Vies patinées de Jean-Claude Martin

Vies patinées de Jean-Claude Martin

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Débézed, le 17 novembre 2019 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 72 ans)
La note : 8 étoiles
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Le temps qui file

Elle est belle, fluide, imagée, dépouillée, élégante, la poésie de Jean-Claude Martin, elle respire la patine du poète qui a longtemps traîné sa plume sur le papier, remis cent fois sur le métier son œuvre et sa vie. Cette vie, on a l’impression qu’il l'avait imaginée autrement. « Notre vie tient de la flèche et du cerceau. Nous partons vers un but. Mais la plupart des vies passe à côté de la cible ou marque pas loin de zéro ». Alors lui aussi il serait passé à côté de la cible et en éprouverait un peu d’amertume et même une pointe d’aigreur. Sa vie, il l’aurait subie comme il l’écrit : « Pousser les jours devant soi, comme détritus au caniveau. Sans but, sans haine, sans désir… »

Le temps, celui qu’il écrit avec un « T » majuscule, le maître du grand jeu de la vie, lui aurait filé entre les doigts comme le sable entre les doigts de l’enfant sur la plage. « Tu l’as eu ? Il t’a encore filé entre les doigts, et sa peau en passant t’a râpé l’âme jusqu’à la corde… Le Temps ! ».

A l’automne de sa vie, Jean-Claude Martin, je le comprends, nous appartenons à la même génération, nous avons envisagé les mêmes idéaux, ou presque, nous avons bercé les mêmes rêves, peut-être, mais ce qui est certain c’est que nous avons usé le même Temps, ce Temps qui nous a fui et dont il voudrait bien encore une petite tranche, comme l’écrit Hervé Bougel dans sa bien belle préface : il s’agit de « vivre encore un peu, encore un moment, encore un instant… »

Jean-Claude Martin est un virtuose du poème en prose et celui ci-dessous résume à merveille ce recueil, son talent, son désabusement devant la fuite du Temps qu’il n’a pas rempli comme il l’espérait, la puérilité, la futilité, de la vie mais aussi l’espoir qu’on lui offre encore un tour de manège si grisant malgré les déboires qu’il peut infliger. « Ce n’est qu’un mauvais moment à passer, vieillir : ça n’ira pas mieux « après « ! … Perdre ses souvenirs, ou ne plus savoir où les mettre. Ajouter une maille à la fermeture éclair du Temps… Maman, tu n’as plus d’argent pour un nouveau tour de manège ? T’avais qu’à attraper la queue du Mickey ! »

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