F20
de Anna Kozlova

critiqué par Reginalda, le 25 octobre 2019
(lyon - 53 ans)


La note:  étoiles
Magnifique portait d’une jeune femme en lutte contre la folie ordinaire
Encore un coup de cœur de chez Stéphane Marsan. Stop !!
Youlia découvre qu’elle présente les mêmes symptômes que sa sœur schizophrène. Mais elle connaît le sort réservé à ces malades qui se voient refuser une existence « normale ». Or Youlia n’a pas l’intention de laisser sa part au chien. Elle veut aimer, être aimée, elle veut avoir un travail, une vie indépendante… Alors elle dissimule sa maladie et elle a d’autant moins de mal à le faire qu’elle vit dans une famille totalement déréglée, entre tentatives de meurtre, ivrognerie et comportements insensés. Finalement, la normalité n’est peut-être pas là où on l’attendrait.
Le livre présente un cocktail détonnant de passages scabreux, de passages hilarants, de passages émouvants pour dresser finalement le portrait d’une jeune fille qui doit faire face, totalement seule, à des problèmes titanesques. Je ne saurais affirmer que ce qui est dit de la schizophrénie dans F20 est fidèle à la réalité médicale et psychiatrique, mais il me semble que l’on peut aussi lire ce livre comme une métaphore de la vie, pessimiste certes car Anna Kozlova est pour le moins désabusée concernant l’amour, la famille, la société en général, mais porteuse également d’une puissance vitale qui force l’admiration.
Bref, j’en redemande !!
Une réussite malgré la dureté du sujet 10 étoiles

De quoi ça parle ?

Anioutik, la soeur de Youlia, est diagnostiquée schizophrène. La voilà gavée de médicaments et mise pour toujours au ban de la vie normale. Or Youlia se découvre bientôt les mêmes symptômes que sa soeur. Aidée par Anioutik, qui partage ses médicaments avec elle, Youlia va dissimuler sa maladie aux gens « normaux » pour pouvoir continuer à vivre comme si de rien n'était. le problème, c'est que ces gens soi-disant normaux sont au moins aussi fous qu'elle, à commencer par ses parents, leurs amants respectifs, ses petits amis… Alors Youlia, toute seule, va devoir se débrouiller tant bien que mal pour essayer d'être heureuse.

Mon avis :

J'ai hésité à lire ce livre en raison de son sujet, mais je dois dire que je ne regrette pas un instant. C'est une lecture qui ne laisse pas indifférent. Il y a des passages très drôles (Youlia décrit notamment certaines réunions familiales comme une assemblée de pantins absurdes et cocasses) qui alternent avec des passages très durs et très poignants (sa relation « amoureuse » avec Marek est un mélange de sordide et de sublime, à mon sens). La solitude de l'héroïne et en même temps sa volonté de résister au sort, même si elle avance à l'aveuglette, n'importe comment… forcent l'admiration.

Finalement, en refermant ce livre, j'ai été incapable d'oublier Youlia et je me dis que c'est une grande réussite d'Anna Kozlova d'avoir construit un personnage aussi vivant et attachant, grâce ou malgré sa maladie, sans qu'on s'apitoie jamais sur son sort.

Dervla3012 - - 14 ans - 7 décembre 2019