No society de Christophe Guilluy

No society de Christophe Guilluy

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités

Critiqué par Colen8, le 6 novembre 2019 (Inscrite le 9 décembre 2014, 78 ans)
La note : 7 étoiles
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Besoin de changer de paradigme

Dans les années 1960 l’abandon lent de la filière sidérurgique de Lorraine a enclenché un processus invisible. Cinquante ans plus tard, Christophe Guilluy fait le triste constat d’un mal social bien au-delà des fractures évoquées par Jacques Chirac pendant sa campagne de 1995. Un pouvoir supranational de possesseurs de la richesse financière, économique et culturelle infiltré dans la vie des nations depuis les années Reagan et Thatcher creuse un abîme avec tous les autres. Un pouvoir qui vise prioritairement à « réformer » pour ne pas dire réduire les prestations de l’Etat-Providence au nom de l’efficacité. Selon la fameuse « courbe de l’éléphant » de Branko Milanovic et les résultats concordants de Thomas Piketty les classes moyennes des démocraties font les frais de ce retournement jusqu’à rejoindre ceux d’en bas : les laissés pour compte de la désindustrialisation, les chômeurs, salariés précaires ou même protégés, salariés à temps partiel subi, les jeunes diplômés, certains indépendants et commerçants, les immigrés légaux et clandestins, les retraités à faibles revenus.
Un scénario se dessine, corroboré par les statistiques territoriales. C’est bien celui du monde à deux vitesses : d’un côté une minorité de dominants occupée s’enrichir au dépens des autres, oublieuse de l’intérêt commun, sûre de ses propres valeurs, vivant retranchée dans les enclaves sécurisées des grandes métropoles une mondialisation heureuse jusqu’au transhumanisme, de l’autre une majorité livrée à elle-même sans perspective pour elle, sans avenir pour ses descendants. L’affaiblissement continu de ces classes moyennes a réduit simultanément l’attractivité du modèle positif de l’ascenseur social qui avait grandement contribué à l’intégration de générations d’immigrés soucieux de s’y fondre progressivement. L’irruption puis la montée générale des populismes n’est que la traduction politique du sentiment de déclassement, d’insécurité sociale et culturelle du camp des perdants. Les classes moyennes occidentales en rejoignant les classes populaires ont un poids électoral susceptible d’arrêter le processus, d’obliger ceux d’en haut à les rejoindre dans une même société de redistribution et de partage. Il en va pour les pessimistes de la survie des démocraties.

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