Dîner à Montréal
de Philippe Besson

critiqué par Nathavh, le 25 septembre 2019
( - 55 ans)


La note:  étoiles
Dîner à Montréal
C'est le dernier volet de ce triptyque auto-fictionnel, quelques mois après la parution de "Un certain Paul Darrigrand".

Dix-huit ans après l'épisode précédent, Philippe Besson nous raconte la rencontre faite dans une librairie ( tiens c'était le lieu de leur premier rendez-vous) à Montréal de Paul Darrigrand.

Il fait la file pour une dédicace. Philippe signe le livre. Paul lui avoue s'en être voulu de leur rupture.
Philippe propose un dîner et quelques heures plus tard c'est dans un restaurant pour un huis-clos que l'auteur nous emmène.

Nous sommes un peu comme au spectacle, une pièce qui nous est contée. Nous allons littéralement "vivre" ce repas comprenant quatre protagonistes.

Isabelle (hé oui, Paul est toujours marié à celle pour qui il l'a quitté) et Paul d'un côté, Philippe et Antoine, son jeune amant âgé de vingt ans avec qui il partage sa vie depuis trois mois.

Comme le dit Antoine, nous sommes aux premières loges pour assister au spectacle.

Un dîner où Isabelle résume les vingt dernières années - non dix-huit précise Paul - en quelques minutes. La carrière de Paul, les différentes villes pour enfin trouver un ancrage à Montréal car Paul voyage énormément. Tiens, un ancrage, exactement comme vingt ans plus tôt période où Paul voyageait entre Philippe et sa femme.

On parle de mondanités, de banalités pour basculer à certains moments vers l'intime.

Montréal c'est étrange, c'est le lieu où en 1999 lors d'un voyage, l'auteur a écrit sur un carnet les premiers mots de son tout premier livre. C'est loin de la France comme détaché du réel qu'il était disponible pour l'écriture, seul loin de la France s'abandonnant pour écrire, pour remplir sa solitude.

L'auteur nous parle à merveille de l'écriture. On écrit ce qu'on a vécu, ce qui traverse "La vie ça ne fait pas un livre, jamais mais la vie réécrite cela peut faire un roman" Cela devient une nécessité d'écrire.

Il nous parle de sa vision du métier d'écrivain.

Paul lui dit que dans son premier roman, on trouvait déjà tout ce qui le caractérise ; le goût de la jeunesse, le regret de celle-ci, les liens qui se nouent, se dénouent, le triangle amoureux, la mort qui rôde, les deuils à accomplir. Il nous raconte également la genèse d' "Un garçon en Italie".

Mais ce récit, c'est aussi la recherche de la vérité, chaque mot, chaque geste est décortiqué, analysé. L'auteur essaie de trouver une réponse à ses questions, il traque les regards, les attitudes, les non-dits, les regrets. Un roman nostalgique.

C'est un récit magnifique de par la plume sensible, intense. L'écriture est forte, dramatique, charnelle, vive. Philippe Besson analyse les sentiments avec une grande finesse. Sa force est sa sincérité.

Courtoisie, regrets, recherche de vérité, tension, juste magnifique !

Ma note : 9/10


Les jolies phrases

J'avais ajouté, dans un sourire; qu'est-ce que tu veux il y a des gens comme ça, qu'on exonère de tout reproche, même si c'est injuste, même si c'est incompréhensible.

Et je me suis rendu compte tout de suite que ça n'aurait pas été possible s'il n'y avait pas eu la distance , le décalage horaire, j'étais loin de la France, je ne parlais plus à la France, j'étais comme détaché du réel, et c'est ça qui m'a rendu disponible pour l'écriture. Il y avait "la solitude" aussi, la solitude de la chambre d'hôtel dans un pays étranger, et la la solitude d'après la séparation, parce que je venais d'être quitté, ça rend fécond, la solitude, et il faut la remplir sinon c'est elle qui nous engloutit.

Je connais toutes les nuances de son regard et ça ne change pas, un regard. La peau se flétrit, le corps s'alourdit, la chevelure se clairsème mais le regard, lui demeure intact.

Oui, évidemment, on écrit avec ce qu'on a vécu, ce qui nous a traversé, ce serait impossible de faire autrement, impossible, quel écrivain pourrait faire abstraction de ce qu'il est, de ce qui l'a construit, mais avec ce matériau, il faut s'efforcer de faire de la littérature; la vie ça ne fait pas un livre, la vie réécrite ça peut en faire un.

Quant à moi, je suis tout à la fois pris de court, pris en tenaille et sommé de dire quelque chose. Car l'aveu exige inévitablement une réplique. Du reste, le mot réplique est bien choisi, on l'emploie pour les tremblements de terre.

C'est arrivé parce que tu n'étais pas qu'un corps. C'est sans conséquence, un corps. Tu le trouves, tu fais ce que tu as à faire et puis tu l'oublies.

D'abord, j'ai été abattu, comme le sont ces avions que les missiles atteignent en plein vol, et qui se désagrègent et dont les débris retombent en pluie avant de s'éparpiller.

Le commentaire de l'actualité est une béquille bien commode. Il fait passer le temps, il permet de sauter d'un sujet à l'autre sans s'en apercevoir, il donne l'impression que nous sommes en phase avec notre époque, et , vertu suprême, il évite les silences.