La dernière nuit de Claude Eatherly
de Marc Durin-Valois

critiqué par MAPAL, le 10 octobre 2019
( - 73 ans)


La note:  étoiles
Dommage !...
Ce livre soulève de bonnes questions mais laisse le lecteur sur sa faim car il n'invite pas vraiment à les prolonger par la réflexion, les sujets étant sinon escamotés du moins superficiellement évoqués.
Le récit est assez monotone, la situation de départ se répétant jusqu'à un dénouement convenu.
C'est dommage car les thèmes et les enjeux étaient bien là.
Une photographe de presse -chronique des "chiens écrasés" dans quelque obscure "feuille de chou" du fin fond du Texas - se prend d'intérêt (on ne met pas longtemps à comprendre qu'en fait elle en est confusément amoureuse, ce qui nous sera présenté comme une divulgation dans les dernières lignes du livre...), au hasard de ses déambulations, pour un militaire démobilisé ayant participé à la préparation des premiers bombardements avec une arme nucléaire, sur le Japon en 1945. Dés lors s’instaure entre eux une relation ambiguë, l’ancien pilote étant fou (ou simulant la folie) et la photographe, devenue de fait journaliste d’investigation mais pas au point d’être reconnue comme telle, s’en faisant tantôt l’accusatrice et tantôt l’avocat.
Car l’enjeu devient vite le suivant : le pilote est-il réellement fou et, si oui, l’est-il devenu du fait de la prise de conscience des conséquences de sa mission ? Ou : simule-t-il la folie pour s’attribuer le rôle du héros dans un monde qui se repend ?
Quelle est la responsabilité des médias dans ce qui devient une « affaire » (dans tous les sens du terme…) ? Comment l’armée a-t-elle recruté les responsables d’une telle mission et quel statut leur a-t-elle réservé par la suite ? La manipulation peut-elle être débusquée lorsque l’on se trouve face à de tels enjeux ? La psychiatrie a-t-elle pour mission d’accompagner un délire et de l’orienter ou de le débusquer ? La repentance, légitime ou non, autorise-t-elle tous les aveuglements ? etc
Tous ces thèmes sont bien présents mais, enfouis dans une prose assez pauvre, ils ne sont pas vraiment posés.
Mais, après tout, la littérature n’est-elle pas autant l’œuvre du lecteur que celle d’un auteur ?