L'année du lion
de Deon Meyer

critiqué par Tistou, le 27 décembre 2019
( - 63 ans)


La note:  étoiles
Post Apocalypse
Surprise ! Jusqu’ici, Deon Meyer était pour moi un auteur, apprécié, de polars sud-africains qui, par le biais d’intrigues bien tournées, permettait de connaître un peu plus la réalité sud-africaine (c’est l’intérêt des polars modernes qui ne sont pas uniquement focalisés sur l’intrigue, l’intrigue et encore l’intrigue). Apprécié donc. De moi-même notamment.
Surprise avec L’année du lion qui n’est pas un polar mais un roman de S.F., et plus particulièrement post-apocalyptique. Allez, pour fixer les choses on prendra une comparaison qui va parler : « La route », de Cormac McCarthy.
La Fièvre – un virus – a décimé, vitesse V, 90% de l’humanité. Les survivants doivent composer avec ce qui reste, c’est-à-dire rien ou pas grand-chose puisque toutes les infrastructures sont touchées ; énergie, soins, production, agriculture … Nous sommes en Afrique du Sud et Nico Storm et son père, Willem, font partie de ceux qui ont résisté.
Willem Storm est un esprit libre et bien fichu, il veut en profiter pour essayer de recréer une société débarrassée de ses scories, une société « idéale » ; « Amanzi » avec ce qui reste.

»Mon père. Ce « maudit esprit universel », comme Nero Dlamini l’appelait quand mon père n’était pas dans les parages. Mon père était sensible et doux, mais il était réellement brillant. Et sage. Ses qualifications de géographe et de juriste – dans cet ordre peu orthodoxe – indiquaient une intelligence plurielle mais n’en disaient pas tout. Dans la pratique, ses intérêts et sa compréhension étaient plus étendus. Il était un demi-historien, un demi-philosophe, un quasi scientifique. »

Nous allons donc assister au grand œuvre de Willem Storm, via les yeux de Nico, son fils, qui a treize ans au moment de la grande Fièvre. Rassembler des individus de bonne volonté, les organiser et … bien entendu se retrouver confronté aux scories dont il est question plus haut puisqu’il est bien entendu que l’homme reste un homme et notamment est un loup pour l’homme. On ne se refait pas, il semblerait que le destin de l’homme soit plutôt de détruire et d’accaparer que de construire et faire vivre. Des péripéties il va donc y en avoir, et pas qu’un peu et c’est très intéressant de lire sous la plume de Deon Meyer une –en quelque sorte – possible genèse d’une société moderne humaine.
On est assez loin de la noirceur absolue et indécrottable de l’ouvrage cité plus haut « La route ». Pourtant les données de départ sont similaires, c’est juste que Deon Meyer a une vision plus optimiste de l’humanité que Cormac McCarthy.
Problème ; je pense que le postulat de base de McCarthy est plus crédible que celui de Deon Meyer. A savoir tout est détruit il n’y a plus rien et … noir c’est noir. Chez Deon Meyer tout est détruit aussi mais on arrive encore à trouver du carburant pour des véhicules, on arrive à trouver des munitions pour les armes à feu qui en permettent l’usage des années après. Il y a même un petit avion qui parvient encore à voler … Bref, ce sont les limites du genre. Soit il n’y a plus rien et on prend « La route » (et on pleure), soit on parvient encore à se procurer des trucs et assez rapidement ça devient moins crédible, plus une analyse de « comment une nouvelle société pourrait se créer et comment elle pourrait évoluer ».
C’est à mon sens sous cet angle qu’il faut envisager la lecture de L’année du lion, qui reste pour autant une vraie lecture intéressante. Mais pas un vrai roman post – apocalyptique.
Il rêvait d'un autre monde... 8 étoiles

Nico et Willem Storm sont des survivants de la grande Fièvre qui a décimé 95 % de la population mondiale. Willem est un utopiste qui rêve de créer une communauté idéale loin de tous les vices de l’ancienne société.
Nico est fasciné par son père, un sage, un érudit, un savant curieux de toute connaissance nouvelle. Mais il découvre aussi que son père n’est pas apte à faire face à la violence qui règne dans cette fin du monde.
Au fil du temps, ils rencontreront Hennie As, un pilote d’avion dynamique, Mélinda Swanevelder, prisonnière de deux bandits, rejoints par des personnages aussi variés que Nero Lucky Dlamani, psychologue, le "raconteur", noir, Nkosi Sebego un pasteur éloquent et l’énigmatique Domingo, spécialiste des armes, des tactiques guerrières, qui assurera la sécurité de la nouvelle communauté d’Amanzi.
Au fil des mois, la communauté s’agrandira, s’équipera, et aura à affronter bon nombre de difficultés internes ou externes au village.

Je retiendrai l’histoire d’une adolescence peu banale ; l’auteur décrit avec justesse, les émotions, les sentiments qui traversent le jeune Nico, ses doutes, l’anxiété, la colère, le rejet, l’amour, mais surtout, cette dualité de sentiments envers son père, qu’il méprise ou dont il est fier, qu’il considère comme un lâche ou comme un héros, au fil des événements, et de sa maturité. Tiraillé entre les valeurs de Domingo, ce père rêvé, idéalisé, tant il est opposé au père réel et sa philosophie de l’agressivité "Nous sommes comme des chiens, venus des loups, nous redevenons sauvages."

Un roman d’initiation où la relation père-fils a été pour moi la plus intéressante, la plus touchante.
Difficile à l’heure où j’ai lu ce livre de le classer dans les romans d’anticipation, quand il parle d’un virus issu d’une chauve-souris qui anéantit la population de la Terre !
En plein confinement, ce n’était probablement pas le moment idéal pour le lire, amplifiant le malaise ambiant.
Malgré quelques longueurs, particulièrement dans le récit des attaques subies ou programmées un peu répétitives, je ne me suis pas ennuyée. Et je n’ai pas vu venir la fin qui, à mon avis, ne me semblait pas indispensable.

Marvic - Normandie - 61 ans - 21 avril 2020


Comment recréer une communauté après une catastrophe ? 9 étoiles

Côté (ir)réaliste du roman:
Je suis d’accord avec ce qu’écrit Tistou : « on parvient encore à se procurer des trucs et assez rapidement ça devient moins crédible » mais pas tout à fait pour les mêmes raisons. Les armes, si on arrive à dévaliser un arsenal, ne sont pas – hélas- un problème immédiat. Cependant, ce qui me semble vraiment irréaliste, c’est l’arrivée des bons spécialistes au bon moment… J’ai un doute sur le fait qu’une seule personne, fût-elle physicienne de haut niveau, maîtrise l’ensemble de l’ingénierie d’une centrale électrique.
Ce qu’on apprend dans les dernières pages est, à mon avis, malheureusement plus réaliste. J’espère être trop pessimiste…

Côté roman, une fois qu’on a admis le contexte, j’ai trouvé que le rythme faiblissait dans la fin de la première moitié. En revanche, une fois entamée la seconde moitié, il devient très difficile de quitter ce livre.
Toutefois, il reste plusieurs questions non résolues une fois le livre terminé – et c’est très frustrant.

A noter une importante bibliographie (en langue anglaise) en fin de volume

Ludmilla - Chaville - 64 ans - 30 janvier 2020