivienne l’a, en quelque sorte, envoyé là-haut.
Les buveurs de lumière c’est un peu au roman d’anticipation ce que représente Fred Vargas pour le roman policier.
Une humanité décalée et attachante pour une fin … glaçante !
Novembre 2020 8 étoiles

Dylan MacRae vient de perdre Vivienne sa mère et Gunn, sa grand-mère. Il perd aussi son emploi et sa maison, le cinéma où il a toujours vécu et qui va être saisi.
Seul lui reste un héritage particulier, le titre de propriété d’une caravane située sur un camping du nord de l’Écosse où il décide de se rendre alors qu’un hiver particulièrement rigoureux s’annonce.

Il y découvre un univers singulier, peuplé de personnages originaux, marginaux aux destins chaotiques et surtout Constance et sa fille Stella, garçon transgenre.
"Parfois tu vis un instant où tout semble valoir le coup : tout le stress, la lutte, la vie, la mort, toutes les conneries qu’il y a entre les deux. Tu vois quelque chose comme ça et tout devient plus clair... "

Mais dans ce monde à part qu’est Clachan Fells, il y a aussi de belles histoires d’amour, de tendresse, une humanité indispensable dans ce camp, alors qu’un hiver apocalyptique s’étend sur la planète et transforme le campement en huis clos.

L’auteure réussit un roman chaleureux, aux personnages singuliers et attachants. Des phrases courtes, des récits de légendes d’Écosse, des descriptions magnifiques des paysages blancs et gelés,
-"des couches de paysage se déposent partout"-, tout concourt à emporter le lecteur dans un excellent moment de lecture.

Marvic - Normandie - 61 ans - 11 février 2020